File le temps, reste le tissu :
ornements liturgiques
ornements liturgiques
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Extrait Patrimoine Normand N°68 Par Jeannine Bavay |
| Les connaissances historiques progressent et évoluent. De l’histoire événementielle, on est passé à l’histoire des mentalités et des modes de vie, ce qui a entraîné des études détaillées dans une grande variété de domaines, celui des tissus n’étant pas le moins intéressant, car il ouvre des recherches dans des directions diverses : les fibres textiles, les colorants, les techniques, les modes, les vêtements spécifiques à une profession, une classe sociale, et il rejoint l’art. Le musée des tissus de Lyon est le plus connu et poursuit un travail de recherche dans l’histoire des textiles. Paris, Liège, sont aussi connus dans ce domaine. Mais le département de la Manche, plus modestement, possède une collection de tissus médiévaux dont le plus ancien remonte au XIe siècle, une abondance de tissus des XVIIe-XVIIIe siècles et la première moitié du XIXe siècle. Et ce n’est pas négligeable. |
![]() Subligny, église Notre-Dame, statue de saint Damien, après dégagement de la polychromie d’origine, conservée en presque totalité : remarquer les fleurs de grenade or qui décorent la tunique. La statue est datée du XIVe siècle, mais la polychromie paraît plus tardive. (Photo conservation des antiquités et objets d’art de la Manch |
Aussi, pour mettre en valeur ce patrimoine et le faire connaître, la Conservation des Antiquités et Objets d’Art de la Manche a présenté en 2008 trois expositions : – une grande exposition aux Archives Départementales à Saint-Lô, qui a mis sous les yeux du public les précieux tissus médiévaux, jusqu’au XVIe siècle ; une seconde exposition à Saint-Hilaire du Harcouët a présenté ceux des XVIIe et XVIIIe siècle ; les textiles du début du XIXe siècle ont été l’objet de visites guidées thématiques au dépôt de Saint-André de Bohon (Maison de l’Ange).
Un catalogue accompagne ces expositions. Il est remarquable par la qualité des photos et des explications et par son prix modique. Ses 240 pages vous apprendront tout, non seulement sur les objets conservés, mais aussi sur le vocabulaire technique des tissus et sur les ornements liturgiques, ceux-ci étant aussi illustrés par des œuvres d’art. Il met à la disposition du lecteur averti et du néophyte les résultats du travail minutieux de Josiane Pagnon, travail appuyé par les Archives départementales de la Manche (Saint-Lô) et les Archives diocésaines (Coutances).
L’exposition présentée aux Archives départementales de Saint-Lô montrait donc les textiles les plus anciens des collections de la CAOAM. En France, la fabrication de soieries a été tardive. |
| Louis XI, pour supprimer les coûteuses importations de soie, décida en 1470, de créer une manufacture à Lyon, mais ce fut un échec. Comme il séjournait souvent à Plessis-les-Tours, il en créa une à Tours. En 1536, François Ier organisa la manufacture de Lyon. Puis, l’élevage du ver à soie et le traitement de la soie progressèrent grâce aux travaux d’Olivier des Serres (1539-1619). Au Moyen Âge, les soieries provenaient du commerce avec Byzance ou avec les ports de la Méditerranée orientale, puis des ateliers d’Espagne, d’Italie. Elles coûtaient très cher et ne pouvaient être achetées que par les classes supérieures. C’était un textile rare et fragile, il est donc exceptionnel que certaines soieries nous soient parvenues. C’est leur fonction religieuse qui leur a permis d’être sauvées. Soit elles enveloppaient des personnes de haut rang inhumées, soit elles avaient touché le corps d’uns saint, soit elles avaient été protégées parce que précieuses. |
![]() Dangy, église Saint-Martin, détail de la robe de la statue de Vierge à l’Enfant montrant un riche tissu dans le style des textiles italiens de l’époque, dernier tiers XIVe siècle. (Photo Pierre-Yves Lemeur, photographe, Saint-Lô.) |
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Les premières pièces exposées sont des tissus reliques très anciens
Le tissu le plus ancien est un petit morceau du suaire de Saint-Germain-d’Auxerre, tissé vers l’An Mil à Constantinople. Comment est-il arrivé dans la paroisse Sainte-Geneviève dans le Val de Saire ? Saint Germain est mort à Ravenne en 448.
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L’impératrice Galla Placidia le fait embaumer, envelopper d’étoffes et ramener en grande pompe à Auxerre. En 1030, l’évêque Hugues de Châlon fait une donation de tissu précieux en l’honneur du saint, donation à laquelle appartient peut être ce tissu (cliché conservation des musées d’Auxerre). En 1842, l’évêque de Sens accepte de découper un petit morceau du suaire de saint Germain pour l’offrir à la paroisse de Sainte-Geneviève, dans l’actuel canton de Quettehou. Sainte Geneviève avait été remarquée par saint Germain lors d’un passage à Paris en 429. Ce lien, entre l’histoire de saint Germain et celle de sainte Geneviève, a été utilisé par le curé de Sainte-Geneviève, Monsieur Caillet, pour obtenir la précieuse relique. L’arrivée de cette relique est attestée par la conférence ecclésiastique de 1867. |
![]() Petit morceau du suaire de Saint-Germain-d’Auxerre, tissé vers l’An Mil à Constantinople. (Photo CAOAM.) |
| Le petit morceau de tissu mesure 4,5 cm sur 6 cm. C’est un samit de soie. Il est à fond jaune et laisse voir une ligne et deux cercles bleu-violet. La couleur jaune provenait des racines d’une plante, la gaude, et le bleu-violet de l’indigotier d’Inde, une autre plante. Il était présenté à la vénération des fidèles sur un petit coussin rouge placé dans un reliquaire en forme de sarcophage, fabriqué en verre et en sapin sculpté, stuqué, sous badigeon marron. Le couvercle est orné de trois minuscules chérubins et de l’inscription en relief « Saint Germain ». Il manque la croix du sommet. Le morceau de suaire, montre quatre aigles aux ailes déployées ; chacun tient un anneau dans son bec et le vide entre chaque série de quatre oiseaux est rempli par une fleur circulaire. Il provient très certainement des ateliers impériaux de Constantinople |
Demain ma suite : " Ensuite, sont présentés des textiles très anciens, tissés en Espagne, qui étaient conservés dans la paroisse de Savigny, commune de Savigny-le-Vieux, canton de Saint-Hilaire-du-Harcouët. "



