Permis (presque) sans frein

Pas de permis, pas de boulot. Pas de boulot, pas de permis… Ainsi pourrait se résumer la situation de ceux qui n’ont pas les moyens financiers ou le niveau d’étude requis pour accéder à une auto-école classique. L’Aspic, association stéphanaise de prévention spécialisée, a donc embauché Sophie Mopin, une "enseignante de la conduite", pour mettre sur pied et diriger Le Bon créneau, la première auto-école sociale de l’agglomération. L’auto-école démarre tout juste avec sept stagiaires à son bord… "L’objectif est d’avoir des groupes de douze et de décrocher le premier permis dans un an", annonce Sophie.
Les financements publics sont souvent soumis à une promesse d’embauche préalable… "Ne pas avoir le permis peut être une incapacité à progresser normalement dans la société, pointe Sophie Mopin, il ne faut donc pas fermer la porte aux gens qui sont exclus de l’emploi."
Les stagiaires de l’auto-école sociale doivent d’abord passer un test pour évaluer leurs capacités d’apprentissage. C’est seulement ensuite que la structure mettra en place le financement adapté au candidat. "Les aides publiques sont de plus en plus difficiles à obtenir, prévient Sophie. Et même lorsqu’elles sont là, le permis reste un coût financier important pour le stagiaire." En effet, la participation du stagiaire est évaluée en fonction de ses revenus. Elle sera de 50 € par mois sur un an pour une personne au RSA. "Le coût réel d’un permis est de 2 100 € dans une auto-école classique", relativise la directrice. Chaque stagiaire bénéficiera ensuite de 120 heures de code et de 40 heures de conduite.
La grande majorité des premiers stagiaires sont des hommes âgés de 20 à 37 ans. Leurs situations sont toutes différentes. L’un d’eux roule sans permis depuis vingt ans et entend bien rentrer dans les clous. "Je travaille dans l’intérim, dit-il, on m’envoie travailler loin et parfois de nuit. C’est beaucoup de stress à cause des contrôles." Damien suit quant à lui une formation d’agent de sécurité, un métier où les déplacements sont très fréquents et souvent en dehors des heures de transports en commun. Nicolas travaille dans un Établissement spécialisé d’aide par le travail (Ésat) et une auto-école classique n’aurait pas été adaptée. Le Bon créneau a donc enclenché la première et démarre tranquillement, même s’il reste encore un frein de taille que Sophie Mopin souhaite lever au plus vite : "les femmes sans emploi et avec enfants sont encore exclues de l’aide publique au permis…"

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