La Scène Nationale Petit-Quevilly/ MSA et le Théâtre des 2 Rives de Rouen
ont envisagé en 2010 un rapprochement qui vient d’aboutir à l’étude pour un
regroupement sous la forme d’un Centre dramatique national (CDN), comme annoncé
fin 2011 par le Ministère de la culture. Début 2012 les trois villes auront à
choisir la structure juridique la mieux adaptée et à rédiger le cahier des
charges de cette future structure. Nous, écologistes, avions au début de cette
réflexion, exprimé notre ouverture à l’étude d’un tel rapprochement, pour
mutualiser dans un contexte financier difficile et appréhender le spectacle
vivant à l’échelle de trois villes dynamiques culturellement au sein de la
CREA. Aujourd’hui, alors que nous en avons beaucoup parlé avec les habitants,
les acteurs de notre centre culturel, les associations, nous n’avons donc pas
d’objection sur la finalité mais par contre, des interrogations sur les
modalités de sa mise en œuvre :
Tout d’abord, d’un point de vue démocratique, il ne serait-il pas judicieux
de faire quelques efforts nous semble-t-il :
1/ A la CREA une question s’est posée concernant ce projet : le projet
de création d’un Centre dramatique national implanté sur 3 villes est-il un
projet d’agglomération ? Cette question a été posée par les élu-es
communautaires à de nombreuses reprises, mais elle n’a jamais été mise à
l’ordre du jour pour être discutée. A-t-on un point de vue ici ? 2/ Au
niveau des 3 villes, un Comité de pilotage a été mis en place, où seuls les
maires, les président de région et du département participent à ces travaux,
notamment de rédaction du cahier des charges. Au-delà de la détermination de la
contribution financière de chacune des parties, est-ce suffisant ? 3/ A
l’échelle de MSA, aucun travail ne semble engagé avec les acteurs du CSCMS, en
particulier sur le cahier des charges -qui n’est pas la moindre des travaux à
mener, et nous ne savons pas qui, quand, comment et où…seront prises les
décisions.
Ensuite en terme de projet culturel, ne serait-il pas judicieux de reprendre
les choses dans le bon sens ?
1/ A l’échelle intercommunale, où l’intérêt communautaire a été voté en
matière culturelle, les écologistes ont demandé qu’une révision du projet
initial de la CAR soit engagée à l’échelle des 70 communes, sans réponse à ce
jour. La création du CDN, à l’échelle de trois villes de la CREA s’inscrit dans
cette redéfinition géographique qui doit aboutir à une redéfinition de
projet : le projet devrait d’ailleurs précéder les mises en œuvre, et l’on
suit les annonces des construction à venir (l’Historial Jeanne d’Arc, le musée
XXL pour l’impressionnisme,) comme les vaches regardent passer les trains. Le
rapport Martineau rédigé par la DRAC (plus précisément par le Ministère) en
2011 le disait clairement (je cite) : « la création de cette nouvelle
structure devra être l’occasion d’une réflexion approfondie des diverses
parties prenantes afin de définir les missions et les objectifs nécessaires sur
le territoire tels qu’ils sont attendus par les financeurs et les
populations » De la même manière la création du CDN à l’échelle de trois
communes, fait partie intégrante de ce travail incontournable de construction
d’une politique culturelle au niveau de la CREA. 2/ A MSA, dans le contexte de
restructuration du CSCMS, nous continuons à mettre en place le projet culturel
défini en début de mandature. Cela comprend tout un ensemble de décisions,
comme définir les missions, les projets, la place des acteurs culturels dans le
nouveau centre, qui sera évidemment différent d’avant, et ça, ça ne se
construit pas tout seul dans son coin.
Enfin dernier point important à souligner : ne serait-il pas judicieux de
valoriser notre spécificité culturelle, historique, reconnue de tous (au-delà
de la commune, mais aussi au-delà des couleurs politiques) :
– La première marque de notre longue histoire culturelle, c’est un centre
« pas comme les autres » : A Marc Sangnier interviennent ensemble des
acteurs variés (ville et associations : Ecole d’improvisation de Jazz,
Bibliothèque pour Tous, Scène nationale). Pour nous c’est une véritable
richesse, et un statut qu’il faut préserver, et à minima questionner avant d’en
venir, par éventualité, à un fonctionnement totalement externalisé comme au
Théâtre de la foudre comme au Théâtre des 2 rives, qui administrent seuls leur
lieu. Or qui réfléchit à cela, qui décide cela aujourd’hui ? Nous n’avons
pas d’information en ce sens, et donc plutôt des inquiétudes. – L’autre marque
de notre histoire culturelle est bien sûr la programmation jeune public, via
« les séances Sésame » destinées aux enfants jusqu’à 10 ans,
longuement évoquées notamment lors du travail de mémoire mené par deux artistes
l’année dernière. Déciderons-nous de garder toute sa place au sein de la
programmation de ce lieu ? Là aussi nos inquiétudes sont fortes. Ces
questions ne sont pas moindres : celles de l’éducation des jeunes à la
culture, de la continuité culturelle, la question du lien et des passerelles
générationnelles et sociales par la culture, de la qualité culturelle que l’on
veut bien mettre en œuvre sur son territoire. La place du CDN dans notre
commune impacte directement notre projet culturel, et cette création doit être
une opportunité pour nous de continuer le travail de maillage culturel
entrepris et réussi à Mt-St-Aignan depuis des décennies. Il ne doit pas être le
moyen de s’éloigner des populations en rompant ce lien qui nous semble
essentiel, entre les artistes, la ville, les associations, les habitants. Tous
doivent être partie prenante du projet de CDN, lié à celui de notre centre
culturel, car ils sont les meilleurs garants de la richesse culturelle qu’on en
attend.
Nathalie Maine