Le 3 mars dernier, la Convergence Nationale Rail (CNR), dont est membre le Comité de Défense du Triage SNCF a organisé un rassemblement à Clermont Ferrand.
A cette occasion, notre comité était représenté notament par Sylvain BRIERE qui y a pris la parole.
André CHASSAIGNE, député communiste, Gilbert GARREL, secrétaire général des cheminots CGT, Didier LE RESTE, responsable de la CNR et membre du comite de campagne de JL Mélenchon y étaient aussi présents.

Voici l’intervention de Sylvain :
Comité de Défense du Triage de Sotteville-lès-Rouen
Rassemblement CNR du 3 mars à Clermont Ferrand –
Sylvain BRIERE
Mesdames, messieurs, chers amis,
Je vous adresse le salut fraternel du Comité de défense du triage de Sotteville-lès-Rouen, en Seine Maritime… Ce collectif, constitué en avril 2010 à l’issue d’un débat public organisé par le Comité d’établissement régional des cheminots, dénonçant les dégradations volontairement perpétrées par la SNCF de son trafic de marchandises – singulièrement l’abandon du wagon isolé et du tri par gravité – totalise à ce jour plus de 10 000 signatures de soutien. Parmi ses adhérents et sympathisants, de nombreux élus normands : Sénateurs, Députés, Conseillers généraux, Maires, ou représentants d’associations de défense de l’environnement.
Ses actions, sur la seule agglomération rouennaise, sont partagées et défendues par une douzaine de municipalités. Celles-ci vont de la tenue régulière d’un site Internet permettant d’informer, d’alerter les populations, à l’organisation de rencontres publiques, d’interpellations et manifestations citoyennes… Une mobilisation, nous en sommes fiers, qui compte à son actif le report du démontage d’une partie des voies du site, prévu à l’origine en avril 2011. En outre, refusant la dégradation de ce formidable outil, cantonné désormais essentiellement au garage de centaines de locomotives – nous en comptons aujourd’hui 422, dont 250 rien que pour l’activité Fret – contact est pris avec le ministère des Transports, qui a accepté le principe d’une audience pour le 27 mars prochain. En vérité et pour faire court, autant d’actes semblables à celui qui nous rassemblent aujourd’hui à Clermont Ferrand, puisque opposés à la casse des services publics, de celui de Fret SNCF, nous sommes affilié à « Convergence Nationale Rail ».

Le triage de Sotteville, infrastructure ferroviaire stratégique, sise à proximité immédiate du premier port céréalier d’Europe – desservit à plus de 70% par la route – irrigue depuis 1961 un territoire et un bassin d’emploi dont vous avez quotidiennement l’écho avec la lutte des salariés de Petroplus et M’Real. Disposant d’une capacité de tri de 2 500 wagons par jour – l’équivalent de 4 000 camions – il contribuait au développement des différentes zones industrielles normandes, dans le respect des engagements souhaités au « Grenelle de l’environnement ». Sur le plan du développement économique, dans le débat sur la « ré-industrialisation » de « l’axe Seine », son maintien est déterminant pour l’installation voire le retour d’entreprises. Sur le plan humain, sa sauvegarde, outre les 2 000 emplois de cheminots normands directement concernés, c’est au final dix fois plus de salariés qui pourraient être affecté par son démantèlement. Le déclin du triage de Sotteville, celui du Fret ferroviaire en général, ne doit rien à la fatalité ; les risques induits par celui-ci, tant sur la route que sur le rail, non plus !

L’organisation qui sévit dorénavant à la SNCF, comme hélas pour d’autres entreprises publiques, vise à instaurer la « concurrence libre et non faussée », chère aux institutions européennes. Elle se traduit en général par la multiplication d’acteurs et d’opérateurs – RFF, EPSF, opérateurs ferroviaires privés…- des moyens en constante réduction, la séparation d’activités, l’absence de coordination… Bref des règles de fonctionnement suivant lesquelles chaque entité doit viser son propre intérêt, en perdant de vue au bout du compte le sens du résultat final, sauf comptable. De fait, aussi absurde que cela puisse être, le modèle de référence pour le ferroviaire est désormais celui de la route. En somme, celui d’un libéralisme économique débridé prônant pour vertu cardinale la baisse des coûts sociaux et la déréglementation totale. Rien n’y fait et quid des menaces en matière de pollution, d’insécurité énergétique, routière, de détérioration de qualité de vie et des écosystèmes… Via des programmes d’entreprise estampillés « développement durable », d’opérations du type « Grenelle de l’environnement », l’habillage idéologique bat son plein. Il permet à nombre de « managers », premiers responsables politiques au pouvoir en tête, de s’acheter une bonne conscience. Mais indépendamment de ces gages pris vis-à-vis de notre avenir, de celui de nos enfants, il en est un autre tout aussi préoccupant. Nous avons pu le vérifier dans d’autres pays qui ont en fait la dramatique expérience : les dangers d’une telle mutation sont dorénavant bien réels pour la sécurité des circulations et des personnes. Aussi, nous sommes convaincus que ces choix tournant le dos à l’intérêt général peuvent être combattus et d’autres s’imposer ! C’est, à notre sens et avant qu’il ne soit trop tard, le fond de l’action en proximité de nos collectifs et sur le plan national de notre Convergence nationale rail.
Dans la stratégie sur le fret ferroviaire, la question des triages est emblématique. Sous couvert de projets successifs dits de développement, mais dont les financements, le plus souvent, ne sont pas réunis ou pas à la hauteur, la SNCF abandonne peu à peu le maillage du réseau ferroviaire de dessertes locales. Seul devrait subsister un réseau noyau – et encore – reliant quelques sites équipés pour le transbordement des marchandises sur des camions. L’activité de transport massif par trains entiers est démantelée en entités, objets de filialisations. Cette stratégie d’abandon du service public ferroviaire s’apparente à une véritable politique de la terre brûlée. Elle ne répond pas aux besoins de transport de la société ! En outre, ses conséquences sont déjà bien visibles : surcoûts à la clef, les délais et la qualité du transport des marchandises se sont considérablement dégradés. Aussi, malgré les discours lénifiants, Fret SNCF est devenu le dernier de la classe en Europe. Son chiffre d’affaires au fil des ans n’a cessé de se détériorer (-12.4% en 2010). Sans surprise, ses trafics sont en baisse constante, moins 8% en 2011, alors que ceux de ses filiales, déjà en place, augmentent de près de 7%. Quant à eux, les opérateurs ferroviaires privés assurent 19% du total transporté, sans pour autant, comme annoncé à l’origine de leur arrivée, développer la part modale par fer, qui est passée de 17% à moins de 12% ces cinq dernières années – 9% pour Fret SNCF -. Dans le même temps, 12 000 cheminots – plus de 6 000 au Fret – ont été rayés des effectifs de la SNCF. 1 500 suppressions supplémentaires projetées cette année, dont 1 200, rien que pour Fret SNCF, devraient encore amplifier cette saignée, et ce alors que tous les experts s’accordent sur une croissance en constante augmentation du transport de marchandises dans les années à venir.
Loin de nous résigner pour autant… Prémunis contre les « faiseurs d’illusions » et leurs équipes de communicants…Refusant le procédé qui consiste à culpabiliser essentiellement l’individu, le consommateur et à faire la part belle à un système économique hors de toute « éco-production »… Persuadés enfin que notre combat est juste et responsable…Nous défendrons jusqu’au bout, et avec vous, cet enjeu de société qu’est le fret ferroviaire « made in SNCF » !
Je vous remercie de votre attention.