Davaï, Davaï, un hip-hop transcendé

"Davaï, Davaï" : on avance ! Nous lance Brahim Bouchelagem depuis les rives de la Neva, à Saint-Pétersbourg où il est allé chercher l’équipe du Top 9, championne du monde hip-hop du battle of the year 2008.  Donné au Rive Gauche le 20 mars, le spectacle présente une suite de tableaux construits sur le vécu des danseurs, sur fond de projections de vues de Saint-Pétersbourg, son été aux longues journées lumineuses, ses rudes hivers neigeux, ses couloirs et stations de métro aux allures monumentales. Quand l’écran disparaît, c’est pour laisser place à des panneaux pivotants, portes dont les danseurs peuvent surgir ou derrière lesquelles se réfugier. Car danser sur la glace russe, c’est essayer de s’y lever, y glisser et souvent chuter, métaphore filée par le chorégraphe, qui est aussi celle d’une jeunesse en quête d’avenir.
Avec le palmarès des gaillards présents sur scène, on s’attend à cette énergie débordante dont font preuve généralement les artistes venus du hip-hop et de la rue, énergie qui a largement investi les chorégraphies de la danse contemporaine ces vingt dernières années. Brahim Bouchelagem prend d’entrée de jeu à contre-pied cette vision un peu convenue de la rencontre entre danse contemporaine et hip-hop. Le chorégraphe choisit de ralentir le tempo dès le départ pour prendre le temps d’installer son univers. Tout débute par une série de respiration, mouvements calmes et détachés sur une musique qui tire plus vers le classique, cordes et piano mis en avant, que vers le rap. Les danseurs évoluent au sol en appui sur les bras, présentant souvent 3/4 et profils, découpant ainsi leurs silhouettes aux vêtements ajustés, à l’élégance surannée loin du baggy et de la casquette.
Cette vision saisit le spectateur en installant une ambiance poétique, parfois mélancolique : c’est la force d’évocation des émotions et des mouvements qui prend le pas sur la démonstration de force. Les prouesses physiques sont évidemment là, car ces danseurs sont virtuoses et le spectacle gagne en rythme et en intensité à chaque minute. Mais là où Brahim Bouchelagem pousse ses danseurs à se transcender, c’est lorsqu’il les contraint à livrer tout en retenue le plus profond d’eux-mêmes dans un hip-hop stylisé jusqu’à l’épure qui donne à voir le meilleur de sa technicité. C’est sans doute le phénomène le plus frappant dans ce "Davaï, Davaï" : voir sous nos yeux la danse contemporaine littéralement métaboliser une discipline venue de la rue. Et ouvrir une voie pour aller de l’avant.
Bruno Lafosse

Articles créés 529

Articles similaires

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut