Daniel Haté, traqueur de souvenirs, a pris la pose au milieu des pierres qui constituaient le porche de la prison.
Le Havre – Déception dans le quartier Danton. Le porche de la prison qui était le dernier témoin de sa présence a été abattu lui aussi, le 11 avril dernier. Les habitants sont dans l’incompréhension. Daniel Haté, en premier lieu, lui, l’amoureux de son quartier qui en arpente sans cesse rues et venelles. « Je suis écœuré », exprime-t-il spontanément, « ce porche ne gênait en rien. Il était l’unique témoin du passé ».
Daniel Haté participe à la consultation des habitants engagée dans le cadre du programme de rénovation du quartier Danton. Dans ces ateliers où tout un chacun exprime ses souhaits pour le futur du quartier, il s’était fait, avec de nombreux autres amoureux de Danton, le défenseur du maintien du porche de la prison comme témoin du passé du quartier. « Nous étions unanimes sur le fait que le porche, qu’on veuille transformer le site de la prison en square ou en résidence immobilière, ne gênait en rien les futurs projets ».
Le coup n’en est que plus dur pour le Havrais. « Cette décision a été prise en catimini, dans l’irrespect total des habitants du quartier. Nous sommes extrêmement déçus».
Trop grande instabilité
Pour la municipalité, pour autant, de bonnes raisons techniques expliquent ce choix radical. « Le diagnostic établi sur le porche pour connaître sa résistance a donné des résultats inquiétants », détaille Kenny Broudic, adjoint à la maîtrise d’ouvrage de la ville, « il est apparu que les fondations du porche, mélange de béton et galets, n’assuraient plus aucune stabilité à l’ouvrage, maintenant que le mur d’enceinte de la prison n’est plus ». Sa démolition prenait donc un caractère d’urgence d’autant qu’en cette semaine d’avril, des rafales de vent à 70km/h étaient annoncées. « Il y avait un risque de voir le porche s’effondrer. Nous l’avons évité ».
L’explication technique conviendra-t-elle aux habitants ? « La maison des armateurs est restée plusieurs décennies debout seulement avec des étais. Il était tout à fait envisageable de faire de même avec le porche », ne décolère pas, en tout cas, Daniel Hâté, « j’ai le sentiment que la Ville use toujours de la solution de facilité ».
Kenny Broudic assure, pour sa part, que des pierres du porche ont été conservées peut-être pour permettre une reconstitution future dans un endroit à déterminer. Ah oui, c’est aux habitants d’en décider lors des prochains ateliers !
Karine Lebrun