Jules Vernes déshonoré
Les éditions Gallimard sortent dans la « Pléiade » quatre voyages extraordinaires à la grande déception des passionnés de Jules Verne qui ne voient dans cet arbitrage
éditoriale qu’une vaste entreprise commerciale sans apport ni rapport avec l’Universalité de l’œuvre. Les voyages extraordinaires ne mettent pas seulement en mouvement la prolixe écriture de
Verne mais ils réunissent l’Editeur, le Dessinateur, le Graveur, le Relieur. La conjugaison des métiers de l’Edition fait de ce corpus unique un patrimoine de l’humanité. Appréhender l’œuvre de
Jules Verne et lire les 62 romans et 18 nouvelles n’est pas plus extraordinaire qu’acheter chaque semaine un roman de gare pour prendre le train. Publiés en feuilleton dans la
bibliothèque de l’éducation, les romans sont souvent réunis par deux, puis relié par différents relieurs parisiens pour être enveloppé par
l’art de la belle reliure. Quelle soit de cuir et de carton ou sur toile enluminée chaque livre relié amène au rêve et au plaisir de lire. Ce conte des Mille et une nuits porte
en lui toute la fin du 19 siècle et illustre la perfection atteinte par l’imprimerie au cœur du Paris des libraires. Gutenberg avait perfectionné l’imprimerie, le couple
Hetzel-Verne l’a concrétisé et sublimé. Si les typographes ont perdu la main au profit des infographes, la texture du papier comme l’irrégularité des pressages et des caractères donne à chaque
ouvrage son unicité. En ne publiant pas l’œuvre complète de Verne sur papier bible, les éditions Gallimard n’honorent pas la grande tradition de l’Edition française et poussent un peu plus les
frontières du patrimoine nationale vers les rayons des stations service.
Igor deperraz