Cannes en solex ou en rolex
Le festival de Cannes est l’évènement people de l’année. Comme accessoirement on s’y occupe de cinéma, on va à Cannes
pour réaliser le rêve de posséder sa Rolex avant 50 ans où pour les moins chanceux un solex. Sur les marches, le tout Paris se pâme et laisse entrevoir des seins que l’on
aurait vus sans eux. Les Ministres grimpent les marches au milieu des strass et des paillettes avec plus d’aisance que lorsqu’ils sont invités dans les petits festivals de
banlieue. L’engouement médiatique et la concentration de vedettes poudrées affichant arrogance et la désinvolture réconcilient les Rédactions de Presse.
C’est le signe manifeste de la consécration pour un journaliste d’y être envoyé, au prix parfois d’un entassement au fast hôtel d’un bord d’autoroute. Loin
derrière nous le courage d’un Godard en 1968 pour arrêter le festival et poser quelques questions sur l’indigne et insoutenable légèreté de l’être
cinématogène. Dans un pays en crise, de jeunes femmes exhibent leurs protubérantes masses adipeuses en espérant finir la soirée sur le Teck d’un Yacht panaméen. Difficile de
croire en la volonté de ce gouvernement d’être normal s’il cautionne l’évasion cinématographique sous toutes ses formes. Pourquoi ne verrait–on pas la Ministre de la Culture monter les marches
des festivals de la banlieue nord de Marseille ou de la Courneuve avec le même charme et la même détermination à promouvoir la culture sous toutes ses formes et tous ses publics dans tous les
lieux de la République ? Les palmes de ce festival de la Tartufferie sont trop souvent à l’image de l’évènement, d’une affligeante médiocrité. Laissons donc Albert Dupontel « faire le
gugusse sur les marches » pour présenter l’excellent grand soir et se noyer dans ses contradictions.
Igor deperraz