(fil-fax 20/07/12)
Convertir toute la Haute-Normandie à la fibre optique pour accéder au très haut débit (THD) est une œuvre de longue haleine qui s’associent pouvoirs publics, opérateurs, clients des secteurs économiques, sociaux et politiques. Si le plan FTTH (Fiber to the home) prévoit de permettre à tous de se connecter d’ici 2027, la situation actuelle en est encore par endroit au stade préparatoire. Deux exemples concrets qui montrent la complexité de ce chantier d’aménagement du territoire. L’entreprise Orange investit massivement depuis plusieurs années et pourtant les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances. Côté “usagers“, le milieu médical a des besoins tout à fait particuliers.
Aujourd’hui la ville de Rouen est fibrée à 60% « mais seuls 8000 logements sont raccordables » regrette Pascale Homs la déléguée régionale Normandie de France Télécom Orange, « nous pourrions en avoir plus mais pour raccorder un immeuble il faut que ce soit voté en assemblée générale, or il n’y en a qu’une par an ». Cette difficulté de l’opérateur historique français à convaincre les syndics d’immeubles de l’importance de la fibre illustre le capharnaüm du développement du très haut débit (THD) en Haute-Normandie. « En plus, connecter un immeuble ne coûte rien aux co-propriétés et les travaux ne durent que quelques jours » argumente-t-elle. Pourtant ce sont bien les pouvoirs publics qui participent financièrement en investissant 380 millions d’euros.
Le déploiement de la fibre par Orange se base sur une stratégie simple : créer des « poches » dans les grandes agglomérations pour ensuite pouvoir se déployer sur l’ensemble de la région à la manière d’un arbre dont les branches pousseraient en direction des habitations. « Mais pour cela le développement numérique doit être un choix politique, au-delà des mots, le cadre économique et fiscal doit s’alléger ! » clame Pascale Homs. Grâce à un accord réalisé entre les différents opérateurs des points de mutualisations ont été créés afin de laisser le choix aux particuliers. « Ce n’est pas parce que nous posons les câbles que tout un chacun est obligé de s’abonner à Orange » précise-t-elle. D’ici 2015 le « plan conquête » imaginé par Stéphane Richard, PDG de France Télécom, devrait permettre de voir 40% du département fibré. Mais pas forcément raccordé.
Dans le monde de la santé, les besoins de fibrage sont très variés et illustrent les paradoxes que représente l’arrivée de cette technologie. Grâce au système réseau de Haute-Normandie (SYRHANO) il est possible de louer des liaisons aux opérateurs. Mais pourtant, analyse Patrice Large, le directeur du système d’information du CHI d’Evreux, « les petits établissements sont encore méfiants concernant le THD, ils ont peur de perdre leur autonomie au profit de gros hôpitaux, lieux où les dossiers informatiques risquent d’être centralisés ».
Les sensibiliser s’avère vital car « bien souvent ils n’ont pas d’informaticiens, du coup la gestion des données des patients est précaire. Ils peuvent tout perdre du jour au lendemain ». Les hôpitaux d’Evreux et du Havre ont trouvé une solution. Ils sont dépositaires des informations de l’un et de l’autre.
Le déficit de praticiens aujourd’hui nécessite le développement de la télémédecine qui permet de pouvoir accompagner les patients dans de nombreux domaines (télé-imagerie, téléconsultation, téléformation, etc.). Celle-ci nécessite une connexion internet performante obtenue grâce au SYRHANO. « Si un patient fait un arrêt vasculaire cérébral (AVC), il faut un diagnostic dans les 4 heures pour éviter des liaisons irréversibles. Dans ce cas la télémédecine nous est extrêmement précieuse pour contacter un médecin spécialisé qui peut alors avoir accès aux radios presque instantanément » développe-t-il. « Mais il ne faut pas oublier que pour nous c’est un palliatif avant le retour à la normal de nos effectifs ».