Je ne me console pas de ce qu’est devenu cette partie de ville allant du Palais de Justice au Musée de Peinture : l’allée Eugène-Boudin, l’Espace du Palais, l’allée Eugène Delacroix… Années après années, on s’ingénie à vouloir en faire quelque chose. Il faut les meubler, les décorer, les rendre utiles. Il faut surtout que ces lieux de passages ne le soient plus.
J’ai connu l’ancien marché aux fleurs dont, excepté des erreurs de normalisation, la réussite était patente. Serait-il encore debout, qu’il y aurait peu à faire pour en faire un lieu ouvert et disponible. Y compris le défunt parking dont la silhouette n’était pas sans rappeler la vraie fausse médiathèque dont nous avons hérité.
Du temps d’une ancienne municipalité on a rasé le tout pour construire l’Espace du Palais. Cette monstruosité rentable (pas tout à fait) survit. Il suffit d’y passer (quelle idée !) pour constater que les actuels locataires (extérieurs et intérieurs) sont affectés d’une maladie aigüe : la peur du vide. Trop d’espace, pas assez de palais ! C’est ce qu’on entend ou croit entendre. D’un côté les terrasses s’agrandissent, de l’autre les vitrines se vident.
Le commerce irait-il mal ? Oui et non, c’est selon. Toujours est-il qu’on s’ingénie à remplir cet Espace par tout ce qui tombe sous la main : concerts pop-rock, transfusion sanguine, démonstration de skate-board, que sais-je ? Mais aussi expositions de peinture à faire frémir, ventes à la criée (vieux livres de bibliothèque, par exemple), ou encore, dernier must, organisation de fermes pédagogiques. J’ai vu dans l’agora (ah, ah) dudit Espace, il y a peu, des poules et un malheureux lapin. Ils étaient censés initier (façon de dire) les enfants à la nature. Jurons que le contraire a plutôt été admis par lesdites poules et le ledit lapin. Tiens donc, c’est ça la vie à la ville ?
Pendant ce temps, les parents s’activaient en terrasse ou s’épuisaient dans les rayons d’une grande enseigne (terme consacré). J’ajoute au passage (cas de le dire) que l’enseigne a convaincu un actuel ancien et toujours maire de s’installer à une condition : elle annexerait l’espace public. Comment ? En fermant à son seul usage l’accès donnant sur la place Foch. Ce faisant, elle restreignait d’autant la circulation piétonne et pratique. Qui protesta ? Personne. Restait, pour qui voulait passer vite, la voute du Palais de Justice. Vigie Pirate aidant, elle est aussi fermée. Silence, ou je fais évacuer la salle !
Oui, pourquoi passerait-on par là ? Passons plutôt par ici. Hélas, par ici, c’est l’allée Eugène Delacroix, autre terrain d’expérience pour le trop vide. Là où il n’y avait qu’une perspective blanche et minérale, nous avons à présent d’envahissantes jardinières, des panneaux publicitaires, des jeux pour enfants, une station de vélocipèdes, un kiosque à journaux, des entrées de parkings. Qu’y manque-t-il ?
Par voie de presse, on nous annonce la refonte complète du square Verdrel. Celle-ci étant déjà dans les cartons, il faut s’attendre à une extension de ce qui précède. Les poules et le lapin y compris ? Oui.