(fil-fax 26/07/12)
Chaque année, la question est posée à Avignon : pourquoi si peu de compagnies haut-normandes dans le festival “off“ ? Le tissu urbain de la région avec ses nombreux lieux de programmation, entretiendrait une demande suffisante qui n’obligerait pas les professionnels à engager les frais importants d’une présence à Avignon. Ici, le moindre entrepôt rebaptisé “théâtre“ se loue à prix d’or. Par ailleurs, contrairement à d’autres qui investissent fortement dans la logistique – location d’un lieu pour les compagnies de leur région ou importantes dépenses de promotion – la Région Haute-Normandie n’a jamais fait d’une présence massive à Avignon une priorité.
Trois compagnies seulement étaient présentes cette année.
La compagnie havraise Akté proposait sa création de l’année, Toxique, née aux Bains Douches au Havre. La pièce fut écrite par Françoise Sagan victime d’un grave accident de voiture dont les soins la rendirent dépendante à la morphine. Resté dans les cartons, le texte fut réédité après le décès de Sagan. La mise en scène d’Anne-Sophie Pauchet crée un personnage de chanteuse guitariste qui valorise le travail réalisé par l’interprète unique, Valérie Diome, sur un texte peu connu mais dans lequel on trouve déjà les préoccupations existentielles de la romancière. Un travail de théâtre qui avait parfaitement sa place dans le “off“.
Un autre bon moment a été offert par la compagnie Etant Donné de Frédérike Unger et Jérôme Ferron, qui a su se frayer un chemin dans le monde exigeant de la danse contemporaine. Déjà présente en 2008 au studio Les Hivernales qui accueille après sélection les compagnies de danse contemporaine dans le festival, elle présente TU créée à Val-de-Reuil au printemps. Des personnages identiques revêtus de capuches traversent l’espace scénique, se confondent. Leur ressemblance est telle que le spectateur part à la recherche de différences qu’il peine à identifier. Un bon moment de professionnalisme.
Enfin, la compagnie La Poursuite / Makizart implantée à Limoges, travaille régulièrement avec Dieppe Scène Nationale où elle a créé en avril son spectacle avignonnais A la folie, pièce résultant d’une écriture collective inspirée par le vécu d’une comédienne à qui le père emprisonné envoyait des lettres de voyages imaginaires. La pièce invente pour ce père une mission volcanique en Islande fantasmée par l’enfant de l’emprisonné à qui la vérité est dissimulée par son entourage. Ceci donne des ados délurés au vocabulaire truculent… malheureusement pas toujours audible dans ce théâtre avignonnais.
En novembre au Théâtre de la Foudre
33 tours et quelques secondes, écran solitaire du Printemps arabe
La Haute Normandie s’est assurée une présence significative au festival “In“ avec une co-production internationale regroupant le Festival d’Avignon, une scène italienne, une suisse, une autrichienne, une finlandaise, une polonaise et la Scène nationale de Petit-Quevilly – Mont Saint Aignan dans le spectacle 33 tours et quelques secondes. Au premier abord, un objet théâtral non identifié. Nous aimons volontiers le théâtre quand des acteurs bien dirigés, imprégnés d’un bon texte, entrent dans un personnage pour nous émouvoir. Ici, le schéma est autre. Pas d’acteur sur scène ou plus exactement des acteurs d’un genre nouveau : un écran de télévision sur fond de Printemps arabe, un clavier d’ordinateur, un écran géant qui clignote et sur lequel s’impriment des messages. L’objet théâtral retrace le 1er octobre 2010, le suicide d’un acteur social libanais. Sur sa page Facebook, ses amis s’interrogent, puis réagissent, cherchent à comprendre, interprètent ce geste. Les messages se succèdent à un rythme saccadé.
Les auteurs sont les libanais Lina Saneh et Rabih Mroué et les proches du disparu. Le matériau théâtral provient de ce qui a été publié sur le suicide : articles de presse, reportages télé, ce qui a été mis en ligne sur Facebook, Youtube et l’ensemble des réseaux sociaux, enrichi par l’imaginaire des auteurs qui ont voulu mener « une réflexion pensive, un questionnement sur le monde, la vie et la mort, le privé et le public, l’intime et le politique, la présence et l’absence ». La “performance“ est écoutée dans un silence total par un public très attentif et hypnotisé par l’écran, acteur principal de cette nouvelle forme d’écriture, très réussie et qui est venue à bout de nos réserves initiales.
• 33 tours et quelques secondes sera joué les jeudi 15, vendredi 16 et samedi 17 novembre à 20h au Théâtre de la Foudre à Petit-Quevilly. Co-accueil, Automne en Normandie, scène nationale Petit-Quevilly – Mont-Saint-Aignan. reservations@scenationale.fr
