CDXII.

Puisqu’une série s’achève et qu’une autre commence, trouvons une transition. M’est revenu à la mémoire le souvenir d’une vieille clocharde qu’on a longtemps vue chaque soir au même endroit. Image connue que celle des solitudes farouches et réfractaires. A moins que ce ne soit qu’une paresse habillée de fierté ? Mais que sait-on, chez les clochards, ce qui relève du corps ou de l’esprit ?

Toujours est-il que les clochards ont leurs habitudes. Et leurs caractères. Certains d’entres eux (ou elles) estiment pouvoir se passer des asiles de nuit. Ces coquetteries-là, toutes estivales, n’ont qu’un temps, pas celui du passé simple. Oui, lorsque la bise fut venue, ils répugnèrent moins aux abris. On y voit là une preuve de sociabilité. Pas à dire, c’est à crever de rire.

Ma vieille clocharde, été comme hiver, dormait dehors. Et en poste fixe, à savoir sous le hall de Paris-Normandie, lorsque celui-ci se trouvait place de l’Hôtel de Ville. Tout ça n’existe plus. Ni le hall, ni la clocharde, ni le gardien de nuit du journal. J’imagine que ce dernier veillait sur la boutique avec autant de conscience que sur sa locataire. La nuit, il n’y a pas de primauté. Tout vaut tout.

La vieille était enveloppée de couvertures et environnée de sacs plastiques contenant présent, passé et avenir. Pour qui avait l’âme tendre, elle offrait le regard de la sérénité. Regard si doux qu’on pouvait s’en émouvoir. Toute clocharde qu’elle était, elle n’en était pas moins femme, par conséquent séductrice. A qui lit vite, expliquer que les hommes le sont tout autant, mais dans un genre différent.

Par exemple le gardien de nuit du journal, personnage singulier que je rencontre encore de temps à autre. En particulier au Clos Saint-Marc, le dimanche. Si nous échangeons trois mots, je n’ose lui parler de celle qui, un temps, accompagna ses nuits. Du reste, je ne suis pas certain qu’il s’en souvienne. Comme les clochards, les gardiens de nuit appartiennent à une race à part. Ce pourquoi on bâtit des fictions à leur propos.

Tout ça pour dire, et c’est là que ma transition trouve sa place, qu’on ne reverra plus ce qui précède. Ni le hall, ni la clocharde, ni le gardien de nuit. Et de fait, ni Paris-Normandie. Qu’irions-nous chercher à Déville, rue des Grosses-Pierres ? S’il y a un hall, en admettant, je doute qu’on y voit des photos de gloires locales ; s’il y a un gardien, il est siglé de l’extérieur et porteur d’un uniforme censé signifier sa vigilance. A-t-il un chien ? J’en jurerais.

Son service terminé, il rentra chez lui sans le journal qui venait de paraître. Qu’avait-t-il à faire de savoir où nos élus passent leur vacances ? Il espérait une douche et dormir. A ce moment, Cathy était surement déjà levée. Le jeudi, elle prenait son service à huit heures. Pourquoi ne pas s’arrêter au Longchamp ? A croire que c’était écrit ! Lorsqu’il poussa la porte du bar, rien qu’au regard que lui jeta Mourad, Cédric comprit que Rico et les autres étaient revenus.

Articles créés 251

Articles similaires

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut