Le récent commentaire d’un lecteur contient comme un reproche voilé. Voulant parler de la place du Général de Gaulle, j’ai parlé (je parle toujours) de la place de l’Hôtel de Ville. La première est celle de l’appellation officielle ; la seconde celle de l’usage. Ce lecteur a deviné : je déteste autant le Général que les calendriers des Postes (pas pour les mêmes raisons). Surtout, je n’aime pas qu’on donne le nom d’une personne à une rue, un espace ou un monument. Vous dire le malheur qui me traverse, hier et aujourd’hui.
Je profite de ce bref espace pour déplorer (je l’ai déjà fait) qu’on ait donné le nom de la jument de Laurent Fabius (voir la l’émission de télévision La Tête et les Jambes des années Soixante-dix) au nouveau Palais des Sports. Simple exemple : qui se souvient, place Saint-Marc, de la salle Lionel-Terray ? Qui se souvient de Lionel Terray ? En conséquence, qui se souviendra de Kindarena qui mourut, vieille et malade, au Haras du Pin, à l’aube des années 2000 ?
Je n’aime pas la rue Louis Ricard, ni la rue Camille Saint-Saëns. Ni les rues Georges Lanfry, Docteur Rambert, Robert Schumann. Je ne passe jamais (rarement) par la rue Jean-Lecanuet. Je prends toujours (souvent) par la rue Thiers. Vous me direz… Oui, je sais. Je sais surtout les noms des anciens maires immortalisés sur plaque. Vous passerez (si le cœur vous en dit) par les avenues Georges Métayer et Jacques Chastellain, et même par l’obscure (pas tant que ça) rue Eugène Richard. Tant mieux pour vous si vous n’êtes pas renversé par un de ces maudits cy’clics.
Vous éviterez cependant les rues Maurice Poissant et François Gautier. Le premier parce qu’il officia, à l’insu de son plein gré, sous l’Occupation ; le second parce que, mon Dieu, comment dire ? Enfin, bref. Aurons-nous une Pierre Albertini ? Ça m’ ferait mal, disait l’autre. Une rue Valérie Fourneyron ? C’est à craindre. Une rue Yvon Robert ? Un boulevard, vous voulez dire. Plutôt un rond point, histoire de tourner en rond. Ce qu’on nomme au Monopoly (fine allusion) le retour à la case départ.
Mais la question n’est pas là. Elle est que la bêtise et l’inculture des élus (ou des administrés) finit toujours par transparaître. Sans cesse, de l’invisible au visible. Un exemple ? N’a-t-on pas inventé, il y a peu, ici, pas loin, une rue Marguerite Duras ? Si ça vous amuse, sachez qu’elle jouxte la place Elsa Triolet. Un brin d’indulgence cependant car le pire vient souvent d’ailleurs. De l’opinion, du bon sens, et du raisonnable résonnant. Bref, du public.
Oui, le temps abolit bien des choses. Et bien des hommes, grands ou petits. L’oubli est le meilleur garant de la médiocrité. La gloire (deuil éclatant du bonheur) revient à ceux qui, rurbains ou campagnards, se décident pour la rue des Primevères, des Cerisiers ou l’allée du Lavoir. Où sont primevères, cerisiers et lavoir ? Nulle part. Dans la niaiserie des existences qui en décident, tout au plus. Dites, c’est déjà beaucoup.