
BHL et Sarkozy se sont bien amusés lorsqu’il s’est agi de
libérer la Libye du défunt colonel qui foulait le tapis rouge et squattait les
jardins de l’Elysée quelque temps avant sa pitoyable fin. Mais si les deux
activistes médiatiques surarmés, gavés l’un à la plume narcissique, l’autre à
l’armée de l’air, ont libéré la Libye d’un dictateur, ils ne l’ont pas pour
autant libérée de l’obscurantisme…
Certes, la Libye n’est pas connue pour être un pays de cinéma à l’instar de
l’Italie et de sa Mostra de Venise, de l’Allemagne et de son Festival de
Berlin, ou encore de la France avec Cannes (prénommée Festival de). Non, après
le règne de plus de quarante ans du bouffon de Syrte, la Libye était plutôt un
pays des arts circassiens, avec un monsieur Déloyal aux commandes, des
acrobates diplomatiques, des clowns terroristes ou encore des écuyères amazones
gardes du corps de sa Majesté. Certes, la tente de bédouin avait remplacé le
traditionnel chapiteau, le pognon du pétrole avait comblé le manque
d’imagination de nos artistes de la piste aux étoiles.
Mais les Libyens nous ont prouvé ces derniers jours qu’ils ne touchaient pas
leur bille en cinématographe. En effet, à la suite de la diffusion d’extraits
d’un « film » réalisé par « un obscur promoteur immobilier
israélo-américain », dixit Le Monde, les valeureux combattants de la liberté si
chers à notre penseur national BHL n’ont pas trouvé mieux pour exprimer leur
critiques cinématographiques que de bombarder à la roquette le consulat
américain à Bengazi et d’y mettre le feu.
On objectera à nos révolutionnaires autoproclamés que dans les milieux
artistiques, la tradition qui prévalait jusqu’à lors était plutôt de balancer
quelques tomates ou œufs que l’on avait précédemment laissé pourrir. Sur un
plan plus intellectuel et détaché des biens matériels de ce monde, la critique
verbale, orale ou écrite, était aussi d’une efficacité parfois bien réelle.
Mais peut-être que l’on trouve plus facilement de lance-roquettes que de
tomates ou de stylos dans la Libye post colonel ?
Mais revenons à la critique flamboyante des cinéphiles bengaziens. On
imagine que la pléthore de films consacrés à la seconde guerre mondiale aurait
pu amener les vaincus (l’Allemagne nazie ou le Japon impérial) à brûler les
cinémas ou à faire sauter les ambassades des pays alliés. Non. Les vaincus ont
choisi de se venger autrement : nous inonder de gadgets électroniques de
plus en plus miniaturisés ou de berlines de luxe de plus en plus gonflées et
onéreuses, alors que les Italiens eux se sont acharnés à inonder le monde de
péplums plus ou moins historiques, de westerns plus ou moins spaghetti, ou
encore de films d’horreur plus ou moins comiques.
Les valeureux combattants amis de BHL auraient pu trouver un autre moyen
d’expression plus conforme à la critique populaire, mais néanmoins adaptée aux
réalités locales. Ainsi les crottes de chameaux auraient pu servir de
projectile, tout comme des bataillons de chaussures, voire de babouches, lancés
avec mépris et humilité réunies à la face de l’Amérique triomphante et
arrogante dans les milieux du cinéma.
Non, ce qu’il faudrait, c’est remplacer les cérémonies de remises de prix
par des batailles rangées entre les équipes de productions et les acteurs de
différents films en compétition. Quelques armes de poing, quelques fusils
mitrailleurs, une caisse de grenades, quelques lance-roquettes de bon aloi,
permettraient de renouveler les palmarès qui semblent parfois bégayer d’une
année sur l’autre et de limiter le côté parasite des pique-assiettes
d’Hollywood.
Le mot de la fin au regretté Pierre Desproges qui en connaissait un rayon
côté culture : « Et puis quoi, qu’importe la culture ? Quand il a
écrit Hamlet, Molière avait-il lu Rostand ? Non. »
Et les combattants libyens, ont-ils lu BHL ? Non.
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