Un Rive Gauche Baba Love devant Arthur H

Salle comble et buzz de premier ordre… C’est peu dire qu’Arthur H était attendu au Rive Gauche ce vendredi 12 octobre, pour son retour dans une salle qui l’accueillit aux débuts d’une trajectoire prometteuse, dans les années 1990. Depuis, Arthur H s’est construit une voie pavée d’étoiles, au fil de concerts et d’albums qui l’ont vu ruser avec les itinéraires tout tracés pour installer son univers de poète rock, électrique et inspiré. Sans toutefois perdre la légèreté de chansons folles ou naïves. 

C’est d’ailleurs sous l’étendard de son dernier album, "Baba Love", qu’il entre en scène. Silhouette frêle, costume sombre et brillant, dans un décor de palettes et d’objets au design industriel qui laissent deviner l’électricité joyeuse du propos et entrevoir quelques gerbes d’étincelles. En ouverture, la version "d’Ulysse et Calipso" donne le ton et le tempo ! Sous la pulsation d’un batteur redoutable et le doigté de fieffés musiciens (guitare, basse, clavier), les chansons sont tout de suite mise sous tension et atteignent rapidement leur point d’incandescence, chargées d’une énergie dont Baba Love manque parfois. Elles peuvent alors se déployer, exploser de vitalité dansante ("L’arc ciel", "Ma dernière nuit à New-York City", "La beauté de l’amour"…) mais aussi affirmer leur sinuosité et leurs nuances.
Il en va ainsi pour "Cheval de feu", lancé à brides abattues dans un univers crépusculaire, fuite en avant mélancolique autant que chevauchée sans fin. Arthur H, sait donner à la fête son caractère trouble à l’image de son personnage, petit prince énergique et lunaire, réservé et joueur, explosif et mélancolique. Entre les joies collectives reprises en cœur par un public debout depuis les premières chansons ("Est-ce que tu aimes ?"), une déconnade au piano, quelques embardées improvisées dont le chanteur a le secret, les ballades et complaintes s’imposent comme des ruptures de rythme mais aussi comme des échappées audacieuses : mots bleus de "Dis-moi", hommage poignant à Lhasa en clôture, reprise d’un Tom Waits en évidente filiation vocale…
Plus encore, c’est l’extatique "Prendre corps", sommet sensuel et charnel de "Baba Love" qui force l’admiration. Porter ainsi sur scène, dans un morceau d’une dizaine de minutes, le texte halluciné de l’écrivain Ghérasim Luca – qui croisa André Breton, Marx Ernst, ou Gilles Deleuze et s’attacha à un travail de construction-déconstruction du langage – voilà qui ne manque ni de classe ni de générosité.
Après quelques rappels, on quitte la salle à regret mais gonflé à bloc. Comme le disent Arthur H et Jean-Louis Trintignant dans "l’Ivresse des hauteurs" : "On est rentrés d’un bon pas, avec cette joie féroce dans le ventre, une envie de tout dévorer"…
Bruno Lafosse
Photo © Pascal Hamel

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