(fil-fax 06/11/12)
Le groupe français Renault et le britannique Caterham ont officiellement annoncé lundi 5 novembre le lancement du projet de véhicules de sport qui seront construits d’ici trois à quatre ans dans les usines Alpine-Renault de Dieppe, ville berceau des voitures de compétition de rallye.
C’est un projet au périmètre plus large que celui qui était espéré depuis plusieurs mois à Dieppe puisque le constructeur français s’est associé à un autre mythe de la voiture sportive anglaise, Caterham. Dans le communiqué commun diffusé lundi, Renault et le groupe Caterham ne manquent pas d’emphase pour annoncer « l’union de leurs forces autour d’un projet commun : concevoir, développer et industrialiser de futurs véhicules sportifs ». Ces véhicules seront distincts, « différenciés et porteurs respectivement de l’ADN d’Alpine et de Caterham Cars », la division automobile du groupe Caterham.
Une nouvelle entité juridique va voir le jour en janvier 2013, la Société des Automobiles Alpine Caterham dans laquelle le groupe Caterham détiendra 50% du capital, les 50 autres étant apportés par Alpine Renault, détenue actuellement à 100% par Renault SAS. Elle sera dirigée par Bernard Ollivier, directeur de la Transformation chez Renault. Il a dirigé Renault Sport Technologies, de 2001 à 2007.
Selon les dirigeants de Renault, le projet a pu aboutir « grâce au soutien déterminant et à l’engagement » de l’Etat, de la Région Haute-Normandie et de l’agglomération Dieppe Maritime. Le PDG de Renault, Carlos Gohsn, a indiqué que ce projet « offre des opportunités pour l’avenir de l’usine de Dieppe et le développement de son savoir-faire historique ». Pour Carlos Tavares, directeur général délégué aux Opérations du Groupe Renault l’association avec Caterham était indispensable « afin d’assurer la rentabilité économique de cette aventure ». Le marché de la voiture de sport est en effet très étroit et s’adresse à une clientèle à la fois exigeante et fidèle à une marque. Renault l’avait appris à ses dépens, face à Porsche notamment, avec les dernières séries de l’Alpine conçues dans les années 80 et 90 (A310 et A360). Cette fois, Renault semble décidé à jouer la carte de la tradition : « Nous avions dès le départ la volonté de placer l’usine de Dieppe au cœur de ce projet, explique Carlos Tavares. Grâce à ce partenariat avec le groupe Caterham, nous pouvons entrer dans une nouvelle phase, celle de la conception d’un véhicule qui sera l’essence même d’Alpine, capable d’enflammer de nouveau les passions ».
Le site de Dieppe (300 salariés) « occupera une place centrale » dans le projet Alpine Caterham, ont assuré les dirigeants des deux groupes. Car c’est ici que l’histoire d’Alpine a démarré en 1955 lorsque le garagiste Jean Rédélé, passionné de compétition automobile, a construit sa première Alpine autour d’un moteur de 4 cv. L’usine actuelle date de 1969. On y avait lancé l’assemblage de la fameuse berlinette A110. C’est dans ce site que sont assemblés des véhicules développés par Renault Sport Technologies, tant en série (Clio R.S.) qu’en compétition. Depuis, plus de 400.000 véhicules sont sortis des ateliers dieppois. De nouveaux ateliers seront installés sur la zone d’activité Eurochannel, gérée par l’agglomération Dieppe-Maritime. De son côté, le maire de Dieppe, Sébastien Jumel, avait proposé la cession pour l’euro symbolique des terrains d’un ancien stade municipal, situé non loin de l’usine.
Caterham : l’esprit d’Outremanche
Caterham est un groupe constitué d’entreprises spécialisées dans l’automobile, la compétition, la technologie et l’innovation dont Caterham Cars qui sera le partenaire de Renault, Caterham Technology & Innovation, Caterham F1 Team et Caterham Composites. Caterham Cars est bien connu des amateurs de voitures de sport pour son modèle emblématique, la Seven, véhicule très dépouillé que des amateurs font rouler autant sur route que sur circuits dans des compétitions « très british ». Le site de production est à Dartford (Kent). Caterham est également engagé en F1 (équipé du moteur Renault) sans briller. Le moteur Renault équipe d’autres écuries dont celle championne du monde, Red Bull, et Lotus.
Unanimement salué
Le retour à Dieppe d’un véhicule haut-de-gamme, à l’empreinte carbone politiquement incorrecte malgré ses performances énergétiques, est unanimement salué en Haute-Normandie. L’annonce officielle des fiançailles par les présidents de Renault et Caterham s’est faite avec la bénédiction d’Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, celles directement intéressées des présidents de Dieppe Maritime, Patrick Boulier, et de la Région Haute-Normandie, Alain Le Vern.
Par un communiqué diffusé lundi, la députée socialiste Sandrine Hurel détaille les étapes de sa « médiation constante entre le Ministre et les collectivités ». Le maire communiste de Dieppe, Sébastien Jumel, salue « le fruit d’une mobilisation et la récompense d’un savoir-faire (…) Cette décision démontre que nous avons eu raison de nous battre, aux côtés des salariés de Renault ».