Eana est mort mais l'Abbaye de Gruchet-le-Valasse complètement restaurée, maintient son ouverture au public et l'accueil de manifestations populaires (Fotolia).
Les élus du conseil communautaire Caux Vallée de Seine ont voté, mardi 27 novembre, la fin de la régie Éana, qui marque irrémédiablement la fin du parc éponyme. Conçu en 2008, le parc de développement durable s’arrête alors qu’il accuse d’importants déficits. 650 000 euros de subventions publiques exceptionnelles ont été versées cette année pour pallier le manque de recettes des deux grands concerts estivaux qui n’ont pas remporté le succès attendu. « Jamais ce parc n’aura vraiment rencontré son public », regrette Gilles Carpentier, l’un des premiers directeurs du parc. Explications.
Éana est toujours passé à côté de son public ?
En 2008, Éana déployé sur le site de l’Abbaye de Gruchet-le-Valasse et son parc de 60 hectares, ensemble inscrit à l’inventaire des Monuments historiques, ouvrait ses portes. Pour la communauté Caux Vallée de Seine, ce tout nouvel outil devait favoriser le changement d’image d’un territoire que l’on qualifiait uniquement d’industriel.
« Nous voulions qu’Éana devienne une vraie vitrine du territoire, grâce à des activités tournées vers le loisir, le tourisme. Ce premier outil devait être la première pierre de notre changement d’image », souligne Gilles Carpentier, aujourd’hui directeur du pôle touristique de la communauté de communes.
Dans le passé, il fut le directeur de projet d’Éana, puis son directeur. Ce site multi-activités s’est développé sur la thématique du développement durable.
« Une notion émergente, qui entrait à peine dans l’opinion publique. En faisant ce choix, nous nous inscrivions en précurseur », argumente le fonctionnaire.
Sauf que très vite, le développement durable a conquis médias et société.
« Notre thématique et surtout la manière dont nous avons décidé de la traiter à Éana auront vite été dépassées sans jamais vraiment correspondre aux attentes du public. »
Bénabar et Mika, les causes du dernier déficit
Éana a fait rapidement le choix de la diversification : des animations sur le développement durable à destination des scolaires (ceux du territoire comme ceux de l’extérieur), des séminaires pour les entreprises, implantation d’un restaurant dans le cadre somptueux de l’Abbaye. Ces deux secteurs d’activités restent d’ailleurs d’actualité, « même si, en ce qui concerne les scolaires, nous nous recentrons désormais sur ceux de la communauté de communes ».
Éana avait développé aussi une programmation de concerts estivaux avec des têtes d’affiches nationales ou internationales. Christophe Maé, en 2011, avait attiré 12 000 personnes sur le parc. Bénébar et Mika, cette année, n’auront pas rencontré le même succès, occasionnant un déficit considérable pour les organisateurs : 650 000 euros que la collectivité a renfloués en plus des 900 000 euros annuels attribués au parc pour assurer son fonctionnement. Au total, Éana aura coûté plus de 30 millions d’euros.
« Cet investissement a permis la restauration entière de l’Abbaye, un site qui va continuer à vivre », défend Gilles Carpentier alors que le soir du conseil communautaire, les élus de l’opposition avaient clamé leur colère quant à l ’importance de l’argent public dépensé.
« En période de crise comme celle que nous vivons, les collectivités comme les nôtres commencent à tirer sur les fonds de tiroir. Et parce qu’avec Éana nous sommes dans l’intangible, la culture, il constitue le poste privilégié que l’on peut supprimer pour faire des économies », analyse pour sa part l’ancien directeur de projet du site.
Pas de pertes d’emplois
L’arrêt de la régie d’exploitation Éana entériné, quels sont les impacts en termes d’emplois ? L’ensemble du personnel du parc, maintenu, est redirigé vers deux autres entités sociales. Onze d’entre eux rejoignent l’Office de tourisme de la communauté de communes, constitué en EPIC (Établissement public à caractère industriel ou commercial) qui assure désormais toutes les activités commerciales (séminaires et restauration) implantées sur le site de l’Abbaye.
Quatre autres entrent dans le giron de la communauté de communes Caux Vallée de Seine pour maintenir auprès des scolaires du territoire, des animations pédagogiques en matière de développement durable. Et si Éana n’est plus, l’abbaye de Gruchet-le-Valasse et son parc, restent, eux, ouverts au public !
Sollicité par 76actu, Didier Péralta, le vice-président de la communauté Caux Vallée de Seine en charge du pôle qualité de vie, tourisme et développement durable n’a pas pris le temps de répondre à nos questions.