Le trio présentera le nouvel album intitulé Comont "It's time". (Photo Marie-Hélène Labat)
76actu : Comment s’est passé la rencontre entre Dominique Comont et Christophe Pélissié ?
Dominique Comont : Je mixais un groupe en concert (Stéphane Dambry) dont le guitariste était Christophe. Au deuxième rappel, Stéphane m’a invité à monter sur scène. Je me suis mis au piano et j’ai chanté « l’Halleluiah » de Cohen. À la suite de cette soirée, Christophe m’a ouvert son studio et notre collaboration a débuté.
Quelles sont vos complémentarités ?
Depuis 1979, j’écris des chansons en anglais (plusieurs centaines) et après trois albums de chansons francophones, j’ai renoué avec mes amours de jeunesse et j’ai retrouvé mon stylo anglophone. Christophe est un excellent guitariste de blues, de folk, passionné de prise de son et de réalisation musicale. Il a monté un superbe studio d’enregistrement à Rouen dans le quartier Grieu. Il adore aussi les vieilles guitares et les vieux amplis. Il les fait restaurer et leur donne ainsi une nouvelle vie.
Dominique Comont et Christophe Pélissié au Trianon, en février :
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Depuis deux ans
Nous travaillons tous les deux sur ce projet depuis plus de deux ans à raison de quelques jours par mois. Nous n’avions aucune idée au départ. Au fur et à mesure, les choses ont pris forme. Ce que nous vous présentons aujourd’hui ce sont les 12 titres que nous avons enregistrés, arrangés et mixés au Studio du Flâneur à Rouen chez Christophe. Nous les avons masterisés chez Raphaël Jonin à Paris. Christophe est réalisateur, fait la prise son, les mixages, toutes les guitares, souvent les percussions, voire de l’orgue. Je fais l’assistant, le co-réalisateur, les claviers, les voix lead, les backings et je propose les chansons. Nous travaillons ensemble, les structures, les arrangements, l’esprit et la réalisation des chansons.
Plusieurs invités
Nous avons invité quelques musiciens sur plusieurs chansons. Bernard Cochin : un contrebassiste sur 5 titres (The dream is over, My lover again, Wonderful girl, Did you hear me before). Laurent Gruau : un joueur de trombone, de trompette et d’harmonica sur 3 titres (It’s time, The dream is over, The other woman). Hélène Massuard: une jeune chanteuse qui apparaît sur Heydays again. J’ai choisi les chansons de It’s time parmi d’autres sur plusieurs années d’écriture. J’ai retenu celles qui me paraissaient sortir du lot. Je suis par ailleurs en train de mettre au point une série de chansons nouvelles suivant ces douze premiers titres.
Après vous être fait un nom avec trois albums de chansons françaises, pourquoi avoir pris le virage anglais pour ce quatrième ?
C’est un désir que j’avais depuis longtemps. j’ai commencé par écrire des chansons en anglais et je l’ai fait pendant vingt ans. J’adorais ces chansons, je continue toujours à écrire c’est une sorte de pathologie. Je suis très content qu’elles existent sur ce disque duquel je suis très fier.
Alter Iguane, en français dans le texte :
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Comment écrivez-vous vos textes, quelles sont vos inspirations, comment viennent-elles ?
Ces choses sont assez mystérieuses et je ne sais jamais quand et comment je vais écrire une chanson. C’est assez souvent en jouant au piano sans idée préconçue, mais je sais très bien au moment où les choses se passent ce que je suis en train de faire. Au moment où les choses se révèlent, il faut travailler et tout noter, sinon c’est perdu à jamais. Je crois que c’est une forme de disponibilité d’esprit et une façon d’envisager son rapport au monde.
L’heure de la lucidité
It’s time, c’est l’heure de quoi ?
L’heure de la lucidité, de l’honnêteté, de la fin du mensonge et du cynisme, de la légèreté, de la simplicité, de l’hospitalité et du partage, de l’attention aux autres et à la nature qui nous porte et nous nourrit, l’heure de la fin de l’iniquité, de la fin de la suffisance et du mépris, l’heure de la poésie, de la joie, de l’intelligence et de la gentillesse quoi sont une seule et même chose, l’heure de la fragilité opposée à celle du pouvoir, l’heure de Vandana Shiva, de Dany Laferrière, de Wangari Maathai, d’Edgar Morin, l’heure de Le Clézio et d’Edouard Glissant, l’heure des fratérnités, l’heure des carnavals et de la fantaisie, l’heure de faire sérieusement ce qu’on a à faire sans se prendre au sérieux et non pas le contraire, l’heure de ne pas se contenter de la médiocrité et de ne connaître que la surface des choses, l’heure de l’intranquilité et du sourire fraternel.
Musicalement plus mélancolique, quelles ont été vos sources d’inspiration ?
Elles sont nombreuses, je ne cherche rien, tout m’arrive presque comme ça. Ce peut être des images, des mots, des petits riens et je dévide la pelote, je ne me pose aucune question. Les questions arriveront bien assez tôt, (mise en forme, structure, arrangements, orchestration, etc).
La simplicité est une chose difficile à mettre en œuvre, on a toujours le désir d’en rajouter, alors que l’essentiel se tient là si proche et si fragile. Pas de triche, pas de machines, tout est joué, tout est vrai ! Redon et Gauguin sont pour moi comme des grands frères bienveillants, ce sont d’immenses artistes qui en silence nous parlent. Au cœur directement. Il y en a bien d’autres, mais ces deux là font partie de cette petite famille artistique qui m’entoure et qui m’aide à vivre, à garder ma petite flamme vive et fière dans les assauts du vent.
