Séance plénière du 10 décembre 2012
Les élus du Front de Gauche quittent la séance
plénière !
Intervention de Jean-Luc LECOMTE au nom du groupe
Front de Gauche
Parti Communiste Français, Parti de Gauche, Gauche
Unitaire
Monsieur le Président,
Cher-e-s collègues,
A l’heure où s’ouvre cette
séance, les salariés de M’real viennent de remporter une victoire historique. N’en déplaise aux chantres du renoncement industriel et de
la soumission aux marchés,rien n’est
impossible lorsque l’intelligence collective et l’unité sont au rendez-vous !
Nous demeurons déterminés
aux côtés des salariés de M’real comme aux côtés
de ceux de Pétroplus qui exigent si besoin est,
comme l’ont portées avec force les M’real au cours de leur lutte, la
réquisition du site et la nationalisation de l’entreprise. C’est aussi la demande
expresse des salariés de Florange.
Dans quelques instants va
être présenté le premier budget de notre collectivité dans un contexte
politique nouveau issu des scrutins du printemps dernier.
Alors
que nous vivons une crise sans précédent du système capitaliste, un rapport de
forces politique existe aujourd’hui dans notre pays, où la gauche dispose de
tous les leviers de pouvoir, en faveur de grandes réformes structurelles. Et le
gouvernement pourrait résister, plus qu’il ne le fait,aux
magnats de la finance.
Mais
les choix nationaux actuels, parce qu’ils refusent de rompre avec les logiques
qui sont au cœur même de la crise, vont amplifier les difficultés. Ils risquent
de nous conduire à renoncer aux objectifs pour lesquels les Haut-Normands nous
ont fait majoritairement confiance en mars 2010, d’empêcher les changements
voulus par vous toutes et tous, collègues socialistes, radicaux et verts, dont
nous ne doutons pas de la sincérité.
Le
dogme des 3% de déficit public, la réduction des investissements publics, le
rationnement des services publics, notamment en matière de santé, la pression
sur le pouvoir d’achat avec la hausse de la TVA et du gaz, nous poussent dans
une logique qui a déjà conduit la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie
dans la récession. L’austérité n’est pas et ne sera jamais la solution.
De ce point de vue, nous
rejoignons Alain Rousset, président de l’ARF, qui s’inquiétait, il y a quelques
jours, auprès du 1er Ministre de l’absence de réponses claires du gouvernement
à la nécessité de doter les régions d’« un panier de recettes
permettant de retrouver une réelle dynamique des ressources régionales leur
permettant d’assumer leurs compétences, de faire face à leurs engagements et de
continuer à mener une politique d’investissement public dynamique, y compris
dans le cofinancement d’actions structurantes à l’égard des Universités, de la
Recherche et des infrastructures ».
On ne saurait mieux dire,
ici, en Haute-Normandie, où le contournement est de Rouen, la LNPN, le
développement du fret ferroviaire et du transport fluvial, pour ne citer que
ces exemples, se font plus indispensables encore en ce moment. Et nous saluons
votre volonté, M. le Président, de participer activement à une rénovation
rapide du pont Mathilde à Rouen.
Mais le montant des
autorisations de programme diminue de 9,8%. Ce n’est pas de nature à relancer
l’économie et l’emploi dans notre région,
ce qui est pourtant une nécessité absolue.
Nous
nous réjouissons que le budget traduise la contractualisation avec les
entreprises qui souhaitent bénéficier de fonds régionaux. Très peu d’entre
elles refusent des aides assorties d’exigences de notre collectivité. C’est la
démonstration même que la puissance publique a tout à gagner dans cette
démarche, à l’inverse des 20 milliards d’€de
crédit d’impôt que l’État s’apprête à distribuer aux entreprises sans aucune
contrepartie. D’ailleurs, ces annonces censées « booster » la
compétitivité n’empêchent aucunement le chantage à la fermeture d’un site de
Renault où les suppressions d’emplois, précisément au nom de la compétitivité, comme à la verrerie Pouchet du Courval.
Nous nous réjouissons
également de l’extension de la carte région aux étudiants de première année.
Mais un récent rapport
remis à la ministre de la jeunesse et des sports montre que 46% des jeunes
non-diplômés sont au chômage contre 9% de ceux qui sont diplômés de
l’enseignement supérieur.
Dans ce contexte, notre
collectivité doit accroître son effort de formation et c’est pourquoi nous soutenons
la mise en œuvre des emplois tremplins et du Contrat d’Accès à la Qualification
(CAQ). Mais le budget constant attribué à la formation dans le BP 2013,
alors-même que ce nouveau dispositif est mis en place, va se traduire, de fait,
par la disparition d’actions de formation.
Nous sommes également
inquiets de la disparition de « la règle des 80% » qui rend les organismes de formation tributaires des
absences et abandons des stagiaires, ce qui est en totale contradiction avec les
déclarations du ministre de l’Éducation nationale sur les
« décrochages ». Les structures de formation, déjà soumises à rude
épreuve par le fonctionnement sur la base d’appels d’offres dans le cadre de
marchés publics sur lequel nous vous avons invité à retravailler à maintes
reprises, vont s‘en trouver fragilisées.
Notre majorité régionale
s’est opposée à la réforme de la voie technologique et industrielle dans les
lycées, réforme imposée par le gouvernement de droite qui a porté atteinte à la
qualité de l’enseignement, a supprimé de nombreux postes d’enseignants et a
fermé la porte des études supérieures à de nombreux élèves d’origine souvent
modeste qui y accédaient par cette voie.
Nous vous avions invité en
son temps, M. Le Président, à résister à cette réforme en refusant de céder les
machines et les équipements dans lesquels notre collectivité a beaucoup
investi.
Une fois la droite mise
hors d’état de nuire et alors que l’urgence est au redressement productif, nous
découvrons, en participant aux CA des établissements, que vous leur demandez de
vendre ces machines à des entreprises. Nous ne pouvons l’accepter comme nous ne
pouvons accepter
la décision
académique de fermer des sections dans les lycées professionnels de Dieppe, de Vernon et de
Gisors.
Nous n’acceptons pas
davantage la diminution des dotations de fonctionnement déplorée par de
nombreux conseils d’administration des lycées. Par ailleurs, nous réitérons également notre proposition de
construction d’un lycée en Vallée d’Eure. Vous vous étiez engagé à faire
réaliser une étude en ce sens. Nous n’en trouvons aucune trace dans les documents budgétaires.
Nous
vous avons également interpelé sur votre projet d’implantation de l’Institut du
Développement Social (IDS) dans les locaux de l’Institut Universitaire de
Formation des Maîtres (IUFM).
Évidemment,
en supprimant quasiment la formation initiale des professeurs et en les
envoyant sans expérience devant des classes, le gouvernement de droite avait
« libéré » des locaux au sein de l’IUFM. Mais, là encore, il n’est
pas possible que la gauche qui renoue avec les créations de postes et la
formation des enseignants, entérine cette situation. Alors que nous allons
passer de 60 à 430 postes ouverts aux concours de recrutement dans l’académie,
il faut réexaminer les besoins de l’IUFM et ceux de l’IDS et décider des
investissements utiles à chacun de ces établissements.
Enfin, Monsieur le
Président, vous vous êtes engagé à « réparer » l’éviction d’un membre
de notre groupe de la Commission permanente et d’une vice-présidence.
Cette éviction, je le
rappelle, résulte à la fois du choix du groupe socialiste de présenter deux
candidats pour le remplacement de notre collègue Guillaume Bachelay, seul
démissionnaire de son poste de vice-président et du fait que la droite a
bénéficié d’une voix supplémentaire, gagnant ainsi un siège au sein de la CP.
Il s’agit là d’une
approximation coupable et nous ne comprenons pas que la réparation n’intervienne pas dès aujourd’hui alors que rien ne
s’y opposait.
Aussi, la majorité va
devoir se priver aujourd’hui de la présence de ses collègues du Front de Gauche
qui ne participeront pas aux travaux.
En effet, dans l’attente
que toutes les mesures soient prises pour retrouver au plus vite la place, le
respect et l’écoute due aux Haut-Normands que nous représentons, nous quittons
la séance.