La communauté Caux Vallée de Seine saborde le parc de loisirs Eana

(fil-fax 15/12/12)

De ce fiasco financier il reste la restauration réussie d'une abbaye romane

Plombée par des déficits récurrents et sans perspective de redressement, la régie gestionnaire du parc Eana à Gruchet-le-Valasse va disparaître. Ainsi en a décidé le conseil communautaire de la communauté de communes Caux-Vallée de Seine (CVS) à l’origine de ce projet qui a vu le jour en juin 2008. Les pertes s’élèvent à 1,5 M€ pour le seul exercice 2012 et, cumulées, à 6,3 M€ depuis les débuts. Le vice-président de la CVS chargé du tourisme Didier Péralta (UDI, radical) qu’il n’a pas été possible de joindre a dit sa « grande amertume » en présentant cette délibération fin novembre. Mais, selon le Courrier Cauchois, plusieurs délégués ont dénoncé ce « fiasco » qualifié de « honte » par le maire de La-Trinité-du-Mont, Patrick Dupuis, qui a réclamé la tête de l’élu.

L’ambition était de faire de l’ancienne abbaye cistercienne du Valasse fondée au XIIè siècle un parc de loisirs consacré au développement durable. La CVS avait investi 31 M€ pour restaurer les batiments, aménager le parc et construire une halle résolument moderne. Le visiteur était invité à suivre un parcours initiatique et interactif qui le menait de la création de la planète aux grands désastres écologiques de la fin du XXè et du XXIè siècles. Au passage, il était encouragé à s’interroger sur son propre impact sur l’environnement en matière de traitement des déchets et de manières de produire et de consommer.

Mais la réalité s’est avérée très éloignée des espérances. Le restaurant a fait faillite en 2009, les jardins exotiques ont été laissés à l’abandon et les spectacles malgré la venue de têtes d’affiches comme Benabar, Maurane ou Mika n’ont pas attiré la foule. A son zénith en 2009, le parc a accueilli 80.000 visiteurs, alors que l’équilibre se situait autour de 110.000, et depuis, la fréquentation n’a fait que baisser. Pour le président de l’agence Caux Seine développement, Paul Dhaille (PRG), un thème comme le développement durable demande à « être renouvelé en permanence » faute de quoi « l’intérêt s’essouffle ». Il épingle aussi le choix de se faire organisateur de spectacles, « un métier qui n’est pas le nôtre ». Ce fiasco peut aussi conduire à s’interroger sur le sérieux des cabinets de préfiguration qui se sont lourdement trompés. Le cas d’Eana n’est d’ailleurs pas isolé comme le montre l’exemple voisin de Montivilliers où le parcours spectacle de l’abbaye n’a pas attiré les 90.000 visiteurs attendus par an mais seulement 35.000.

A Gruchet-le Valasse, la communauté Caux-Vallée de Seine va prendre le temps de la réflexion avant de décider de la nouvelle orientation à donner à l’abbaye et à son parc. Le personnel sera reclassé pour la plus grande part au sein de l’office de tourisme de la communauté où il continuera d’assurer l’animation des lieux. Les séminaires d’entreprises, le restaurant repris par un autre gérant ainsi que le son et lumière consacré à l’histoire de la Normandie mis en oeuvre avec succès par une association locale seront dans l’immédiat, reconduits. En revanche, la halle sera fermée et le concept de développement durable abandonné. Les élus de la CVS – plutôt avares de commentaires sur le sujet – n’auront pas tout perdu : il leur reste un sauvetage réussi, celui d’une abbaye romane qui avait connu bien des vicissitudes depuis sa sécularisation à la Révolution.

Un cadeau de baptême pour la toute nouvelle CVS 

Eana se voulait la vitrine de la CVS, la plus importante intercommunalité de Haute-Normandie, hors agglomérations, avec ses 68.000 habitants répartis en 47 communes. Ce projet avait largement pesé dans la création en 2008 de cette structure qui résulte de la fusion des com’com de Bolbec, Caudebec-en-Caux et Port-Jérome. Les deux premières étaient assises sur des territoires encore marqués par la ruralité et la troisième concentrait les activités industrielles (et leurs dizaines de millions d’euros de recettes fiscales…) autour de la plate-forme pétrochimique ExxonMobil. Le maire DVD de Notre-Dame de Gravenchon, Jean-Claude Weiss, aujourd’hui président de la CVS, voulait avec cette alchimie anticiper la fin de l’ère du pétrole et commencer à organiser la reconversion de son territoire.

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