Radiothérapie : ce qui a changé depuis le drame


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Le Monde.fr |le  26.09.2012 . Par François Béguin

La sur-radiation de 448 patients traités pour un cancer de la prostate entre 2001 et 2006 au centre hospitalier Jean-Monet d’Epinal (Vosges) a été vécue comme un « séisme », un « coup de tonnerre » par les professionnels de la radiothérapie. Ce drame, dont le procès s’est ouvert lundi devant la 31e chambre correctionnelle de Paris, a laissé une profession à la fois traumatisée et soucieuse de ne laisser planer aucun soupçon sur l’innocuité de ses pratiques. Six ans après la révélation des faits, cette affaire a-t-elle permis de faire progresser la sécurité des 200 000 traitements par radiations dispensés chaque année en France en cancérologie ?

A Epinal, les patients avaient subi, à des degrés divers, des surdoses de radiations lors de deux dysfonctionnements successifs. En 2004, des erreurs avaient été commises lors du paramétrage d’un logiciel lors du passage à une nouvelle génération d’appareils. Entre 2001 et 2006, des doses délivrées lors des contrôles radiologiques précédant le traitement lui-même n’avaient pas été prises en compte dans le calcul final des radiations.

« RÉFLEXION COLLÉGIALE »

« Épinal a été un modèle de catastrophe pour le monde médical, juge Agnès Buzin, la présidente de l’Institut national du cancer. De ce traumatisme est née une prise conscience. Tous les acteurs se sont sentis interpellés et personne n’a traîné les pieds pour appliquer les réformes. » « Épinal a amené la profession à se remettre en cause », confirme Bruno Chauvet, le président de la Société française de radiothérapie oncologique (SFRO) qui rappelle la « réflexion collégiale » rapidement engagée pour comprendre ce qui s’était passé.

Suite à la mobilisation des pouvoirs publics et des professionnels de la radiothérapie, plusieurs mesures sont rapidement mises en œuvre. « Après ce drame, les radiothérapistes ont été prêts à accepter beaucoup de contraintes, dont nos visites », explique Jean-Luc Godet, directeur de la section rayonnements ionisants et de la santé à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Bruno Chauvet tient à tempérer. « Nous n’avions pas attendu Épinal pour gérer la question de la sécurité. La plupart des centres avaient mis en place des procédures qui fonctionnaient bien. Epinal était une exception. »

L’accident d’Épinal est révélé au moment où l’ASN achève de transposer une directive européenne de 1997 lui imposant de s’intéresser davantage à la radioprotection des patients. « Nous étions en train de former nos inspecteurs, cette affaire a accéléré le mouvement, raconte Jean-Luc Godet. Lors de nos premières inspections, nous avons notamment découvert des problèmes de sous-effectifs. »

DES EFFECTIFS EN HAUSSE

En 2007, l’ASN impose donc quelques fermetures de centres de radiothérapie, mis en demeure de recruter. Seuls huit centres qui n’ont pas pu s’adapter aux nouvelles normes ont fermé leurs portes depuis 2007, note Bruno Chauvet. Dans les 172 autres centres, les effectifs en personnels qualifiés ont augmenté. Les radio-physiciens, 350 en 2006, sont passés à 530 en 2011. Selon la SFRO, l’augmentation devrait se poursuivre en 2013 et 2014.

Depuis 2007, les 141 inspecteurs pour la radioprotection visitent chaque année les 178 installations (172 centres) et, dans une démarche de transparence, publient leurs appréciations.

« CULTURE DE LA SÛRETÉ »

Les praticiens sont désormais tenus de signaler toute anomalie ou écart par rapport au processus de prise en charge du patient. « On a cherché à transposer la culture de la sûreté des industries à risques comme les centrales nucléaires et l’aéronautique où il existe un véritable management de la qualité », souligne Jean-Luc Touret. Agnès Buzin parle de « retour d’expérience » et de « pédagogie collective ».

Les dysfonctionnements sont d’abord analysés en interne et les plus significatifs sont signalés à l’ASN et classés sur une échelle de 1 à 7. 243 incidents ont été signalés en 2011, tous de niveau 1, sauf trois de niveau 2. Les cas les plus fréquents sont liés à des problèmes d’identification des patients. A titre de comparaison, le drame d’Épinal avait été a posteriori classé niveau 6.

Enfin, une obligation de suivi des patients pendant cinq ans a été mise en place. « Il y avait déjà une habitude de suivi chez la plupart des professionnels, explique Bruno Chauvet. Cette pratique est devenue une obligation. »

François Béguin

 

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