De gauche à droite : les docteurs Isabelle et Marc Ottaviani, Bastien Balouet, Françoise Michaut et Bérengère Crochemore. Le docteur Caroline serf et Aude Maiguy font également partie du dispositif
En 2011 sur le canton de Forges, deux médecins ont arrêté leur activité. Fin 2012 à Gaillefontaine, deux autres prenaient leur retraite. Sans compter le cas de d’Argueil qui n’a plus de médecin… Le canton en zone rurale souffre d’un manque de médecin dû à la démographie médicale. Après de plusieurs réunions pour éviter que le canton ne devienne un désert médical, les médecins forgions et galifontains suivant l’adage rappelant « que l’on est jamais mieux servi que par soi-même » ont fait corps pour mener à bien un projet innovant. Un projet de santé qu’ils ont mené sans les politiques et qui s’articule autour de trois jeunes médecins « adjoints » Bérengère Crochemore, Bastian Balouet et Aude Maiguy. Chacun d’eux partage son temps entre les cabinets des docteurs Ottaviani, Michaut et Serf.
Une expérience novatrice
Le but est triple. Les médecins assistants soulagent la charge de travail des médecins installés, répondent à une demande croissante des patients et permettent d’assurer la démographie médicale.
Un concept innovant puisqu’il s’organise sur trois sites différents et non sur un seul pôle centralisé.
Pour voir cette expérience aboutir, les professionnels de santé ont dû négocier avec l’Ordre des médecins. « Il a fallu argumenter afin que le statut de remplaçant adjoint soit reconnu », note le docteur Marc Ottaviani. Et d’ajouter : « le système est innovant mais nous avions en face de nous des personnes d’extrêmes bonnes volonté, conscientes des soucis du terrain ». Dans trois mois, l’Ordre des médecins évaluera l’expérience.
« Nous étions demandeurs »
Le projet n’aurait jamais pu voir le jour sans la volonté des jeunes médecins. « Nous étions demandeurs », explique le docteur Bérangère Crochemore « nous voulions travailler en collectif. Par un ami commun, nous avions fait une demande auprès du Docteur Frichet qui a mis en place la Maison médicale pluridisciplinaire à Neufchâtel. Mais les effectifs étaient atteints. Il nous a parlé d’un projet qui pour lui tenait la route sur le canton de Forges. Nous nous sommes mis en contact avec les médecins d’ici il y a plusieurs mois ».
Bastian Balouet d’ajouter : « C’est un plus pour le patient. Si un cas est difficile, nous pouvons en discuter avec nos confrères et confronter nos diagnostics ».
Sa femme et consœur d’argumenter : « En travaillant ainsi, tout le monde est gagnant. Nous avons un confort d’exercice mais nous apportons une offre de soin qui est à la hauteur de la demande et nous soulageons la charge de travail de nos collègues déjà installés ». Des médecins qui parfois travaillent jusqu’à 12 heures par jour. « Les jeunes sont toujours motivés pour être généralistes mais dans de bonnes conditions. Ils veulent une vie de famille comme tout le monde, un salaire en rapport avec leurs études. Ils ne veulent plus travailler dans les conditions actuelles avec des journées à 40 ou 50 consultations. À ce rythme, le médecin est moins à l’écoute des patients. Et d’ailleurs un médecin fatigué est moins performant. La profession évolue avec la société. Les patients doivent comprendre que maintenant nous travaillons à l’échelle du canton. Il y a un groupe de médecins sur plusieurs structures. Cela demande une pertinence d’organisation. Et ce pour mieux soigner ».
L’arrivée des trois nouveaux médecins ne règle pas tous les soucis pour autant. Les arrivées ne compensent pas les départs en retraite. Mais c’est une première pierre pour préparer l’avenir.
Cela ne fait que quelques semaines qu’ils sont sur le secteur. Il est encore trop tôt pour faire un bilan. Mais tous les mois, ils ont une réunion d’évaluation et échangent déjà énormément avec les collègues installés sur les pratiques de chacun.