La digue et le port d'Antifer doivent être intégrés sous trois mois dans le zonage protégé de Natura 2000.
La digue d’Antifer à Saint-Jouin-Bruneval réintègre la zone maritime Natura 2000 du littoral cauchois. Pour la mairie de Saint-Jouin-Bruneval, cette décision tombée en tout début d’année marque la fin d’une vraie bataille juridique menée pendant quatre ans. « Cette histoire de digue, c’est une histoire de dingue ! », commente, une satisfaction non feinte, le maire de Saint-Jouin-Bruneval, François Aubert.
En 2009, en effet, la petite commune du littoral seinomarin a décidé de livrer une vraie bataille juridique pour défendre le retour du port d’Antifer dans la zone Natura 2000. L’État qui avait reconnu la richesse écologique du lieu et autorisé son inscription dans le dispositif Natura 2000 en 2008, faisait purement et simplement sauter cette protection un an après, en raison de l’annonce de la construction d’un port méthanier à Saint-Jouin-Bruneval. Un projet vivement contesté dans la commune.
Des écologistes et une commune humiliés
Le projet de port méthanier a été refusé en bloc à Saint-Jouin-Bruneval
La commune engageait alors une procédure de défense. Mais en première instance, le tribunal administratif de Rouen en charge de l’affaire, soutenait l’État dans sa décision.
« Il osait même dire que le site n’avait aucun intérêt : les défenseurs de l’environnement qui avaient fait patiemment le bilan de la richesse écologique du lieu s’étaient alors sentis humiliés », rappelle le maire de Saint-Jouin.
La résistance s’est alors construite : un recours est déposé conjointement avec la Ligue de protection des oiseaux (LPO) alors présidé par le médiatique, Allain Bougrain Dubourg et HNNE (Haute-Normandie Nature Environnement). Allain Bougrain Dubourg venait en personne à deux reprises à Saint-Jouin. Offusqué, ce dernier déclarait : « d’un coup de plume, on a rayé cet espace pour satisfaire des intérêts purement économiques ».
À deux reprises, François Aubert se déplaçait à Bruxelles, notamment pour déposer une pétition au Parlement européen contre le retrait de la zone Natura 2000 à Antifer. La commune de Saint-Jouin déposait, elle, une plainte à l’Europe.
« Il fallait une vraie conviction pour aller contre cette décision. Nous étions le tout petit face à une machinerie de l’ordre d’un véritable rouleau compresseur mais nous l’avons fait », se plaît à rappeler le maire.
L’État condamné en janvier dernier
Pendant deux ans, la situation n’évolue pas. C’est en juin 2012 qu’elle connaît un heureux rebondissement. À la faveur d’un changement de majorité au gouvernement, François Aubert le concède, la commune de Saint-Jouin reçoit la visite du ministre délégué aux transports et à l’économie maritime, Frédéric Cuvellier qui annonce la fin du projet de port méthanier à Antifer. Saint-Jouin respire de nouveau même si la victoire n’est pas encore complète.
La commune attend la décision du tribunal de Douai auprès de qui elle a fait appel de la décision du tribunal administratif de Rouen. Cette décision, c’est en janvier dernier, qu’elle a été donnée. Le tribunal de Douai a ordonné au ministre de l’Écologie, du développement durable et de l’énergie, la réintégration de la digue d’Antifer dans le périmètre de Natura 2000 dans un délai de trois mois conformément au zonage prévu initialement. Si cette échéance n’est pas respectée, l’État est condamné à verser 150 euros par jour de retard.
« C’est la victoire de la raison qui l’a enfin emporté », se réjouit le maire de Saint-Jouin, « car ce territoire ne pouvait pas être mis sous cloche. Nous allons faire la preuve que les contraintes environnementales imposées par Natura 2000 ne vont pas empêcher un développement intelligent de cette zone. Nous souhaitons à ce titre renouer le dialogue avec le GPMH (Grand Port Maritime du Havre) pour qui nous voulons être force de propositions.»
Un manuel de résistance à venir ?
De ces quatre années de combat, François Aubert garde maintenant le souvenir d’une vraie aventure humaine.
« Ce fut bien plus qu’une bataille juridique. Car ce combat a réuni des hommes et des femmes lambda qui se sont mobilisés pour la préservation de leur territoire. Des hommes et des femmes qui ont conjugué leurs efforts pendant quatre longues années pour sensibiliser et défendre la richesse de la faune et de la flore du port d’Antifer. Et ces efforts ont payés. Même des scientifiques extérieurs à la commune sont venus bénévolement travailler à l’élaboration d’études poussées pour faire la preuve de la biodiversité du territoire. »
François Aubert évoque maintenant l’idée d’écrire un livre sur ces quatre années de combat, « une sorte de petit manuel de résistance pour donner au plus grand nombre les pistes pour se défendre dans des cas aussi complexes que fut la défense du port d’Antifer. »
Regardez : Stéphane Hessel s’oppose à la création d’un port méthanier à Antifer (France 3 Haute-Normandie) :
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Allain Bougrain Dubourg, président de la Ligue de Protection des Oiseaux, est venu dire sa colère que l’Etat ait annulé l’inscription de la digue d’Antifer dans Natura 2000 (France 3 Haute-Normandie) :
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Un reportage de France 3 Haute-Normandie où Frédéric Cuvillier annonce la fin du projet de port méthanier, en juin 2012 :