Rouen. Réforme des rythmes scolaires : urgent d’attendre

 

Les municipalités ont jusqu’au 31 mars pour se positionner sur 2013 ou 2014. (lllustration : Fotolia)

Les municipalités ont jusqu’au 31 mars pour se positionner sur 2013 ou 2014. (lllustration : Fotolia)


L’enfer est pavé de bonnes intentions, la réforme des rythmes scolaires en fait partie. Vouloir mieux répartir les heures de travail de nos enfants en primaire est une bonne chose. Il n’y a pas si longtemps que cela, ils travaillaient une demi-journée de plus et personne n’en est mort. Cependant, dire que la réforme proposée par Vincent Peillon est un simple retour à ce qui existait avant est une erreur à ne pas commettre.
Le décret publié fin janvier ne rajoute pas seulement une demi-journée de travail par semaine aux enfants, il bouleverse également l’organisation des journées d’école. Dans l’intérêt de l’enfant bien sûr, il s’agit de les adapter aux rythmes de nos enfants en répartissant mieux les temps d’apprentissage sur la semaine.

À quelques exceptions près, tout le monde est pour le retour des 4,5 jours de travail. Alors pourquoi tant de ferveur à dénoncer cette réforme ?

  • Est-ce que les professeurs des écoles sont de sombres corporatistes qui ne souhaitent que défendre leurs acquis ?
  • Est-ce que les parents ne voient que leur confort personnel en ne voulant pas d’école le mercredi ou le samedi matin ?
  • Est-ce que les élus locaux ne sont que des pingres qui ne veulent pas mettre en place la réforme parce qu’elle risque de leur faire perdre les municipales de 2014 ?

Si cette réforme pose problème, c’est qu’elle dépasse le simple cadre de l’école. Elle touche également l’organisation de chaque foyer.

Le décret prévoit qu’une journée d’école ne dépassera pas 5h30 avec une pause midi d’1h30 minimum. Concrètement, un enfant pourra commencer l’école à 8h30, partir à la cantine de 11h30 à 13h et finir l’école à 15h30. L’enfant finira sa journée par des activités périscolaires (arts, sport) jusqu’à 16h30. La demi-journée supplémentaire sera par défaut le mercredi matin ou le samedi matin si la mairie en fait la demande. Si le temps scolaire reste sous la responsabilité de l’Éducation Nationale, le temps périscolaire sera, quant à lui, à la charge des mairies.

En ce qui concerne la ville de Rouen, la municipalité a mis en place une concertation depuis le 17 décembre 2012 avec l’ensemble des parties prenantes. Enseignants, parents, animateurs, associations… Tout le monde est autour de la table pour découvrir à quelle sauce nos enfants vont être mangés. Le dispositif initial prévoyait la mise en place de la réforme dès la rentrée 2013 avec la demi-journée placée le mercredi. Il a été rapidement mis à mal par une opposition de la majorité des participants. Apparemment, le mercredi est loin de faire consensus et c’est avec surprise que les représentants de la mairie ont découvert que cette option ne soulevait pas l’enthousiasme.

Si on enlève le fait que les experts privilégient la demi-journée de samedi matin, le mercredi soulève de nombreuses questions d’ordre pratique. Si nos chères têtes blondes prennent le chemin de l’école le mercredi matin, il faut savoir que l’organisation des repas le midi n’est pas garantie, pas plus que le transfert des enfants vers le centre de loisirs. En gros, si vous travaillez et que vous n’avez pas de mode de garde le mercredi, soit vous devrez en trouver un, soit vous devrez lever le pied professionnellement. Et je ne parle même pas de l’impact que cela pourrait avoir sur le tissu associatif de la ville (Au passage, je me demande ce qu’en pense la ministre des sports et de la vie associative).

Cela montre bien la complexité de la réforme.

À mes yeux, cette réforme est dangereuse dans son application même si elle est nécessaire dans son principe. Dangereuse car le décret d’application est rigide, injuste et précipité.

Rigide car elle impose là où il faudrait de la souplesse. Il semble absurde d’imaginer qu’il n’y a qu’une organisation possible pour l’ensemble des 36 000 communes de France. Ce qui est possible à Rouen ne l’est pas forcément à Quincampoix. Ce qui est souhaitable à Barentin ne l’est pas forcément au Havre. Absurdement rigide car la commune de Lomme, ville du Nord, pilote dans la réforme des rythmes ne pourra même plus poursuivre son action : l’organisation qu’elle a mis en place ne passe pas les fourches caudines du décret. Même si, dans ses dernières interventions, Vincent Peillon a proposé plus de souplesse dans la mise en œuvre de la réforme, il faudra réécrire le décret, ce qui n’est pas à l’ordre du jour.

Injuste car le bénéfice de la réforme dépendra de la commune où habite l’enfant. Sa mise en place dépend des moyens que la mairie acceptera de débloquer selon sa motivation et ses moyens financiers. Même si le gouvernement propose un soutien financier la première année de 50 euros par enfant, l’Association des Maires de France (AMF) estime que la réforme coutera entre 100 et 150 euros par enfant. A titre de comparaison, la ville de Lomme investi 800 euros par enfant. Si la ville de Rouen a fait de la jeunesse une priorité, cette réforme coûtera de l’argent, c’est indéniable. Le hic, c’est qu’on ne sait pas encore combien. En revanche, ce que l’on sait, c’est que le gouvernement va diminuer ses dotations aux collectivités, diminuant ainsi les marges de manœuvre de ces dernières. Dans de telles conditions, le temps périscolaire à la charge des municipalités risque de se résumer à une vaste garderie. De ce que j’ai entendu, un jour de cantine à Rouen coûte 100 000 euros par an et ce n’est pas le seul poste de dépense. Lors de la dernière réunion de concertation, la municipalité n’était pas à même de pouvoir chiffrer l’impact financier de la réforme compte tenu de sa complexité.

Précipitée enfin car la réforme doit être mise en œuvre à la rentrée 2013, soit dans 6 mois. La ville de Rouen semble avoir choisi de ne pas demander de dérogation pour mettre en place la réforme en 2014. Un des arguments avancés est le devoir d’exemplarité des communes de gauche sur la mise en place de cette réforme. Je veux bien comprendre qu’une municipalité qui soutient le gouvernement politiquement doit le soutenir également dans son action. Je veux bien comprendre également que les élections municipales de 2014 perturbent le tempo de la réforme de l’école. Cependant, faut-il que cette exemplarité se fasse sur le dos de nos enfants ? Je citerais Gérard Collomb, maire de Lyon, qui justifie son souhait de reporter la mise en place de la réforme en 2014 en disant qu’il « préfère réussir la réforme en 2014 que de la rater en 2013 ». Le devoir d’exemplarité n’est il pas de mener cette réforme à son terme dans les meilleurs conditions ?

Les municipalités ont jusqu’au 31 mars pour se positionner sur 2013 ou 2014. D’ici là, la concertation avec la mairie de Rouen se poursuit avec une nouvelle réunion le 4 mars. J’espère que cela aboutira sur le souhait collectif de prendre le temps de la réflexion. Il reste énormément d’inconnues autour de la mise en œuvre de cette réforme sur Rouen. Pourquoi ne pas profiter de ce moment de démocratie locale pour faire de cette réforme une grande réforme ?

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