Les opposants au tracé du Contournement Est de Rouen, validé par les services de l'Etat à l'automne 2012 ne désarment pas et dix-sept maires eurois et seinomarins ont adressé un courrier aux ministres de la République.
Dix-sept maires de Seine-Maritime et de l’Eure, dont le sénateur-maire de Oissel, Thierry Foucaud, ont co-signé une lettre qu’ils ont adressée à de nombreux ministres, y compris les deux issus du cru, à savoir Valérie Fourneyron et Laurent Fabius. Leur revendication : reprendre la concertation et répéter leur désaccord quant au choix du tracé du Contournement Est, validé en automne 2012 par les services de l’État. Un serpent de mer qui n’a décidément pas fini de se mordre la queue. Petit rappel…
- Un dossier de plusieurs décennies
Le Contournement, tous les habitants de l’agglomération vous le diront : cela fait des décennies que l’on en parle ! Et ils ont raison, puisque les premières réflexions, coups de crayons et décisions, remontent au moins aux années 1980. Depuis, les décennies ont passé justement, le temps pour les uns de s’opposer, pour les autres de renchérir, au sein d’associations qui se créent ça et là : les « pro » Contournement, que l’on retrouve plus largement chez les acteurs économiques de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Rouen et les « anti », qui se regroupent au sein d’associations comme APACHE par exemple, née dans le village des Authieux-sur-le-Port-Saint-Ouen.
Pendant ce temps, Rouen et son agglomération s’asphyxient, devant supporter un trafic… incontournable pour les usagers ! Le problème est (presque) simple : relier les flux de l’A28 jusqu’à l’A13. Entre les deux, Rouen, sa réputée cuvette et ses flots de voitures et de poids lourds qui s’y déversent chaque jour.
- La Violette de Rouen : l’empêcheuse de contourner en rond…
76actu l’évoquait il y a quelques mois, la Violette de Rouen, l’endémique espèce des coteaux calcaires, a longtemps été l’argument emblématique brandi par les défenseurs de l’environnement, pour faire achopper le projet de contournement, ou plutôt les différentes variantes de tracés qui étaient proposées. La Violette certes, mais pas que… puisqu’était également mise en avant la protection impérative des captages d’eau. On continue donc de discuter, entre tracé court, long ou autre… et les discussions auraient pu durer longtemps encore, sans un certain lundi 29 octobre 2012 à Rouen… Un lundi rouennais à jamais maudit pour le trafic routier.
L'endémique Violette de Rouen, l'empêcheuse de contourner en rond.
- L’incendie sur le pont Mathilde vient rappeler l’urgence d’un Contournement
Est-il utile de rappeler ici l’incendie d’un camion d’hydrocarbures, survenu le lundi 29 octobre 2012 à Rouen et les désastreuses conséquences à long terme pour le trafic routier rouennais ? Quoi qu’il en soit, la fermeture à la circulation du pont Mathilde, qui a suivi cet accident, rappelle un peu plus chaque jour à chacun, combien un contournement de la ville devient vital, en plus d’être urgent. Le débat du Contournement Est revient donc sur le devant de la scène de manière plus accrue et l’on reparle du tracé validé le 19 octobre 2012 par les services de l’État : une variante qui, rappelons-le ici, laisse intacts les captages d’eau de Saint-Adrien ainsi que la Violette de Rouen… et l’on s’en va contourner un peu plus loin, vers le Port Saint-Ouen et les Authieux-sur-le-Port-Saint-Ouen… Justement, le maire de ce village, Alain Roussel, fait partie des dix-sept signataires du courrier adressé ces jours derniers aux ministres de la République.
- Dix-sept maires adressent une lettre aux ministres
« Notre cohésion et les soutiens que nous escomptons des sénateurs, tant dans l’Eure qu’en Seine-Maritime peuvent être notre force pour obtenir ce que nous souhaitons : à savoir la reprise de concertations concernant le tracé validé par l’État, pour le Contournement. Un tracé que nous estimons pharaonique au niveau des coûts qu’il va engendrer et qui retomberont de toute manière sur le porte-monnaie des contribuables », fait valoir Alain Roussel, maire des Authieux-sur-le-Port-Saint-Ouen, qui note d’ailleurs que parmi les signataires, figure un sénateur en la personne de Thierry Foucaud.
Un impact économique et humain désastreux
Et encore, le coût que supporteront les contribuables n’est qu’un seul des arguments des élus signataires, qui mettent également en avant le désatreux impact économique qu’aurait ce tracé.
« Avec ce tracé, on casse l’activité économique : l’entreprise Thales à Ymare, les sociétés de transport de Oissel… et on ne parle pas non plus beaucoup du viaduc de 25 mètres qui va surplomber les habitations du côté de Le Manoir et Léry », énumère Alain Roussel.
Certes, les opposants reconnaissent qu’ils n’ont pas de solution à proposer, mais ils estiment que tout doit à nouveau être discuté.
« La proposition de monsieur le Préfet est inacceptable car elle méconnaît les enjeux en matière d’aménagement du territoire, de développement économique, de santé, d’environnement et de qualité de vie », déclarent les signataires, indiquant que « le Contournement ne doit pas se faire par un transfert des problèmes sur la périphérie de l’agglomération, même au nom de l’intérêt général ».
Les signataires demandent finalement à être reçus « pour exposer leurs propositions, afin que le Contournement devienne une réalité, tenant compte de l’aménagement du territoire, du respect de l’environnement, des habitants et du développement économique ».
Les élus signataires des départements de l’Eure et de Seine-Maritime
Thierry Foucaud, sénateur-maire d’Oissel. Hubert Wulfranc, conseiller général et maire de Saint-Etienne du Rouvray. Gaëtan Levitre, maire d’Alizay. Robert Ozeel, maire de Léry. René Dufour, maire des Damps. Jacqueline Pons, maire de Le Manoir. Jean Carré, maire de Pîtres. Pierre Aubinais, maire de Poses. Richard Jacquet, maire de Pont de L’Arche. Marc-Antoine Jamet, maire du Val de Reuil. Jean-Pierre Breuc, maire de Gouy. Philippe Guilliot,maire d’Ymare. Michel Jeanne, maire de La Neuville Chant d’Oisel. Catherine Rocquigny, maire de Quévreville-la-Poterie. Alain Roussel, maire des Authieux sur le Port Saint-Ouen. Noël Levillain, maire de Tourville-la-Rivière. Gérard Saillot, maire d’Igoville.