La présidente du comité havrais de Femmes solidaires s'alarme de la carence des lieux d'écoute et d'hébergement pour les femmes victimes de violences au Havre.
Après le drame conjugal d’Ymare, qui a coûté la vie à une femme de 39 ans, le 6 mars dernier, le Préfet de Seine-Maritime avait tenu à rappeler « son engagement » dans la lutte contre les violences faites aux femmes.
« Le protocole départemental de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes (2011/2013) a pour objectifs de : prévenir les violences par la sensibilisation et l’éducation ; améliorer le premier accueil et renforcer la protection des femmes ; prendre en charge les auteurs et prévenir la récidive ; accompagner les victimes » , détaillait alors le représentant de l’État.
Une seule professionnelle au Havre
Claudine Bultez-Lecomte, la présidente du comité du Havre Femmes solidaires connaît particulièrement bien le sujet : les femmes, victimes de violences. Elle et son équipe de bénévoles reçoivent, chaque semaine, au moins une nouvelle victime, confrontée à des violences physiques ou psychologiques, « qu’il convient d’aider ». Son constat est sans appel : Au Havre, les dispositifs d’écoute ou d’accueil des femmes victimes de violence, alors que le nombre de ces dernières ne fait qu’augmenter, sont en diminution.
« Femmes solidaires est aujourd’hui l’unique lieu d’écoute dont disposent les Havraises, victimes de violences », regrette la président de l’association. Elle se souvient de « l’inauguration en grande pompe », en 2009, du point EVF (Écoute violences femmes) au Havre, qui disparaîtra complètement du paysage en 2011, en raison des difficultés financières de l’association qui portait le projet.
« La situation actuelle : l’assistante sociale du Département, en fonction depuis plusieurs années au commissariat central, est la seule professionnelle à l’écoute des femmes victimes de violence. Mais, pour ce public, et dans ce contexte, franchir la porte du commissariat n’est pas une évidence en soi. »
Claudine Bultez-Lecomte milite en faveur du développement de lieux d’écoute implantés dans des endroits neutres, et animés par des professionnelles.
« Chez Femmes solidaires, nous ne sommes que bénévoles. Certes, nous avons notre rôle à jouer mais nos compétences trouvent vite leurs limites. »
68 places d’hébergements d’urgence, seulement…
Les limites sont vite trouvées aussi dans les propositions d’hébergement d’urgence au Havre. Une seule association, Association femmes et familles en difficulté, dispose de places pour accueillir les femmes qui ont besoin de fuir rapidement le domicile conjugal pour se protéger et se reconstruire. Au SAUF, structure d’hébergement (pour des séjours d’un mois maximum) qui est en réhabilitation jusqu’en mai 2013, l’association dispose de 28 places ; au CARDED, seconde structure dédiée aux longs séjours (1 à 6 mois), 40 places sont réparties dans neuf appartements (elles étaient au nombre de 55, il y a encore quelques années).
« Dans ces deux structures, évidemment, les femmes victimes de violences sont confrontées à une vie en promiscuité avec d’autres publics féminins qui n’est pas toujours aisée. Beaucoup, je le sais, font le choix de se retourner vers leur entourage proche pour éviter ces contraintes. », déplore Claudine Bultez-Lecomte.
68 places sont disponibles au Havre pour les femmes, victimes. « C’est insuffisant, tellement insuffisant », s’indigne la présidente du comité havrais de Femmes solidaires quand la directrice d’Association Femmes et familles en difficulté confirme pour sa part, qu’elle a des listes d’attente.
« Les cas de violences se multiplient au Havre »
Claudine Bultez-Lecomte s’alarme de ce triste état des lieux : « les cas de violences sur les femmes au Havre se multiplient. Depuis 2010, nous constatons qu’un grand nombre de jeunes Cubaines, Européennes de l’Est ou du Maghreb que des Havrais sont allés chercher dans leurs pays, sont maltraitées par ces mêmes hommes. Le phénomène est inquiétant car il ne cesse de s’aggraver. Et je pense que nous ne voyions que la partie immergée de l’iceberg, car beaucoup de ces femmes sont contraintes à l’enfermement dans leur nouveau lieu de vie. »
Pour Femmes solidaires, il est urgent que le Havre profite dans de plus amples proportions du protocole départemental de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes !