Les barrages électriques, un trésor national pour la majorité

 

http://www.usinenouvelle.com/article/les-barrages-electriques-un-tresor-national-pour-la-majorite.N184976

 

Par Ludovic Dupin

Delphine Batho, ministre de l’Energie, s’oppose à la concurrence dans l’hydroélectricité française, pourtant réclamée par Bruxelles. La majorité considère que les barrages sont un bien public.

Alors que la nouvelle majorité a pour idée de tout chambouler dans l’énergie en France, la ministre Delphine Batho a surpris en adoptant une position conservatrice sur les barrages hydroélectriques. Auditionnée ce 24 octobre par la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale, elle déclare : « Je ne souhaite pas une nouvelle libéralisation » et affirme avoir demandé l’étude « de scénarios alternatifs« .

Demandée par l’Union européenne dans le cadre de la libéralisation de l’énergie, la mise en concurrence des concessions de barrages hydroélectrique a été lancée par Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’ Énergie, en 2010. Il s’agit d’ouvrir à la concurrence 20 % du parc hydroélectrique français, soit 5 300 sur 25 400 MW. Aujourd’hui, 81% du parc sont exploités par EDF et 12% par GDF Suez à travers la SHEM (Société hydroélectrique du Midi) et la CNR (Compagnie nationale du Rhône). L’attribution des premiers contrats aurait dû intervenir en 2015. Mais le dossier a déjà deux ans de retard.

Les barrages hydroélectriques sont une ressource précieuse pour le système électrique français. Ils produisent environ 10 % de l’électricité française et sont essentiels dans l’ajustement fin de l’équilibre offre-demande. Par ailleurs, ces barrages, souvent anciens, ont été amortis depuis longtemps et sont de véritables mannes financières pour leurs exploitants. Le nombre de candidats étrangers à leur reprise (et leur patience face aux atermoiements des gouvernements successifs) en est la première preuve. Ainsi, sur les rangs, on trouve les grands noms du secteur : Statkraft, Eon, Alpiq, Vattenfall, Enel

Cette déclaration de Delphine Batho s’inscrit en ligne directe dans les prises de positions du conseiller énergie de François Hollande pendant la campagne présidentielle : François Brottes, actuel député de l’Isère et Président de la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale. Ce dernier considère, qu’à l’instar des installations nucléaires, les barrages hydroélectriques doivent rester principalement dans les mains d’une société d’Etat.

Par ailleurs, l’Etat doit aussi faire preuve de pragmatisme face à EDF. La fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim (Bas-Rhin) avant la fin 2016 va imposer à l’Etat de verser de massives indemnités à l’électricien national. Même punition avec les barrages !

Leur remise en concession serait faite par vallée, pour des raisons d’hydrodynamique… Ainsi, dans chacun des 10 lots, certains barrages seraient réattribués avant leur fin de concession officielle. Cette démarche imposera d’indemniser les opérateurs pour cette cession prématurée, en premier lieu EDF.

Le problème est que la France va une fois de plus se faire réprimander par l’Union européenne, qui a peu goûté les déclarations de la ministre. Là où les grands électriciens nationaux ont dû vendre certains de leurs actifs pour se conformer aux exigences de Bruxelles sur la concurrence, la France a protégé EDF.

Seule réelle concession : la mise en application de l’Arenh (L’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique) dans le cadre de la loi Nome (Nouvelle organisation du marché de l’électricité). Il impose à l’électricien français de vendre 25 % d’électricité d’origine nucléaire à prix coûtant à ses concurrents. L’attribution de quelques vallées à des concurrents européens aurait été pour Bruxelles un gage de bonne volonté…

Publié le 26 octobre 2012

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