En concert à Rouen. Les Psy4 de la rime se confient

Une semaine avant la sortie de leur album, les Psy4 de la rime seront au 106. (photo Vinz)

Une semaine avant la sortie de leur album, les Psy4 de la rime seront au 106. (photo Vinz)


Pourquoi avoir attendu cinq ans entre les deux albums ?
Après l’album Les Cités d’Or, nous avons effectué deux ans de tournée pour partager ce troisième opus avec le public. Et après cela, il y a eu tous nos projets personnels. Alonzo a sorti deux albums, Vincenzo son premier projet solo et moi mes deuxièmes et troisièmes albums et une tournée qui a suivi. Donc on peut dire que nous avons été bien occupés. Mais ce qu’il faut se dire, c’est qu’il y a toujours le groupe derrière tout cela.

S’absenter si longtemps, vous lancer chacun dans le solo, cela peut pousser le public à oublier que vous êtes un groupe ?
En effet, le public n’est plus habitué à nous voir ensemble du moins médiatiquement, et c’est le risque qui peut se produire. C’est pour cela qu’à chaque album en groupe, on repart au combat pour reconquérir notre public et en séduire un nouveau. On ne se repose pas sur nos lauriers, c’est primordial pour nous.

Il fallait que les projets solo soient terminés

Qui a pris la décision de repartir pour un quatrième album ?
En réalité, il n’y a pas quelqu’un qui d’un seul coup dit « allez les gars, il faut qu’on fasse un nouvel album ». Ce qui s’est passé pour 4e Dimension, c’est qu’il fallait d’abord que tous nos projets solo soient terminés. Et dès que cela a été le cas en juin 2012, on s’est dit « c’est parti pour le groupe ».

« On sait qu’on va se marrer »

Quand on s’engage dans ce genre de projet, on sait qu’on va se marrer et passer du bon temps. Alonzo, Vicenzo et moi, il faut rappeler que nous sommes cousins, donc même quand on ne bosse pas ensemble, on se voit pour les mariages, les enterrements, les naissances.

Ce nouvel album semble plus mélodique que les autres. C’était votre intention ?
Pour cet album, on a composé 40 morceaux. Ceux que l’on a gardé, ce sont ceux qui restaient facilement dans nos têtes, ceux dont on retenait les refrains…

« On a osé faire de nouvelles choses »

La force aussi, c’est que nos différents projets solo nous ont permis de découvrir de nouveaux univers. On a osé faire de nouvelles choses, cela nous a débridés. On a aussi travaillé avec Akos, un compositeur qui a passé plusieurs années aux États-Unis. Il a réalisé 60% de l’album et nous a amené un son plus US sur certains morceaux.

Le premier extrait de votre 4e album s’intitule Crise de nerfs. Dans le clip et dans la chanson, vous reprenez un peu tout ce pourquoi Marseille est stigmatisée en ce moment (la violence, la Bac nord) ? Est-ce que c’est pour tourner tout cela en dérision ?
Non, ce n’est pas du tout ironique. Crise de nerfs, on l’a fait parce que cela fait déjà deux ou trois ans que c’est, comme on le dit dans le morceau, “le bordel à Marseille”. Toutes les semaines, on entend qu’il y a eu un mort, on entend parler de trafics constamment. Et puis d’un seul coup Marseille obtient le statut de capitale européenne de la culture comme pour éclipser tout le reste !

On ne peut pas fermer les yeux

Mais nous on ne peut pas fermer les yeux et camoufler tous les problèmes qu’il y a dans notre ville. Quand on entend dire qu’il y a eu 43 règlements de compte, qu’il y a des jeunes qui sont parmi ces victimes, on veut faire un clip choc, pour bousculer les gens, qu’ils comprennent. C’est pour cela d’ailleurs que Crise de nerfs est le premier titre que l’on présente.

Le clip choc de Crise de nerfs :

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Il y a plus de featurings que dans le précédent album. Pourquoi ?
Il y en a cinq. Et si on enlève celui avec Révolution urbaine qui n’est présent que sur la version “deluxe” de l’album, les quatre autres ne sont que des filles. On voulait un peu de douceur à côté des trois brutes que nous sommes (rires). Elles apportent chacune une vraie valeur ajoutée. Par exemple, pour Fallait le faire, on s’est dit que si Zaho venait poser sa voix dessus, le morceau aurait quelque chose en plus.

Pendant la tournée, vous jouez des titres issus de vos projets personnels ?
Bien sûr, on chante toujours des morceaux issus de nos albums solo. On ne peut pas tous les jouer tellement il y en a, mais cela nous fait toujours plaisir. D’ailleurs, on considère que nos albums personnels sont tous des albums des Psy4.

Un show special Rouen

Est-ce que le show sera le même après la sortie de l’album, le 1er avril ?
Le spectacle sera un peu modifié. D’ailleurs, à partir du concert que l’on va donner à Rouen, on va ajouter quatre ou cinq morceaux du nouvel album que l’on n’avait pas encore joué en live. Dans 4e Dimension, certains titres ont été pensés spécialement pour les concerts, des titres assez puissants pour lesquels on avait envie de tout donner sur scène comme African money ou Le retour des Blocks.

L’émergence de groupes comme Sexion d’Assaut, 1995 vous les voyez comme des concurrents ou plutôt comme des gens avec qui travaillez ?
Ce sont vraiment des gens avec qui on voudrait bosser. Sexion d’assaut cela aurait été vraiment bien de faire un morceau avec eux, mais, avec notre agenda, on n’a pas pu.

Ça nous a fait plaisir

Et d’ailleurs cela nous fait plaisir. Pendant un temps, on avait l’impression qu’il n’y avait plus de groupes de rap, que cette musique devenait un univers individuel. Mais l’arrivée de Sexion ou de 1995, cela prouve que le côté famille revient dans le rap, et ce n’est pas à nous qu’il faut dire cela.

Vous faites partie aujourd’hui des figures du rap français. Est-ce qu’avec votre expérience vous produisez de jeunes artistes ?
Oui des artistes comme Révolution urbaine ou encore RedK, par exemple, je les produis moi-même. Ce sont des rappeurs, mais pourquoi pas produire des artistes dans d’autres styles musicaux. Mais après on en revient toujours au même point : pour produire, il faut avoir du temps et de l’argent.

Révolution urbaine, feat. Alonzo : Mon couzin

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Le titre Follow me parle des réseaux sociaux. Est-ce que l’émergence de ces nouveaux outils de communication a changé le rapport avec vos fans ?
Complètement. Nous, on est surtout sur Twitter et Instagram. Cela nous permet de discuter avec nos fans, de leur présenter notre vie. On partage avec eux nos moments de famille avec Alonzo et Vincenzo. Notre relation avec le public est vraiment devenue différente. Cela leur permet de mieux nous connaître et donc de mieux comprendre nos textes. C’est un vrai outil de partage pour nous.

La culture oublie le rap ?

Marseille capitale européenne de la culture, ça vous fait quoi ? Est-ce que la ville vous a associés à l’événement ?
Malheureusement non. Malgré tout je pense que cela reste un événement positif pour la ville. Cela met un coup de projecteur. Mais c’est vrai qu’on est un peu déçus que les organisateurs de l’événement aient oublié le rap. Au niveau musical, Marseille est principalement connu pour le rap : IAM, la Fonky Family, nous. Mais j’espère qu’ils vont se rattraper…

Propos recueillis
par Arnaud Antonio (stagiaire à 76actu)

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