L’anorexie met le corps à mal et le défie, repoussant les limites d’un sujet en souffrance. (©Fotolia)
Il existe de nombreuses idées reçues sur l’anorexie qui touche grand nombre d’adolescentes (l’anorexie masculine existe, mais reste marginale) : maladie liée au diktat de la mode et au culte de la minceur…
Pourtant, « dans sa forme sévère, l’anorexie dite « mentale » ne peut se rapporter à une cause unique ou extérieure. Si elle s’inscrit dans les idéaux d’une époque, elle est avant tout une maladie de l’âme, révélant la problématique singulière d’un sujet en devenir, pris lui-même dans une histoire familiale », indique une psychologue clinicienne havraise.
La maladie se caractérise par la triade des trois A : anorexie, amaigrissement, aménorrhée.
Une maladie du déni
« L’amaigrissement est visible, mais toujours nié par le malade qui, dans le rapport qu’il entretient avec son image, a une vision déformée de son corps. » L’aménorrhée est un autre signe qui doit alerter : l’arrêt ou l’absence de règles traduit le dysfonctionnement du corps. « C’est aussi, de façon symbolique, le signe d’une position mortifère : sans règles, pas de grossesse envisageable et pas de vie à transmettre. » L’anorexie, quand elle ne conduit pas à la mort, peut laisser des séquelles physiques irréversibles, suite à des crises aiguës. Souvent accusé de véhiculer des images de maigreur magnifiée, le monde de la mode n’est pourtant pas l’unique responsable de l’augmentation de la maladie.
« Nos sociétés modernes se caractérisent par un rapport immédiat à l’objet de jouissance qui doit être consommé, dans un processus infini visant à combler le manque.» Par l’anorexie, l’adolescente manifeste son rejet d’un système et résiste, à sa façon, par le refus de s’alimenter. « Au trop-plein répond le rien duquel se remplit l’adolescente qui ainsi présentifie (qui manifeste aux autres) l’absence de désir qui l’a quittée. »
Chaque société produisant ses symptômes, la nôtre, par la surenchère et le surinvestissement dans le matériel, contribuerait à tuer le désir. C’est le désir de vivre qu’il faut chercher à réanimer chez des adolescentes envahies par le « rien ».