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Quatorze siècles d’histoire
Fondée au VIIe siècle par saint Waning, l’abbaye est d’abord occupée par une communauté de moniales. Ce premier établissement est dévasté au IXe siècle par les Vikings. Le duc de Normandie Richard Ier (942-996) reconstruit à la place une vaste église, dédicacée en 990, et installe douze chanoines pour la desservir. Son fils et successeur, Richard II (996-1026), convainc en 1001 le réformateur Guillaume de Volpiano, ancien moine de Cluny et abbé de Saint-Bénigne de Dijon, de s’installer sur les côtes de la Manche. Le pieux homme arrive de Bourgogne escorté de quelques moines et rétablit la vie conventuelle. Cette venue redonne vigueur et crédibilité au monachisme normand, posant ainsi la pierre angulaire du rayonnement futur de Fécamp. Le sanctuaire préroman est détruit à la fin du XIe siècle et rebâti dans le style roman. Mais cette nouvelle abbatiale est presque entièrement dévastée par un incendie en 1168. L’édifice actuel, de style principalement gothique, est terminé au début du XIIIe siècle. Les Mauristes (moines membres de la congrégation de Saint-Maur) s’implantent à Fécamp au XVIIe siècle, lui donnent son portail occidental actuel et ses bâtiments conventuels. Il ne subsiste plus qu’une poignée de moines entre ces murs à la Révolution. Les anciens bâtiments conventuels abritent aujourd’hui les services municipaux.
Abbaye de Fécamp, la vertigineuse tour lanterne à la croisée du transept
Un édifice exceptionnel
Dès l’abord, le visiteur est surpris par l’austérité de la façade mauriste, encadrée par les monumentales statues des ducs Richard Ier et Richard II, bienfaiteurs des lieux. Passé le portail, quelques marches aspirent le visiteur en contrebas, dans la longue nef à deux collatéraux, dix travées et trois niveaux d’élévation : grandes arcades, tribunes et fenêtres hautes. Il se dégage de ce sobre ordonnancement une impression d’élégance harmonieuse.
À la croisée du transept s’élance une tour lanterne culminant à 40 m au-dessus du sol. Véritable puits de lumière, elle inonde d’une clarté bienfaitrice le vaste chœur meublé de stalles, d’un maître-autel à baldaquin et d’une châsse romane ornée de bas-reliefs représentant des scènes de la vie du Christ. Le bras sud du transept abrite plusieurs curiosités, notamment le tombeau de Richard Ier et de Richard II, ainsi que le reliquaire dit « du pas de l’ange ». On raconte en effet qu’une créature céleste aurait marqué son empreinte de pied dans une pierre, le jour de la consécration de l’an 990.
En empruntant le déambulatoire bordé de clôtures Renaissance et de belles grilles en fer forgé, on remarque à la pointe du chœur le tabernacle du « Précieux Sang », sensé contenir quelques gouttes du sang du Christ parvenues sur les côtes du pays de Caux dans des conditions miraculeuses. Toute l’histoire de l’abbaye de Fécamp est ainsi nimbée d’une aura légendaire.
On va parfois chercher bien loin ce que l’on a tout près. Il suffit en effet aux Seinomarins de pousser la porte de chez eux et de parcourir une poignée de kilomètres, pour s’offrir un voyage de quelques heures dans le rêve et le temps. Ce vrai luxe n’a pas de prix : pour l’esprit curieux, l’exotisme est au bout de la rue.
Visites de l’abbaye de Jumièges et du portail de la cour des Libraires (cathédrale de Rouen)