(fil-fax 28/03/13)
C’est un projet ambitieux et exigeant qu’ont mené à bien Yann Dacosta animateur de la compagnie Le Chat foin, les scènes conventionnées Le Rayon Vert à Saint-Valéry en Caux et Le Passage à Fécamp, l’Education nationale, avec l’appui de la DRAC avec un triptyque sur Fassbinder.
Le cinéaste et auteur de théâtre Rainer Fassbinder décédé prématurément en 1982 à seulement 37 ans, après une carrière très prolifique est un pur produit de l’Allemagne des années 60 et 70 qui a en permanence, interpellé la société allemande sur ce qui l’avait conduite à céder par le vote, le pouvoir à Hitler, sans même passer par la guerre civile comme Franco ou par une marche sur Berlin comme le fit Mussolini sur Rome en Italie. Dans ses films comme dans ses pièces, son interpellation s’appuie sur des personnages, souvent en marge de la société qui sont confrontés et subissent des enjeux de pouvoir qui les dominent et les broient : femmes, minorités, étrangers, homosexuel(les).
Triptyque donc avec Le Bouc, pièce travaillée avec des lycéens de Saint Valéry, de Dieppe et du Havre avec lesquels la compagnie a passé trois jours pour d’abord procéder à une lecture collective de la pièce, la répéter, puis filmer des rushes.
Triptyque ensuite avec Le village en flammes présenté au Rayon Vert à Saint-Valéry que nous avions déjà pu voir dans des conditions difficiles au Volcan maritime du Havre dans le cadre d’Automne en Normandie. Cette pièce inspirée de l’œuvre de l’espagnol Lope de Vega retrace la vie d’un village placé sous l’emprise d’un dictateur, emprise débouchant sur une révolte sans contrôle générant violence et haine, pièce qui par son langage débridé, a tout pour plaire à un public jeune.
Triptyque enfin avec Les larmes amères de Petra von Kant, présenté au Passage à Fécamp, pièce plus exigeante interprétée exclusivement par des personnages féminins, montrant comment la personnalité d’une femme riche, créatrice de mode, dominatrice, notamment vis-à-vis de son employée, peut s’effriter et montrer sa fragilité dans le cadre d’un amour homosexuel.
Une initiative qui démontre que des scènes de taille modeste en coopérant et créant des synergies peuvent proposer des actions de qualité et faire taire définitivement ceux qui osent encore parler de désert culturel cauchois.
Yann Dacosta prépare par ailleurs une mise en scène de Labiche qui décidément, inspire à nouveau les professionnels du théâtre puisqu’on a pu voir récemment Patrick Pineau à Lillebonne et Saint-Valéry dans L’affaire de la rue de Lourcines.