Alain Paubert (Cgt) Patrick Pollet (MGEN) Katia Planquois (CFDT) et Luce Pane,députée
« En quoi l’inversion des normes constitue une avancée sociale pour les salariés? » demande cet ancien syndicaliste CFTC à la retraite de la marque au losange. En
guise de réponse à cette simple interpellation d’un militant aux accents modérés, les deux représentantes de la CFDT dont une députée feignent de ne pas comprendre la question et finissent par
dire invariablement que l’ANI sur la flexisécurité de l’emploi est avant tout le fruit d’un dialogue social renouvelé et qu’il n’est donc pas question d’y toucher. La réunion organisée au
siège du parti socialiste touchant à sa fin, chacun tire ses dernières salves avant de rentrer chez soi le sentiment du devoir accompli.
Il faut tout d’abord saluer cette bonne initiative de la fédération de Seine-Maritime et de mon camarade sottevillais Jean-Claude Branchereau d’avoir réuni
militants et syndicalistes pour débattre du fameux ANI du 11 janvier dernier, texte complexe dont la portée n’est pas toujours facile à mesurer et dont la transposition sous forme de loi rajoute
autant d’incertitudes que d’éclairages. Face à une salle pleine, les quatre invités ont pu exprimer leurs divergences voir leurs oppositions à cet accord qui serait légalement minoritaire dans
quelques mois. Je retiendrai principalement trois choses de cette soirée enrichissante:
Les défenseurs ont pour principal argument la forme ( le dialogue social made in Hollande ) et peu ou pas de fond et un leitmotiv: « faisons confiance aux
représentants syndicaux ».
Les opposants ou ceux qui souhaitent faire evoluer ce texte, ont surtout un argument très fort concernant la faible représentation des syndicats dans le privé
et même leur absence dans 9 entreprises sur 10 alors qu’ils devront contrôler l’application de ce texte au sein des Conseil d’Administration des boîtes. Comprenne qui pourra !
Je retiendrai aussi l’intervention du représentant des mutuelles qui se félicite de l’instauration d’une complémentaire santé généralisée mais qui s’interroge aussi
sur le choix unilatéral par l’employeur du porteur qui risque de mettre à mal le monde mutualiste au profit du secteur assurantiel ou de la prévoyance.
Enfin, revenons à notre retraité de chez Renault qui précise l’inversion des normes: Auparavant les accords d’entreprise amélioraient les accords de branche qui eux
mêmes amélioraient le code du travail. Aujourd’hui, cet accord inverse cette pyramide même si cela est temporaire et limité dans le temps (deux années maximum) donc cette modification
fondamentale mettra en difficulté les salariés au sein de l’entreprise face à une Direction demain toute puissante. À cette question plus éclairée, il fut répondu que face à une économie
mondialisée qui nous échappe et qui sans ce type d’accord, serait demain dirigée uniquement par des fonds d’investissement, on ne pouvait faire autrement.
La fin d’un monde je vous dis…