Au début des années 2000, le souffre et l’ozone étaient désignés comme les principaux polluants de l’air dans notre région. Aujourd’hui, ce sont les particules en suspension qui sont pointées du doigt. Mais de quoi ces particules sont-elles composées et qui les émet ? Le mois de mars 2013 et les premiers jours d’avril auront été marqués dans notre agglomération par une augmentation des procédures d’informations et de recommandations liées à la pollution aux particules. À ce jour, plusieurs raisons sont invoquées pour expliquer cette situation. En première ligne, l'association Air normand, observatoire de la qualité de l’air, agréé par l’État sur l’ensemble de la Haute-Normandie, note en préambule que l’augmentation des procédures est "mécaniquement" liée à l’abaissement des seuils de déclenchement. Cette décision prise par le ministère en charge de l’Écologie a été mise en œuvre le 16 janvier 2012 par arrêté interpréfectoral.
Concrètement, tandis que le seuil limite de particules en suspension était autrefois fixé à une concentration de 80 µg/m3 (microgrammes par mètre cube), il est aujourd’hui de 50 µg/m3. Cette décision s’inscrit aussi dans le cadre d’un contentieux avec l’Europe sur le non-respect des valeurs limites européennes dans certaines régions françaises, dont ne fait pas encore partie la Haute-Normandie. Autrement dit, il fallait bien que la France démontre sa bonne volonté. "Plus qu’un geste symbolique, cette réaction a réellement permis de sensibiliser la population et elle a donné les moyens aux préfectures, par le biais d’arrêtés, de prendre, lorsque c’est nécessaire, des mesures à destination des usagers de la route, des industriels émetteurs de particules ou encore des particuliers qui possèdent une cheminée ou un poêle à bois pour réduire les émissions mises en cause", précise Nicolas Lepelley, directeur adjoint d’Air normand.
Ces ajustements ont également permis de mettre en évidence que les particules constituent un type de pollution très complexe, aux sources nombreuses et de composition très hétérogène. Ainsi, en mars dernier, on retrouve dans les analyses effectuées sur le site du Petit-Quevilly pas moins de sept composants différents parmi lesquels des poussières naturelles ou encore des carbones élémentaires qui proviennent de la combustion d’essence et de gazole.
Mais les plus grosses concentrations sont liées à la fois à des matières organiques issues de combustion de bois de chauffage ainsi qu’à des nitrates d’ammonium associés notamment à la décomposition des épandages agricoles. Clairement, pour les épisodes de mars, il serait vain de pointer un seul responsable comme par exemple les problèmes de trafic routier consécutifs à la fermeture du pont Mathilde.
La vérité, une fois encore, ne se laisse pas si facilement circonscrire et démontre parfois que les meilleures intentions peuvent aussi impliquer de néfastes conséquences. C'est le cas par exemple avec le chauffage au bois. D'un côté, les chaufferies collectives, comme celle de Saint-Étienne-du-Rouvray, sont équipées de systèmes de filtres pour éviter le brûlage à l’air libre et les émissions de poussières. De l'autre, les particuliers encouragés, pour des raisons de développement durable à privilégier le bois, matière première renouvelable, n'ont pas encore le réflexe – faute d'obligation réglementaire – de songer à des équipements labellisés flamme verte 5 étoiles, les seuls à réellement limiter les rejets de particules.