L’art contemporain réveille l’abbaye de Jumièges

(fil-fax 16/05/13)

© Michel Dehaye

Les deux expositions d’art contemporain “Jumièges à ciel ouvert“ et “L’eau et les rêves“ dans l’enceinte de l’abbaye de Jumièges démontrent que le Festival Normandie impressionniste sur le thème de l’eau ne se limite pas à la seule évocation d’artistes aujourd’hui disparus. Sous le regard éclairé de son commissaire Jean-Marc Barroso, “Jumièges à ciel ouvert“ exporte l’art des musées. Ni plus ni moins. In situ, six installations éphémères d’art contemporain environnemental ou “Land Art“ ont pris possession du parc de l’abbaye. Les oeuvres dans et avec la nature s’inspirent de l’histoire ou de l’architecture de l’abbaye. Avec “Dans les boucles“, Dominique Bailly dessine sur le sol de la prairie nord-est de l’abbaye une longue ligne serpentine. La sculpture promenade, sobre et horizontale, s’étend sur 235 mètres. Les jolies courbes de granulats de marbre vert reproduisent fidèlement le cours de la Seine de Paris au Havre. “Le tourbillon de l’histoire“ de Jean-Paul Ganem s’étend au pied du mont Thabor. Sur un diamètre d’environ 120 mètres, six plates-bandes spiralées (en attente de floraison) symbolisent les remous de la Seine. Le “Mandala oublié“ de Shigeko Hirakawa se compose quant à lui d’une jardinière octogonale de 12 mètres de diamètre. L’oeuvre encercle l’arbre de sagesse. A l’opposé de ce chêne majestueux du parc trône un banc de méditation qu’il ne faut ignorer sous aucun prétexte. Une œuvre sonore tout aussi méditative de Cécile Le Prado accueille les visiteurs dans l’ancienne nef de l’abbaye. Avec “Fenêtre sur sang et eau“ Chris Drury, pionnier du Land Art, dessine sur l’une des terrasses du parc, souligne le commissaire, « un étrange vitrail chaleureux autant que spirituel ». Des milliers de bûches de bois de tilleul du parc y sont mystérieusement alignées. Toutes convergent vers un vortex emblématique à maintes reprises observé par le sculpteur dans les mouvements de l’eau, du sang et des nuages. Dans “L’invention de la Normandie“ François Méchain a imaginé dans un duo de drakkars inversés une métaphore du passage de la guerre à la paix des Vikkings au Xème siècle. Retourné « le drakkar se fait abri, maison, église sur pilotis à l’image du toit de l’église Sainte-Catherine de Honfleur », précise le sculpteur.

Un logis abbatial dédié à la création photographique 

“L’eau et les rêves“ sont à découvrir dans le logis abbatial construit en 1671 et qui était fermé au public depuis 1974. L’exposition présente 43 photographies et cinq vidéos de 23 artistes. Là encore sur le thème de l’eau, les choix des commissaires Dominique Goutard et Jean-Luc Monterosso directeur et fondateur de la Maison européenne de la photographie (Paris) disent « la permanence des émotions que les impressionnistes nous ont léguées ». Les photographies sont confrontées aux statues et décors témoins de l’histoire du lieu. Le Département de Seine-Maritime, propriétaire de l’abbaye, a tenu à ce que ces vestiges soient « associés aux événements que le logis a pour vocation d’abriter dès cette année », a indiqué son président Didier Marie (PS). Des résidences de photographes sont envisagées dans cette Maison de la photographie qui ne dit pas son nom mais qui est appelée « à devenir la référence régionale en matière de photos et vidéos ».

www.abbayedejumieges.fr

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