(fil-fax 25/06/13)
Treize fresques géantes posées sur les pignons de HLM dans différents quartiers de la ville et un livre d’art édité en 500 exemplaires : pour fêter son centenaire, Alcéane, l’Office public de l’habitat (OPH) du Havre a demandé à une quinzaine d’artistes de plancher sur « leur vision de l’humain dans l’habitat collectif ». L’événement s’intitule « Oh, ce sera beau ! », pour contrer le poncif « c’était tellement mieux avant », explique son directeur général Jean-Pierre Niot.
Dans le quartier de Tourneville, rue du 329e, la fresque de 100 m2 signée François Schuiten affiche d’immenses tours mi-arbres mi-fusées avec des engins volants, si caractéristiques de l’auteur des Cités obscures ; Franck Margerin, à Caucriauville, a imaginé un immeuble de bric et de broc avec une pagode chinoise, évoquant la juxtaposition des origines des habitants ; les HLM sont très « développement durable » chez Philippe Coudray, à Bléville ou Jacques Loustal, quartier Jenner, très science-fiction avec Philippe Druillet ou encore chaleureuses avec Edith, au Perrey. Ces pointures de la BD ont répondu à l’invitation d’Alcéane de réinterpréter la ville pour fêter les 99 ans du logement social au Havre. Le bailleur social, le plus important sur le territoire havrais avec près de 15.000 logements, soit près de 50 % du parc social, a voulu, selon Jean-Pierre Niot, « valoriser l’image du logement social, autant auprès des locataires que des riverains et des agents » (320 salariés, CA : 75 M€). Et « quand les artistes ont compris le but de l’opération, ils ont bien voulu diminuer leur rémunération », apprécie le dg.
L’anniversaire est aussi l’occasion de raconter un peu d’histoire, dans le magazine distribué aux locataires : c’est à Jules Siegfried, négociant et maire du Havre puis ministre du Commerce que l’on doit la loi créant en France, en 1894, le type de logements appelés Habitations à bon marché (HBM), ancêtres des habitations à loyer modéré (HLM). Une nouvelle loi favorise en 1912 la création de l’Office public d’habitations à bon marché (OPHBM) : il est ouvert au Havre en 1914, le septième en France. Les premiers logements collectifs seront en 1922 les 228 pavillons de la Cité Jardin, du Haut-Graville, puis les 120 logements du Parc d’Or. Il y avait 2.000 locataires en 1939, ils sont 32.526 en 2013.
Pour valoriser l’image de l’habitat social, Alcéane rivalise d’imagination. En 2009, 40 portraits de locataires HLM avaient fait l’objet d’une exposition monumentale, sur des cubes de 2 mètres de haut installés en ville et d’un livre « volontairement luxueux ». Ce qui avait alors suscité quelques critiques acerbes. Pourtant, Jean-Pierre Niot persiste : « Je préfère consacrer 100.000 euros à revaloriser l’image encore négative du logement social et à redonner de la fierté à ses habitants plutôt qu’à éditer des guides du locataire. ».
• Oh, ce sera beau ! : Livre d’art : 120 pages, couleur, Format 30X30cm, Prix : 35 €. Exposition monumentale en plein air : 13 fresques dans différents quartiers jusqu’en janvier 2014. www.alceane.fr
