Neuf élèves de sixième du collège Paul-Éluard ont passé une grande partie de l'année scolaire à dialoguer avec les muses. Leur énergie créatrice a été récompensée par le prix de la jeune poésie décerné par l'association des membres de l'ordre des Palmes académiques.
Certains l'interpréteront sans doute comme un signe du destin car il fallait peut-être étudier dans un collège qui porte le nom du poète Paul Éluard, concepteur illuminé de la "terre est bleue comme une orange", pour accéder à l'inspiration suprême. Mais se limiter à une telle interprétation reviendrait à ne pas apprécier à sa juste valeur le travail de Mélina Héranval, Louis Grenu, Maryem Mechengel, Mekki Lahbib, Tessnim Chouria, Kenza Doucène, Ophélie Levasseur, Youna Richard et Titouan Deschamps.
Au départ, ces neufs collégiens de sixième, animés par une même passion pour la lecture, avaient juste décidé de participer à l'atelier d'écriture encadré par Nathalie Lecarpentier, professeur de français et Sonia Ridel, professeur documentaliste. "Une fois par semaine, nous nous retrouvons pour échanger sur les livres que les élèves ont aimés et pour le plaisir d'écrire des histoires ou de jouer avec les images poétiques", explique Nathalie Lecarpentier. Dans ce contexte privilégié, pas question de faire des exercices, d'analyser les structures grammaticales, de disserter, de commenter, de noter. La prime est donnée en toutes circonstances à l'enthousiasme communicatif, à la verve et à l'invention. Et puis, au fil des mois, d'acrostiches en anaphores, d'alexandrins en octosyllabes, le projet de participer au concours organisé par l'Association des membres de l'ordre des Palmes académiques a fait son chemin dans les esprits.
Cette année, le thème retenu était la "poésie trésor", un peu comme si un poème pouvait contenir tous les rêves d'enfant. La forme imposée se déclinait tel un inventaire à la Prévert, sur le mode "J'ai les ailes du canard siffleur/J'ai l'oiseau du bonheur". À partir de là, à chacun selon sa liberté d'expression, son caractère et ses goûts de lecteur. Pour Mekki, c'est le manga ; pour Maryem, la fantasy et les romans historiques ; pour Louis, les romans policiers et pour Titouan, l'accro au livre qui ne passe pas une journée sans aller au CDI, "un peu de tout". Et quand il s'agit de mettre ces influences en forme, Youna livre son secret du bonheur en écriture avec spontanéité : "On se lâche !" Au final, si chaque poème signé revient à son auteur, l'échange aura été en permanence au cœur de l'aventure. "C'est bien de se parler aussi, surtout quand on n'arrive pas à trouver une rime par exemple", confie Tessnim.
Au-delà du collectif et de cette foisonnante source d'inspiration, il y a Mélina Héranval qui a reçu un prix individuel pour son texte. Elle est sans doute la plus timide, la plus réservée et la plus silencieuse du groupe. "C'est son caractère. Elle préfère s'exprimer à l'écrit plutôt qu'à l'oral", souligne Sonia Ridel. Alors quand on l'interroge, elle choisit de renvoyer simplement à ses vers : "J'ai les mots de la vie/J'ai une musique pour s'amuser/J'ai l'arc-en-ciel de l'envie/J'ai l'étincelle de l'idée". Quelques vers qui valent bien des digressions et qui ne seront certainement pas les derniers pour ce cercle de jeunes poètes, tous prêts à enchanter le réel à la moindre occasion.