(fil-fax 02/07/13)
Nouvel accroc ou rupture définitive au sein de la majorité de gauche ? Les deux vice-présidents Front de gauche du conseil régional de Haute-Normandie se sont vus retirer leur délégation thématique par le président socialiste Alain Le Vern. La communiste Céline Brulin reste vice-présidente mais n’est plus en charge de la santé et son collègue également PCF, Noël Levillain, perd sa délégation aux Transports.
M. Le Vern a considéré que le vote négatif du groupe Front de gauche en séance plénière du 24 juin sur un rapport relatif au personnel de la Région et notamment leur régime indemnitaire, relève « d’un acte délibéré, préparé et réfléchi, visant à mettre un terme à votre appartenance à la majorité », peut-on lire dans la lettre adressée au président du groupe FdG, Jean-Luc Lecomte. A l’origine de ce différend, la mise en place d’une “Prime de fonction et de résultats“ pour certains agents du conseil régional, en lieu et place d’une indemnité dite “de missions de préfecture“ qui a été supprimée en décembre 2012. La prime de fonction et de résultats a été instituée en 2008 sous la présidence de Sarkozy. Considérée par les syndicats comme une prime aux mérites, elle doit être remplacée par une autre prime, comme l’a indiqué la ministre de la Fonction publique, Marylise Lebranchu.
En attendant, l’exécutif régional de Haute-Normandie a estimé qu’elle pouvait servir pour compenser la perte de l’indemnité “missions de préfecture“. « Nous n’avions que cette solution pour maintenir au centime près le pouvoir d’achat des agents du conseil régional. C’est le seul moyen juridiquement inattaquable » explique le cabinet d’Alain Le Vern. La séance du 24 juin avait d’ailleurs été marquée par une manifestation d’agents de la Région à l’appel de la CFDT et de la CGT convaincues qu’il était possible de passer par une autre formule que la prime “Sarkozy“. Les syndicats se plaignent également de la réorganisation des services de la collectivité. Comme les syndicats, le Front de gauche soutient qu’il est possible « d’ajourner » le rapport contesté « pour prendre en compte les possibles évolutions » et pour « renouer le dialogue avec les salariés et les organisations syndicales ».
Plus généralement, les conseillers du Front de gauche reprochent « la manière de présider » de M. Le Vern qui devient « sourde et aveugle à tout avis différent ». Jean-Luc Lecomte déplore une attitude « autocratique » et détaille dans la foulée une liste des points noirs régionaux sur le plan industriel, en matière de santé et d’infrastructures, les rapprochant des désaccords avec les choix du gouvernement.
Si les vice-présidences ne peuvent être remises en cause puisque obtenues par un vote de l’assemblée plénière, il sera difficile de rétablir les délégations tant le fossé s’est élargi. Dans le courrier qu’il a adressé à Jean-Luc Lecomte, M. Le Vern parle d’une « impossibilité » d’accorder sa confiance.
Que ce soit au conseil régional ou au conseil général de la Seine-Maritime, la tension monte entre le PS et le PCF. Elle a atteint à la Région un point de rupture que l’on peut comparer à ce qui se passe au sein du conseil municipal de Dieppe où le maire communiste, Sébastien Jumel, vient de retirer sa délégation à un adjoint socialiste et où socialistes et communistes sont maintenant engagés dans un bras de fer jusqu’aux élections municipales de 2014.