Buffy Memories – Mon personnage préféré

Dans la vie, je suis Xander. Si je vivais à Sunnydale, je voudrais pas faire partie des tocards de figurants, alors j’essaierais de m’incruster dans le Gang, mais j’aurais rien à proposer de plus que ma relative motivation (je ne veux pas être passif, mais c’est pas tout à fait pareil que vouloir être actif) – j’ai pas les skills geek de Willow et Giles, j’ai pas les conditions physiques de Buffy, j’ai même pas de déficience potentiellement dangereuse donc charismatique (je suis ni un loup-garou ni un démon vengeur, navré). En outre, comme Xander je serais probablement amoureux de Buffy…

 

Dans la vie, je suis même moins que Xander. Y’a des épisodes où il se bagarre et il s’en sort pas mal. C’est toujours moins bien que Buffy, mais il arrive à enchaîner deux trois droites, et à en encaisser autant. Moi, je me suis plus battu depuis le collège donc pour valider ce que je vais dire, faudrait que t’attaques par surprise et en tires les conclusions appropriées, mais je pense que je me roulerais en boule à partir du moment où ça piquera un peu. À la limite, s’il y a un gros enjeu (ma vie), je m’y jetterais à corps perdu mais ça ressemblera plus au combat – ridiculement épique, chargé d’un étonnant désespoir érotique – de Dan dans la saison 3 de Deadwood qu’aux virevoltantes cabrioles de la Tueuse et, aussi, pour en revenir au sujet, qu’aux petits mais solides boxages de Xander. En somme, je suis un Xander réaliste. J’ai mal au poing quand je donne un coup de poing. Il y a du sang sur le visage de mon adversaire, mais c’est parce que mes phalanges ont éclaté.

 

Dans la vie, je suis Xander, alors, naturellement, ce n’est pas lui mon personnage préféré.

 

 

(je pense à un truc : pendant une bonne partie de ma vie, je ne comprenais pas qui c’était quand on me parlait de Xander puisque dans la VF, ils lui ont choisi « Alex » comme diminutif)

 

 

Mon personnage préféré dans Buffy, c’est Buffy. Bah oui. Ça me plaît le processus d’identification hein, j’aime me retrouver dans une oeuvre, il m’arrive d’adorer des films simplement parce qu’ils incarnent parfaitement un truc que j’ai vécu (au pif : Les amours imaginaires de Xavier Dolan, ça m’a retourné car on aurait dit une adaptation rigoureuse de ma vie à une certaine époque MERCI LUNE D’ÊTRE UN AMOUR CONCRET) mais j’ai toujours tendance à préférer les oeuvres et persos un peu lointains, un peu grands, bigger-than-life comme ils disent. C’est parce que, très vite, j’ai compris que la fiction était le parfait moyen d’expérimenter les plus rocambolesques aventures dans le plus confortable des conforts. Pourquoi m’attarder sur ma propre vie quand je peux explorer les 10 milliards d’autres vies potentielles que j’aurais pu avoir ? À quoi bon regarder ce nombril velu que je connais par coeur alors qu’il y a dans ces contrées des nombrils inconnus et éclatants ? Voilà, généralement, mon personnage préféré, c’est bêtement le héros. Dans Le Visiteur du Futur j’aime le Visiteur du Futur, dans Veronica Mars Veronica Mars, et dans Kaamelott Arthur. Leurs dilemmes, leurs motivations, leurs rages et leurs découragements me passionnent d’autant plus qu’ils me sont étrangers.

 

« Ce type, Norman, qui fait des vidéos assez drôles, je regardais et je me demandais : mais pourquoi ça me déprime ? Parce qu’en fait, c’est un truc de honte. Tout à coup, ça nous rend honteux. L’art mauvais est celui qui nous fait faire : on se ressemble tous. Le grand art me montre un truc que je connais comme beau, et il me dit : cela t’appartient aussi car tu participes de ce monde. » (Louis Garrel)

 

Buffy ! C’est bon quand, dans la saison 5, on la fait ressusciter, mais qu’elle ne sait pas comment dire à ses proches qu’elle était heureuse telle qu’elle était. C’est bon quand, dans la saison 7, elle doit assumer son nouveau rôle de leadeuse. C’est bon quand, dans la saison 2, elle doit sacrifier son amour, quand, dans la saison 3, ses camarades de lycée manifestent enfin de la reconnaissance après qu’elle a passé trois ans de sa vie à leur sauver la vie à – du moins c’est ce qu’on croyait – leur insu. Toutes ces belles situations nous seraient inaccessibles sans la fiction. Merci la fiction. Merci Buffy. Grâce à toi, je sais ce que ça fait de buter un vampire.


 

http://24.media.tumblr.com/658aead21d323bd84009aa89ec459032/tumblr_mqekwtC0o31s2p0soo1_500.jpg(Illustration by Lune – plus de dessins sur notre Tumblr)

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