Dans la famille Bohringer, je demande la fille.
Le soir tombant, la belle arrive. Même pas en retard après être passée par le plateau de la télé régionale. Mais déjà elle consulte sa montre. « Non non, ne vous inquiétez pas » rassure t-elle, « j’ai arrêté de fumer il y a quelques temps et je suis maintenant conditionnée par mes pauses repas… Je les respecte, pour l’équilibre… Mais ça va on a largement le temps! ». Tant mieux. Car Romane Bohringer, qui est Flo dans ce film dit « difficile » a plein de choses à en dire. « Heureusement qu’il y a des gens courageux comme ceux de l’Omnia pour diffuser ces oeuvres » débute t-elle, « ignoré ou pas compris par la plupart des médias spécialisés, le film n’est que dans deux salles à Paris… Pourtant il est l’un des reflets de la société ». Vic (Pierrette Robitaille) et Flo (Romane Bohringer), deux ex-détenues s’installent en forêt près d’une cabane à sucre, sous le regard bienveillant de leur agent de probation (Marc-André Grondin). Les deux femmes vivent une homosexualité de circonstance, certainement née en détention. A l’écart du monde, l’une et l’autre tentent d’envisager l’avenir. Au calme avec sa compagne pour Vic, à la découverte d’autres horizons pour Flo, plus jeune. Mais bien vite, le passé rattrape les deux femmes. Présenté en compétition officielle à la 63e Berlinale, « Vic + Flo ont vu un ours » de Denis Côté flirte avec le drame naturaliste, le film de vengeance, le film de genre, le surnaturel, le conte et le romantisme. Avant toute chose, cet hybride prend plaisir à « tordre le réel » disait Denis Côté il y a quelques temps. Romane Bohringer ne tarit pas d’éloges sur le metteur en scène. « C’est un type que j’adore!. C’est un obsessionnel. Pour lui, tout est dans le détail qu’il a auparavant millimétré, calculé ». Il est vrai que l’on retrouve cette maîtrise dans les dialogues, les plans d’image, la lumière et l’ordonnancement des scènes et du déroulé. « Je suis difficile dans l’acceptation des scénarios » avoue la fraîche quadragénaire, « sur une dizaine, huit trouveront grâce à mes yeux. J’ai été emballée à la lecture de celui-ci. La grande question qu’il pose en fait, c’est « peut-on vivre à l’écart du monde? ». Autour du « Café Noir » où se déroule l’interview, quelques curieux ont reconnu l’actrice. Mais il est temps de conclure. « Comment va papa ? » (rires) « En pleine forme, il sera d’ailleurs au festival des arts croisés à Clères le 11 septembre. Il faut y aller… Mon actualité ? Mélodrame (s), une pièce de Gabor Rassov au théâtre de la Pépinière à Paris dès le 17 septembre.