Jawohl Mutti
Comprendre la victoire de « mutti », la chancelière allemande, c’est entré par effraction dans l’âme prussienne. L’imaginaire
collectif d’un peuple qui a porté la révolution luthérienne et la philosophie allemande à son paroxysme. Une expérience tragique qui s’est terminée
par l’éclosion du nazisme. L’Allemagne, c’est aussi le récit d’une réunification entre une société Marxiste et une capitaliste.
La réunification a porté très haut le grand principe de responsabilité qui se
décline aujourd’hui sous le nom de sobriété .Il ne faut pas attendre chez Madame Angela Mekel qu’elle mette en avant son mari dans une pseudo œuvre de charité, ou qu’elle évite la douloureuse
corvée de faire ses courses chez l’épicier du coin. Mutti, c’est l’héritage d’un régime communiste qui avait des travers et des petits arrangements pour ses cadres, mais qui ne connaissait pas la
vie de château comme nos élus savent la faire prospérer. Lorsque Mutti prend le tram, elle paye, ne demandez pas à Hollande où il a rangé son porte-monnaie, il n’en a pas ! Au final, le
bilan est là : c’est trois mandats et 42 pour cent des voix !
Pourtant l’Allemagne a inauguré avec Gerhard Schröder la realpolitik de la tiers-mondialisation
des travailleurs les moins qualifiés. On peut travailler pour 600 euros par mois à plein temps ou distribuer des prospectus pour 1 euro de l’heure. Les Allemands payent les travailleurs au prix
de leur effort de formation. Cette philosophie très protestante de l’émancipation par le travail met au pilori la protection sociale et l’exigence d’un revenu décent pour celui qui a failli et
n’a pas suivi sa prédestination.
Cette philosophie de l’action de l’État a permis à l’Allemagne de s’ajuster sur la
réalité du grand marché mondial. Main-d’œuvre bon marché, mais qualifiée, faible protection sociale, valorisation du travail. Philosophie partagée par les dirigeants qui vivent avec sobriété leur
mandat.
Un effort proportionnel partagé qui contraste avec l’incroyable cupidité de nos élus qui engrangent sans vergogne plus de 15 000 euros
par mois en cumulant les fonctions d’élu. Comment dans ce contexte prôner la sobriété lorsque l’on ne se l’applique pas à soi même ? François Hollande ne sera pas jugé sur son bilan
politique et économique, mais sur son absence manifeste de sobriété. Il reste encore un long chemin pour que la France devienne adulte !
Igor Deperraz