
Nous connaissons tous quelques-uns de ces couples célèbres dont
l’un des deux membres ne va pas sans l’autre, et réciproquement. Que serait
Tintin sans Milou, Laurel sans Hardy, Jacob sans Delafon, Bougredane sans
Bougredandouille, Bush sans Saddam, le tenon sans la mortaise, le fromage sans
le dessert, la cerise sans le gâteau ou, pour le sujet qui nous préoccupe
aujourd’hui, les Roms sans les Musulmans ?
En effet, tels des collections d’été de haute couture alternant avec celles
d’hiver, tels les Jeux Olympiques alternant avec la Coupe du Monde de foot, les
Roms et les Musulmans squattent alternativement sans vergogne les conversations
des honnêtes citoyens, les propos de comptoir, les saillies de quelques
prétendus humoristes ou encore les bouches des politiques qui squattent les
plateaux de télévision, les studios de radio et notre temps de cerveau
disponible.
Certes, on a bien vu ces derniers temps Marseille, la ville, se distinguer
dans l’actualité au rythme des rafales de kalachnikovs et des décès brutaux et
essayer de focaliser l’attention télévisuelle. Mais la ville de Gaston Deferre
et de Zinedine Zidane ne tient, pour l’instant, que de l’épiphénomène
vingt-heuresque, même si la belle histoire du trafic de bébés roms sur la
Canebière et autour du Vieux Port a pu avoir un certain succès, peuchère.
Il convient d’alterner les plaisirs, et donc, pour nous tenir en haleine 24
heures sur24 et 7 jours sur 7, tout en divertissant les foules avec le
sempiternel bouc émissaire, les chaînes d’info continue nous ont dégoté le
couple infernal de la saison 2013 2014, les Bonnie and Clyde du 20 heures, les
deux ennemis intérieurs les plus télégéniques du moment : l’amateur de
hérissons et l’éleveur de dromadaire. Si depuis le 11 septembre, l’intégriste
islamique, plus connu depuis quelques mois sous le nom de
« salafiste » a tenu la corde, fortement épaulé par les jumelages
internationaux avec la Somalie et le Mali, l’Afghanistan et le Pakistan ou
encore la Syrie et la Libye, le Rom reste récurrent dans l’actu.
Mais, on le sait bien à potasser les chiffres d’audience de l’émission
« Le dessous des cartes » sur Arte, aussi faméliques qu’un vautour en
Suisse ou qu’un requin au Sahara, le téléspectateur moyen ne s’embarrasse pas
plus de préoccupations géopolitiques que de considérations diplomatiques à
l’heure de la soupe, de Cyril Hanouna et des Ch’tis à Hollywood.
Cet été, entre le Maire de Nice et le Ministre de l’Intérieur, a eu lieu une
sévère compétition de mise au pilori du mangeur de hérissons qui semble bel et
bien avoir tourné à l’avantage du locataire a la fois de la place Beauvau et
des premières places des sondages de popularité. C’est ainsi que le Rom est
redevenu la tête de Turc. Certes, le Rom est moins armé que le terroriste
fondamentaliste intégriste islamiste suicidiste, pardon suicidaire, mais bien
plus visibles par nos contrées.
Mais, passons, car si l’islamiste radical est revenu subrepticement par la
petite fenêtre là où on ne l’attendait pas, au pays des Kenyatta père et fils,
la découverte de deux victimes françaises a-t-elle permis aux télés de nous
gaver avec la tuerie de Westgate en direct live pendant quatre jours grâce à
une supposée empathie des téléspectateurs à même d’éclairer d’un sourire
satisfait la face d’un annonceur publicitaire ?
On se demande donc quand arrivera le prochain barbu ou voleur de poules qui
illuminera nos écrans télé d’abord. Dormons tranquilles et soyons sûrs de ne
rien rater car les caméras de télésurveillance veillent pour nous. Quant à moi,
je continuerai à éviter comme la peste ou le choléra les couples comme BFM et
i-télé, RTL et Europun, Vals et Sarkozy.
Par contre, ce soir, je prendrai bien du fromage et du dessert après avoir
mangé un couscous en écoutant Django Reinhardt…