Made in… une très belle aventure artistique

La seconde représentation du Made in Saint-Étienne-du-Rouvray – inscrit au programme de cette nouvelle saison du Rive Gauche – s’achève sous les applaudissements nourris des spectateurs massés aux premier et deuxième « balcons » du hall de l’Insa. Sur le visage des danseurs, de magnifiques sourires font leur apparition. C’est à leur tour de signifier leur plaisir d’avoir participé à cette aventure, portée par la très charismatique chorégraphe Joanne Leighton, dans une bruyante acclamation. Les yeux humides, les uns et les autres tombent dans les bras de leur voisin–e. "Ces applaudissements c’était une façon pour nous de dire "on a réussi ! On l’a fait !". Et ça n’a pas toujours été simple, assure Brigitte. Il y avait de quoi être perturbé par exemple quand après avoir répété sur une scène carrée, le plateau du Rive Gauche, nous nous sommes retrouvés dans un espace rectangulaire à l’Insa."

Les quatre-vingt-cinq danseurs "amateurs", habitants de Saint-Étienne-du-Rouvray ou des communes de l’agglomération, n’ont pas ménagé leur peine pour réussir à produire ensemble une pièce chorégraphique aussi aboutie. Une semaine de répétitions intenses en soirée et le week-end pour quarante-cinq minutes de spectacle pendant lesquelles la force du collectif s’est illustrée, sans jamais écraser les individualités, en permettant, au contraire, à chacun de se révéler. "J’ai ressenti des choses qu’on observe habituellement dans la nature, chez les oiseaux et les poissons, fragiles et proies faciles lorsqu’ils sont seuls et qui se massent pour être plus forts face au prédateur", raconte Bruno. Une image qu’illustre bien le principe de réactions en chaîne mis en scène tout au long du spectacle par la chorégraphe.

Et c’était un véritable pari pour nombre de participants qui n’étaient jamais montés sur scène et n’avaient parfois même jamais véritablement… dansé. "Ça fait un an que j’ai décidé de tenter l’expérience, se souvient Catherine. Pour pouvoir tenir la distance, j’ai posé des jours de congés parce qu’il n’était pas possible que j’assume mon boulot pour lequel je me lève à 4 heures du matin et la danse." Et le résultat s’est avéré bluffant, sans jamais que les cinq danseurs professionnels de la compagnie de Joanne Leighton ne tirent la lumière à eux, invisibles aux yeux du public mais véritables piliers sur lesquels les "amateurs" ont pu s’appuyer.

Quelques minutes après la fin des représentations, Sophie contient à peine son émotion. "Ça a été fabuleux, une découverte qui m’a permis de désacraliser la danse. On a pu comprendre le travail du danseur, dans la répétition du geste, la lenteur, la précision. C’est un rythme très différent du quotidien. Là on apprend à remettre sans cesse l’ouvrage sur le métier. Et puis il a fallu accepter de tout lâcher, de se livrer…"

Selon Edwige, pendant cette semaine – entre répétitions et spectacles – "le temps s’est arrêté". "Pour moi, participer au Made in était un défi personnel et aussi une façon de m’inscrire dans une initiative proposée par la Ville, d’être au cœur de l’action. Ça n’a pas été facile pour moi de tout mémoriser, il y a eu des moments de doutes où je me suis demandée si j’allais y arriver. J’étais tellement investie que même durant mon sommeil je continuais de répéter les gestes. Mais le final est magnifique."

Joanne Leighton a beau avoir déjà initié une quinzaine de Made in… en France et dans le monde, son plaisir face au résultat demeure intact. "À chaque fois, cela a été très différent. Je suis toujours très étonnée de voir d’où le groupe démarre et le résultat. C’est un processus très démocratique, où chacun à sa place, et qui en tant qu’artiste me paraît très pertinent. Il y a eu beaucoup de générosité et d’engagement pour produire ce Made in Saint-Étienne-du-Rouvray. Je suis très reconnaissante d’avoir le privilège de travailler sur un territoire donné qui donne tout le sens du travail mené avec l’équipe du Rive Gauche pendant trois saisons. Ce Made in, ce n’est pas qu’une aventure humaine, c’est avant tout une expression artistique."

Le précédent Made in s’est déroulé à Paris pour l’inauguration des berges de la Seine, le prochain verra le jour à Perth en Australie. Entre les deux, Saint-Étienne-du-Rouvray a inscrit avec brio son nom dans une série qui continue de s’écrire.

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