L’éclat des colliers d’Elsa

Les bijoux d’Elsa Triolet, déposés à la bibliothèque qui porte son nom, retrouvent tout leur éclat sous les mains expertes de Marie Peillet, restauratrice. La bibliothèque Elsa-Triolet s’est transformée un temps en atelier de restauration. Les bijoux de haute couture créés par Elsa Triolet, l’écrivaine, et dont la bibliothèque est dépositaire, ont été confiés aux mains expertes de Marie Peillet, restauratrice diplômée de l’Institut national du patrimoine. "Ils sont relativement en bon état, il y avait un peu de corrosion et ils étaient surtout encrassés, explique la jeune femme qui est spécialisée dans le métal et dans ce qu’on appelle les arts du feu, c’est-à-dire la céramique, le verre et l’émail. Quelques pièces étaient cassées et réparées, j’ai repris les réparations pour les rendre moins visibles. Il ne s’agit pas de les remettre à neuf. Il manque des perles à certains colliers, mais de compléter le bijou n’est pas le plus urgent, du moment que sa forme est visible. L’objectif est avant tout d’assurer une conservation durable des objets et de les rendre manipulables pour des expositions."
Micro-aspirateur, scalpel et solvants doux sont les outils de cette délicate restauration. "Ce sont des objets très beaux et intéressants à travailler, juge Marie Peillet. Dans les objets modernes, faits de plusieurs matériaux, il y a des interactions. Des colliers sont faits de cuir et métal par exemple, ce sont des matières qui cohabitent mal, l’un n’aime pas l’humidité, l’autre en a besoin. Il s’agit de les faire cohabiter durablement sans trop de dommages."
Ce nettoyage, respectueux des matières, a rendu leur beauté d’origine aux bijoux : pureté des couleurs, éclat du métal, transparence des perles de verre… Décidément, les créations d’Elsa ont un chic fou, d’une modernité étonnante. L’intervention de Marie Peillet a aussi permis d’en savoir plus sur les matériaux utilisés il y a 90 ans par Elsa Triolet. "Il y a beaucoup de verre et de pâte de verre, un peu de textile, du cuir, du métal, précise la spécialiste. Certains colliers qui paraissaient en porcelaine sont en fait en pâte de verre. Les titres qu’elle donnait se référaient plus à l’aspect qu’au matériau. Par exemple, le collier noix de coco est fait de billes de verre et de cuir fin, le collier palmier est une marqueterie de paille sur du cuir." Enfin, Marie Peillet a remis les colliers en forme pour rendre visibles les motifs et l’agencement des pièces. Ce faisant, elle a mis au jour quelques "tricheries" de la créatrice, comme cette pastille de verre cousue en plus dans un assemblage pour assurer la rondeur parfaite du collier sur un cou.
Cette restauration professionnelle, financée en partie par le Fonds régional de restauration et d’acquisition des bibliothèques (FRRAB), poursuit le travail engagé par la Ville depuis quelques années pour valoriser ce fonds patrimonial. En 2011, ils ont fait l’objet d’une étude détaillée par une étudiante de l’École du Louvre, qui a en même temps commencé à assurer leur conservation. "Les prochaines étapes sont la publication d’un catalogue puis la réalisation d’une exposition", précise Martine Thomas, chargée du patrimoine. Les colliers de haute couture créés par Elsa Triolet sont des objets rares et beaux qu’il s’agit de rendre au public, au public stéphanais et à tous les amateurs d’art.

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