(fil-fax 23/11/13)
Coup de tonnerre jeudi soir à la section socialiste du Havre : La liste proposée pour les prochaines élections municipales par Camille Galap chef de file désigné le 16 octobre à l’issue d’une primaire est rejetée par les militants. Le score est sans appel : 95 voix contre, 20 pour et 28 blancs ou nuls. A peine un militant sur deux s’est déplacé pour voter. Dans la nuit, Camille Galap tire les conséquences de ce desavœu et dans un communiqué annonce qu’il reprend sa « liberté » et qu’il conduira « une liste ouverte, de socialistes, d’écologistes, de femmes et d’hommes de gauche, une équipe libre, unie, rassemblée et compétente ». Il dénonce au passage « la guerre de tranchée » qu’il dit avoir subit ces dernières semaines « non pas sur le contenu du programme, ni sur les valeurs (…), mais pour un bien rare et précieux, l’ordre des places sur la liste, et notamment celles des élus ». Avant de conclure : « Le vote montre (…) une nécessité de renouvellement des pratiques et des hommes ».
Cet épisode pas complètement inattendu survient alors même que Laurent Logiou, le rival malheureux de Camille Galap à la primaire, un temps écarté de la liste, venait d’être réintégré, à la septième place. Mais ses partisans majoritaires dans la section ont jugé ce geste insuffisant. Lui-même se défend pourtant de réclamer de figurer en haut de la liste. « Au contraire, j’ai proposé à Camille, que je soutiens, de figurer à la dernière place pour pousser la liste », assure-t-il. Mettant cet épisode sur le compte de « l’inexpérience », il dit toujours considérer Camille Galap comme « le premier des socialistes » au Havre en l’encourageant à présenter une nouvelle mouture de la liste, dans les huit jours, comme le prévoit les statuts du parti. Cette hypothèse reste toutefois peu probable. Le troisième candidat de la primaire, Armand Legay, un représentant de l’aile gauche, n’y croit plus et plaide pour la désignation d’un nouveau chef de file, mais cette fois uniquement en interne.
Cette crise a pour racines le décalage entre l’état d’esprit des militants et celui des électeurs de la primaire. Les premiers sont acquis à Laurent Logiou, chef de file local du PS depuis une douzaine d’années, tandis que les seconds ont plébiscité Camille Galap, ex-président de l’université mais adhérent de fraiche date, dont les soutiens sont majoritairement hors du PS. Indépendant du parti le temps de la primaire, Camille Galap s’est aperçu ensuite qu’il devait composer avec les adhérents. Ce qu’il n’a pas réussi à faire. Imaginées pour faire émerger un nouveau chef de file, les primaires se sont finalement avérées un redoutable piège pour les socialistes. Il reviendra aux instances fédérales et nationales du parti de démêler, dans les heures qui viennent, une situation passablement embrouillée. Mais pas inhabituelle. Depuis les années 1960, de crise en crise, le PS havrais n’a jamais réussi à s’affirmer comme une alternative crédible à la droite et au PCF qui jouent ici tranquillement les premiers rôles.
Dominique Aubin