
Lundi c'est le grand jour pour l'une de mes collègues ex-crabolottes : elle va se faire replanter des tétés. À Paris, rien que ça, avec un grand professeur, figurez-vous. Deux tétés tout droits comme les petites montagnes d'un paysage nommé "Désir" sur lesquelles le printemps verra fleurir de jolies bourgeons de bonheur. Comme elle va être belle. Comme elle va se pavaner.
C'est le bout du tunnel, la petite sucrerie qui fond sur le bout de l'impatience. La reconstruction, c'est une boucle bouclée, l'accès au sommet d'un périple haut en douleurs. Faire croire que tout ceci passe comme une lettre à la poste, ce serait mentir. Mais l'étape sur les Champs Élysées, aussi difficile et intense soit-elle, se termine tout de même sur le podium de l'arrivée finale et les nouveaux tétés sont, j'imagine, reçus comme des trophées bien plus légers tout de même que ceux dont on nous a un jour délestées.
Catherine se fout clairement de ma gueule quand je lui parle de mon ange Lauviah. Pas une once de reconnaissance, alors que c'est quand même grâce à moi qu'elle a eu son rendez-vous in extremis chez l'anesthésiste, du fait de la connexion de mon ange avec le sien, l'ange Ménadel. Pffff, vous vous rendez compte ? Elle me regarde un peu avec les mêmes yeux que mon mari ce matin quand j'ai dansé 30 minutes non-stop, version cardio-intense (allez toutes vous faire foutre les salles de sport, ndlr) sur de la musique à fond. Des yeux qui disent : "Ma femme est folle mais qu'est-ce que je l'aime." Catherine ne dit pas qu'elle m'aime. Mais je crois, qu'elle m'aime bien. Peut-être que je me vante ?
Le cancer, c'est ça aussi. De nouvelles rencontres. De nouvelles aventures. Ainsi Catherine m'a proposé de faire une stage de chant afghan fin février. Un genre de truc comme ça, très primitif. Fouyouyou. Et puis ce matin, elle m'a envoyé un mail pour me proposer un rallye dans le désert d'Agadir au profit des femmes marocaines touchées par le cancer du sein. Je ne sais pas si je suis folle mais si c'est le cas, je ne suis pas seule sur cette terre. Et c'est tant mieux. "Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais" disait Oscar Wilde.
Le cancer rend fou, ça c'est sûr. Fou d'angoisse et de tristesse. Il rend aussi fou de désir et d'envie de vivre. Il change les minutes en or, les amitiés en béton, les amours en diamant. Je voulais dédier ce petit texte à Catherine et lui dire que tous mes moments de méditation ou de monologue avec mon doudou ange-gardien pendant les prochains jours, prochaines semaines, feront un crochet par son histoire. Ça y est Catherine, te voilà bientôt au bout de ta peine ! Je ne dis pas "Courage!" comme tu le sais, je te dis "À bientôt". Pour partager la vie.