Lâchez-moi la grappe avec vos effets secondaires !


Lâchez-moi la grappe avec vos effets secondaires !

Je vais pousser un petit coup de gueule (c'est pô mon genre pourtant…). Mais une fois n'est pas coutume, il sera tout doux, tout zen, façon Mathieu Ricard. Pas un petit coup de gueule donc, mais un petit hululement de dépit. C'est doux ça comme entrée en matière, non?

ARRÊTEZ DE ME FAIRE CHIER AVEC VOS BOBOS DE CHIMIOTHÉES ! Scusez, fallait que ça sorte. Bon, ayé, je suis calmée.

Ce matin, tandis que je m'apprêtais à affronter le Taxotère qui est un peu le Godzilla des chimios dans l'inconscient collectif, j'avais la pêche et j'étais d'une sérénité de moniale. C'est que je me suis préparée pendant 15 jours comme une sportive de "presque" haut niveau pour que mon mental et mon physique soient prêts à la confrontation.
Danse cardio, marche rapide, longues marches, méditation, sophrologie, réflexologie, hypnose, magnétisme, lithothérapie, huiles essentielles, massages shiatsu, thalasso, crème hydratante sur toute la surface magique de mon corps d'athlète, joie de vivre, petits et grands plaisirs, convivialité à gogo, bonheurs familiaux en pagaille, repos et même un petit voyage avec mes copines, une expo de rêve et des tonnes de galettes des rois que même une fois j'ai eu la fève, sans tricher…

Digression : mon fils il est marrant. Ça fait 12 ans qu'il a la fève de toutes les galettes ou presque et il croit toujours qu'il est super chanceux ! Marrants les gosses, hein ?

Mon corps, mon esprit, mes alliés

J'ai mangé de la vie pour dire à mon corps et à mon esprit que j'étais à leurs côtés pour mener ce combat qui est en fait le nôtre. Et pour cette nouvelle étape, le Taxotère, j'ai préparé une stratégie.
Mon corps, je le sens de la tête aux doigts de pieds ; je le connais par cœur. Je lui dédie l'entièreté de mes faits, gestes et pensées pour qu'il soit d'attaque. Toutes ces activités me donnent un bon moral ; peu d'angoisses ces derniers temps, moins de stress, moins de pleurs. Rocky Balboa à côté de moi, c'est de la roupie de sansonnet !

Et patatras (sûrement pas!)

Et puis, ce matin, alors que je suis blindée, parée, telle une guerrière qui va au front, la tête pleine, le thorax en acier, la dague pointée vers l'inconnu, zen, décidée, confiante, j'ouvre les messages de mon blog et j'y trouve des petits mots gentiment assassins : je pense que celles qui me les envoient croient bien faire, je suis sûre que cela part d'un bon sentiment : il y a le "bon courage" que je déteste mais il y a surtout les paroles qui l'accompagnent : en substances, cela dit : "Profite des deux/trois premiers jours (on est en effet sous corticoïdes et donc au taquet au niveau patate) mais tu vas morfler dans la foulée." Faut être vraiment pas finaude pour balancer de telles conneries à quelqu'un qui va vivre une expérience nouvelle et inquiétante, que les autres VEULENT rendre inquiétante. Surtout que, et ce n'est pas moi qui le dit : AUCUNE D'ENTRE NOUS NE RÉAGIT DE LA MÊME MANIÈRE au traitement.
Le FEC100, première série de trois injections de chimio, est passée chez moi comme une lettre à la Poste et je ne suis pas seule dans ce cas. Oui, j'ai été fatiguée, parfois, oui, j'ai eu quelques migraines mais rien de terrassant. Le verdict du médecin ce matin avant l'injection du taxo en ce qui me concerne, c'est "très bonne tolérance au traitement". Et ce n'est pas parce que je suis magicienne, c'est parce que d'emblée, j'ai accueilli ce traitement comme une chance et non comme une contrainte. C'est lui qui va me guérir et je lui en suis en reconnaissante.

Positivons !
Ce blog est résolument positif. Ce blog est résolument tourné vers la vie et la guérison. Cela n'empêche pas les coups de mou mais vous remarquerez que, comme dans les comédies romantiques américaines, l'histoire se termine bien. Les coups de mou sont nécessaires pour franchir les étapes. Et dis donc, toi le lecteur ou la lectrice qui n'a pas le cancer, tu n'en as pas des coups de mou, des envies de tout foutre en l'air, des culpabilités, des stress, des souffrances, des angoisses ? Et alors, tu n'en meurs pas, hein? Moi non plus ! Ça s'appelle la vie.

Si épisodes délicats il y avait, je les garderais pour ma pomme car je n'oublie pas que
50 000 Françaises vont se voir annoncer un cancer du sein en 2014 et que certaines viendront chercher des réponses sur un blog comme le mien. J'ai connu des moments de souffrance, de dépit, presque de folie, dirais-je, mais jamais les mêmes que telle ou telle autre malade et je le redis, le pire pour moi fut le diagnostic, cette chute vertigineuse dans un puits qui semble sans fond ; dès que je suis entrée dans la phase combative, j'ai compris que beaucoup de choses dépendraient de moi. J'ai VOULU que beaucoup de choses dépendent de moi.

Pitié, parlez de tout mais pas avec tout le monde !
Vous, les ex-malades ou celles qui sont toujours en traitement, en récidives, je compatis et vous n'imaginez sans doute pas à quel point, je vous inclues dans mes pensées pour que les choses aillent mieux. Mais, pitié, épargnez les nouvelles venues ou celles qui sont en cours de traitement avec vos décharges électriques maladroites. La chimio se passe mal pour vous ? J'en suis navrée, mais sachant l'impact que peut avoir le récit de l'expérience de l'autre sur le moral, ne lâchez pas vos boules "tuantes", aussi bienveillantes soient-elles, dans des esprits déjà tellement fragilisés. Il n'y a pas de normes, vous ne détenez pas d'autre vérité que la vôtre. Je reste convaincue que l'esprit a un impact énorme sur l'appréhension du traitement et que c'est dans la positivité que l'on trouve aussi des réponses. Ce n'est pas mener une politique de l'autruche ; c'est mener une politique de l'espoir, de la combativité. Pensez à ces gosses en Syrie qui vont le sourire aux lèvres à l'école tandis qu'une bombe tombe sur l'immeuble d'à-côté. Ils voudraient faire de la chimio ces gamins pour que cesse leur cauchemar. Ils n'ont pas notre chance.

Chez moi, la combativité, la fureur de vivre sont chevillées au corps et je veux qu'elles le soient chez toutes les nouvelles venues au club du lance pigot endiablé parce que nous allons lui faire la peau à ce PUTAIN DE CANCER ! Compris ?

Illustration : Seagourney Weaver se fait susurrer des trucs pas cools à l'oreille par un alien…

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