
La semaine dernière, j'ai fait mon échographie cardiaque de milieu de chimio. Une étape normale. Le cardiologue m'a dit : "Parfait !" Ce à quoi j'ai répondu : "Ouf" et "Chouette".
Bon, les futures chimiothées, même si un protocole de traitement ne fait pas l'autre, force est de constater qu'il y a tout de même des schémas assez classiques pouvant se résumer comme suit : chirurgie + chimio + radiothérapie + hormonothérapie. Attention, c'est pas toujours comme ça, ça va dépendre de plein de choses, ne vous formalisez donc pas si pour vous, c'est différent. On ne le répétera jamais assez : un cas ne fait pas l'autre. Bref, pour moi en tout cas, c'est le menu des réjouissances et au bout de la troisième injection de Fec100 (premier produit de chimio injecté), on se doit de faire une petite écho cardiaque pour s'assurer que le produit, assez nocif pour le cœur, n'a pas fait de dégâts.
Je me rends donc à l'hôpital Jacques Monod du Havre en ce jeudi 9 janvier pour pratiquer ladite échographie de contrôle. Et comme toujours, j'ai pris mes grigris pour me protéger et être le plus zen possible. L'échographe, un fort bel homme ma foi, la petite soixantaine, moustache façon Les Brigades du tigre, le cheveu poivre et sel, m'accueille sur son petit dodo près de sa grosse machine à tripatouiller les cœurs (un bourreau des cœurs?) et me dépose sur le sein rescapé une belle dosette du liquide gluant nécessaire pour réaliser une échographie.
Je lui dis avec le sourire : "Ah, le fameux produit !" Ce à quoi, il répond : "Oui en effet. Ceci dit, vous avez dans le corps actuellement des produits bien plus toxiques que celui-là."
Ah. Le manque de second de degré chez le savant et cette nécessité de toujours pointer le négatif…. Sauf que moi, les savants, je les ai à l'œil !
– Certes, lui rétorque-je. Mais, selon moi, ce n'est pas comme cela qu'il faut prendre la chose.
La moustache se plisse… "Ah bon ?" questionne le savant, perplexe.
– En effet, continue-je, avant de souligner la toxicité de la chimio, vous devriez en souligner l'avantage en termes curatifs. C'est quand même ça le plus important. Bien sûr, il ne faut pas nier que les produits sont puissants mais avant de nous dégrader, ils sont là pour nous soigner."
Et toc.
Bah oui. Ces chimios qui nous font plus ou moins souffrir, ce sont des petits mauvais moments à passer. Mais, dans la plupart des cas, le jeu en vaut la chandelle : c'est pour ne pas mourir que l'on nous injecte ce type de produits. Alors un p'tit peu de respect s'il vous plaît ! Fec100 et Taxotère, même si j'avoue que votre compagnie ne me manquera pas, je vous suis reconnaissante de ce que vous faites pour moi. Je tenais à vous le dire. (Oui, je suis comme ça, moi, je parle aux choses). Et, à le repréciser à mon petit pince-sans-rire d'échographe qui n'a pas vraiment eu l'air de capter ma philosophie médicale.
Bref
Donc l'échographie se déroule ; je vois mon petit savant qui grimace ; je me dis : "La vache, il doit y avoir quelque chose qui ne va pas…" Mais je décide de faire motus et bouche cousue et d'attendre sagement la fin de l'examen (tout en guettant du coin de l'œil, les mimiques du savant) et le verdict : "Alors ?"
– Alors ? Parfait.
– Ouf !
Digression n°1 : Le savant faisait la grimace car en fait, il galérait un peu pour faire son examen, techniquement parlant. Si, par hasard, certains savants lisent ce blog, qu'ils prennent ceci en considération : le patient est une petite chose fragile qui guette le moindre froncement de vos sourcils et assurément, il le prend pour lui, comme un signe de mauvais augure. Si d'aventure vous pouviez prendre en compte cette petite requête, j'en serais fort aise. Car si mauvaise nouvelle, il devait y avoir, il sera toujours temps de l'annoncer. Inutile de stresser davantage votre proie.
Digression n°2 : En parlant d'annonce, il existe dans les services d'oncologie (et aussi peut-être ailleurs ?), un terme qui me révulse : le terme "infirmière d'annonce". Annonce de quoi ? De votre décès à venir ? De la prolifération des métastases ? De votre mariage ? De la mise en vente sur le bon coin d'un ensemble drap + enveloppe de couette à prix défiant toute concurrence ? Je me demande parfois, qui décide de ce genre d'appellations et comment peut-on espérer adoucir le malheur, quand il arrive, avec ce type de concept? Ah, milieu médical, tu restes un mystère pour moi… Et ce n'est pas selon moi, parce que tu nous soignes et que tu nous sauves, souvent, que tu as tous les droits !
Bref n°2
Donc mon cœur est bon et pendant que le savant rédige son rapport, je textote à mon amoureux : "Mon cœur est parfait. Il t'aimera encore longtemps". Je suis comme qui dirait soulagée que les choses s'enchaînent plutôt bien. Chaque petite victoire est un coup de pouce pour le moral, un pas vers le bout du tunnel.
Digression n°3 : Le savant a des soucis avec son imprimante. Comme il était amusant le pauvre bichon quand il se démenait pour trouver la solution pour imprimer son papier. Ce gars-là doit pratiquer des opérations à cœur ouvert, d'une précision hors normes et le voici fort dépourvu face à une pauvre petite imprimante, obligé d'appeler à la rescousse une infirmière, bien plus douée que lui en la matière, visiblement. Comme il était mimi, le p'tit bonhomme.
Digression n°4 : Rien à voir avec la choucroute mais ça me fait penser qu'en termes d'égalité homme/femme, le milieu médical a encore un long bout de chemin à faire. Caricature entre toutes les caricatures : les darons du bistouri sont des bonshommes, les infirmières sont des bonnes femmes quant au personnel administratif, je n'ose même pas évoquer les quotas…
Bref n°3
Une fois que mon p'tit bonhomme a trouvé le moyen d'imprimer son papelard, il me le remet. Nous nous saluons et hop, direction mes pénates ! Je prends l'ascenseur (je suis au 6è étage) et bien sûr, j'ouvre le compte-rendu et je le lis. Et là, patatras, je vois quelque chose qui ne me plaît pas du tout, mais alors, pas du tout. En haut, à gauche, est écrit : "qualité de l'examen : médiocre". Qu'est-ce que c'est que ce bazar ? Ni une ni deux, sans même sortir de l'ascenseur, je remonte au numéro 6 et me voilà partie à la recherche du moustachu poivre et sel. Je finis par l'attraper, je déplie mon papier et je lui montre du bout du doigt la phrase de la terreur : "S'il vous plaît, m'sieur le savant, c'est quoi ça ?"
– Ah bah la qualité de votre examen est en effet médiocre.
– Mais vous venez de me dire que mon cœur était parfait ?!
– Bah ça n'a rien à voir. Votre cœur est parfait mais, techniquement parlant, l'accès à ce dernier n'était pas aisé (pour diverses raisons classiques), cela arrive fréquemment et n'influe aucunement sur le résultat.
Imaginez que je n'ai pas ouvert le compte-rendu tout de suite ? Imaginez que je l'ai fait le soir quand le moustachu aurait depuis belle lurette quitté son hosto pour retrouver sa belle maison, sa jolie femme et ses pantoufles, hein imaginez ? Qu'est-ce que j'aurais dû faire de cet élément ?
Font vraiment chier des fois les savants…
Et pis "logue"
De retour dans ma voiture, j'allume la radio et là, je tombe sur une chanson d'Aznavour que j'adore.
Au moment où j'appuie sur le bouton, j'entends pile poil "Et mon cœur délivré …". Je le prends comme un nouveau symbole de synchronicité. Et comme j'ai le symbole sélectif (tout comme la mémoire), j'ai retenu de cette chanson, les paroles qui m'intéressaient à ce moment précis :
Un beau matin je sais que je m'éveillerai
Différemment de tous les autres jours
Et mon cœur délivré….
…/…
Et pourtant, pourtant, je n'aime que toi (mon mari)
…/…
Il faudra bien que je retrouve ma raison
Mon insouciance et mes élans de joie
Que je parte à jamais pour échapper à toi (le cancer)
…/…
Quand je pourrai repenser l'avenir
Tu ne deviendras pour moi qu'un lointain souvenir
Quand mon mal et ma peur
Et mes pleurs
Vont finir
J'ai chanté à tue-tête, des larmes plein la voix. C'était des larmes de joie. Puis, Dave a enchaîné avec Vanina, un tube que j'adore et que j'ai beuglé allègrement en conduisant, ce qui m'a valu les yeux ronds de mon voisin de voiture. Comme un faucon, mon cœur s'est envolé. Qu'est-ce que j'aime la vie dans ces moments-là ! Et le ballot de voisin de voiture, lui, ne sait pas pourquoi ! Tee hi !