Après Saint Romain de Colbosc l’année dernière, j’ai eu le plaisir d’organiser ma deuxième cérémonie de vœux de Députée, au Gymnase Mamie Bréant de Goderville, aux côtés de Jacques Dellerie, mon suppléant, et de Jacques Bunel, futur maire honoraire de la commune. Je remercie chaleureusement le public venu nombreux… Retour en images…

Faisant suite à la demande de plusieurs d’entre-vous, vous trouverez ci-dessous le texte du discours que j’ai prononcé à cette occasion.
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Monsieur le Maire de Goderville, -cher Jacques Bunel,Monsieur le Député suppléant, -cher Jacques Dellerie,Mesdames et Messieurs les élus, -conseillers régionaux, conseillers généraux (Jean-François Mayer, Denis Merville -président de l’association des maires du Département), maires, élus municipaux et communautaires, chers collègues,
Mesdames et Messieurs les représentants des entreprises, des associations, des autorités civiles, militaires et religieuses,
Mesdames et Messieurs les représentants de la presse,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,
Je veux commencer mon intervention par vous dire le plaisir que j’ai de vous retrouver ce soir à Goderville et vous remercier de votre présence particulièrement nombreuse et chaleureuse.
Je remercie très sincèrement Jacques BUNEL à la fois pour le prêt gracieux de ce Gymnase communal Mamie Bréant, pour l’aide de son équipe municipale à l’organisation de cette salle et pour les quelques mots d’accueil qu’il a bien voulu prononcer. Je sais qu’il est rompu à ce type d’exercice, ayant déjà eu l’occasion d’introduire, à plusieurs reprises je crois, les cérémonies de vœux de député de mon prédécesseur. A croire que les députés passent, mais que Jacques BUNEL demeure…
Eh bien non, figurez-vous ! Il se trouve en effet qu’après 36 années de mandats municipaux, dont 17 en tant que Maire, Jacques a décidé de faire valoir ses droits à la retraite. Même s’il ne dispose pas des 37,5 annuités requises (il est né avant le 1er janvier 1958), il la mérite au regard de toutes ces années de bons et loyaux et services, et de la responsabilité de la charge qu’il a assumée. Cela valait bien un petit présent. Qu’il ne s’imagine toutefois pas qu’il s’agit d’un whisky ou d’un Calvados de 36 ans d’âge, et encore moins d’un grand cru millésimé 1977, année de son entrée au Conseil municipal de Goderville !
A travers l’hommage rendu à Jacques BUNEL, je veux saluer, plus globalement, l’ensemble des élus présents ce soir – maires, conseillers municipaux et communautaires -, qui ont décidé de ne pas se représenter au mois de mars. Et je souhaite bonne chance à celles et ceux qui souhaitent rempiler, en précisant que je ne m’immiscerai pas dans ces échéances électorales (sauf évidemment dans la Ville où je suis candidate), ces élections obéissant par définition à des logiques et à des problématiques avant tout communales. Il ne s’agit donc pas ce soir de lancer un quelconque Comité de soutien…même si je garde un souvenir très agréable de la soirée de mai 2012 que Jacques a évoqué dans son propos liminaire.
Dans le cadre de cette partie « hommages et remerciements » de mon discours, je ne peux pas ne pas rendre de nouveau un hommage appuyé à un autre Jacques, Jacques DELLERIE, mon suppléant en or, élu de longue date lui aussi. Compétences, disponibilité, loyauté, qualités humaines, humour (comme peuvent en témoigner ses collègues du canton de Saint Romain) : je vous le dis comme je le pense, ce n’est plus un suppléant, c’est le Quinté +, un vrai mec formidable comme le dit Stromae dans sa chanson. Mon cher Jacques, pour l’ensemble de ton œuvre et même si je sais que tu n’as pas l’intention de décrocher (ce dont je me réjouis), tu mérites toi aussi un petit cadeau…assorti d’un gros boujou bien mérité.
Avec Jacques, nous mesurons l’honneur et la responsabilité qui nous a été confiée à travers le suffrage universel direct, de vous représenter à l’Assemblée nationale, et nous sommes particulièrement heureux de vous rendre compte de l’exercice de notre mandat à l’occasion de cette deuxième cérémonie de vœux de la 9ème circonscription. Selon la tradition établie l’an dernier à Saint-Romain, cette cérémonie a vocation à être organisée chaque année à tour de rôle dans l’un des chefs-lieux de canton de la circonscription, et dans les derniers jours de l’ultime semaine du mois de janvier. Les maires et Présidents d’abord, la députée enfin : c’est une formule qui me convient bien et qui m’offre la possibilité d’essayer de répondre aux préoccupations d’ordre national ou local qui s’expriment lors des précédentes cérémonies auxquelles je peux assister….Je précise à ce sujet que, n’ayant toujours pas le don d’ubiquité ni de téléportation, pas plus en 2013 qu’en 2014, il ne m’a pas été possible d’être présente dans chacune des 130 communes, d’autant que les cérémonies de vœux ont souvent lieu à la même heure. J’ai toutefois participé à plusieurs dizaines d’entre elles et, comme je lis la presse, j’ai bien noté les interrogations qui reviennent le plus souvent cette année, à savoir la mise en œuvre de la réforme des rythmes scolaires et la constitution avortée du Pôle métropolitain de l’Estuaire. J’y reviendrai, ne souhaitant laisser aucun sujet sous le tapis.
Voilà désormais 18 mois que je suis devenue Députée de cette circonscription. Pour moi comme pour les parlementaires de la majorité, ces 18 mois de responsabilité n’ont pas été un long fleuve tranquille, ni un chemin pavé de roses.
Une opposition revancharde – et, de ce point de vue, les séances bihebdomadaires des questions au gouvernement sont une épreuve et un triste spectacle – voire, pour une partie d’entre-elle, réactionnaire – à l’image de la manifestation organisée ce dimanche dernier par le collectif «Jour de colère » – qui nous reproche aujourd’hui de ne pas avoir réussi en 18 mois ce qu’elle a été incapable de faire pendant une décennie ; une Gauche sevrée de toutes responsabilités nationales depuis 10 ans – autant de frustrations et d’impatiences accumulées ! ; un monde du travail particulièrement malmené ces dernières années : de fait, nous agissons depuis un an et demi dans un contexte de haute turbulence sociale et politique. Avec en toile de fond, à l’échelle européenne et mondiale, une crise économique et financière exceptionnelle par sa gravité et sa durée. Nous nous situons ainsi dans un entre-deux historique instable et inconfortable : notre ancien modèle de développement n’a pas encore tout à fait disparu tandis que le modèle appelé à le remplacer n’a pas encore vraiment vu le jour. Cette mue nécessairement longue s’accommode mal du temps court de la politique, et encore moins de la « dictature » du quotidien, de l’immédiateté et de l’urgence qui caractérise aujourd’hui nos sociétés.
Cette culture de l’instantanéité, à laquelle participent les réseaux sociaux, les chaines d’information en continu et une poignée de chroniqueurs politiques multimédia, bouleverse profondément notre rapport à l’espace, au temps et à la politique. Il devient en effet de plus en plus difficile, dans ces conditions, de faire ressortir de manière pédagogique la cohérence d’une action publique, laquelle ne peut s’apprécier que sur le moyen ou le long terme, avec le recul et la hauteur de vue nécessaires par rapport à l’écume des jours.
A rebours de cette nécessité, les médias nous abreuvent de débats aussi futiles que stériles : Le Front national est-il un parti d’extrême droite ? Que signifie la quenelle de Dieudonné ? Nicolas Sarkozy peut-il, doit-il, va-t-il revenir ? Le Président de la République aurait-il dû informer les Français de l’intervention chirurgicale qu’il a subie avant d’entamer sa campagne ? Faut-il un statut de première dame ? François Hollande a-t-il un cap ? Doit-il changer de cap ? Va-t-il changer de cap ? A-t-il changé de cap ?
Tous ces sujets font l’objet d’analyses définitives et péremptoires ou, au contraire, de circonvolutions en mode « Oui, mais non » voire « non, mais oui » qui, au final, n’apportent pas grand-chose au débat public et à la vitalité de notre démocratie.
Le cap de ce quinquennat, c’est d’assurer le redressement du pays dans la justice et de permettre à la génération qui vient de vivre mieux que celle qui l’a précédée. Il tient en une phrase et même en quelques mots : Redressement, Justice, Jeunesse et préparation de l’avenir.
Depuis l’élection de François Hollande, notre majorité met tout en œuvre pour redresser notre économie et notre appareil productif, lesquels ont beaucoup souffert ces 10 dernières années, notamment depuis 2008.
Ainsi, tous les moyens sont mobilisés pour inverser la courbe du chômage : contrats de génération, emplois d’avenir, crédit d’impôt compétitivité emploi qui permet d’abaisser de 6% le coût du travail, plan exceptionnel de formation sur les métiers dits « en tension », renforcement du service public de l’emploi avec le recrutement de 4000 nouveaux agents à Pôle emploi, soutien à l’emploi associatif avec l’abaissement, depuis le 1er janvier 2014, de la taxe sur les salaires versée par les associations, montée en puissance de la Banque publique d’investissement, qui soutient les projets, l’innovation et la trésorerie des entreprises…
Malgré tous ces efforts, et parce qu’il faut bien appeler un chat un chat, les résultats ne sont pas à la hauteur de nos attentes et de nos espérances. En effet, comme vous le savez, l’objectif à la fois symbolique et mobilisateur d’inverser la courbe du chômage au 31 décembre 2013 n’a malheureusement pu être atteint, sauf -et c’est un point essentiel- pour le chômage des jeunes qui diminue pour le 8ème mois consécutif, ce dont nous ne pouvons que nous réjouir. Autre motif d’espoir pour l‘avenir, la hausse du chômage constatée en 2013 s’est tarie trimestre après trimestre. Dans le même ordre d’idée encourageant pour la suite, il faut également souligner que le chômage des 26-49 ans a baissé au dernier trimestre 2013 et que l’intérim, souvent considéré comme un indicateur précurseur de reprise d’activité, progresse pour le 3ème mois consécutif dans notre Région, avec 600 postes supplémentaires au mois de novembre. Cette amélioration, encore partielle, insuffisante et fragile, est à mettre en relation avec le petit rebond (+0,5%) de croissance du dernier trimestre de l’année 2013.
Il ne s’agit donc pas de baisser les bras, mais au contraire de redoubler d’efforts.
En 2014 comme en 2013, la bataille pour l’emploi constituera donc la mère de toutes les batailles. Elle appelle la mobilisation de tous et de tous les instants.
Dans cette perspective, l’arsenal anti-chômage va être renforcé. A la fois au plan offensif (avec 50 000 emplois d’avenir et 100 000 offres de formation supplémentaires, la montée en puissance des contrats de génération et du Crédit d’impôt compétitivité emploi, les 34 plans de reconquête industrielle ciblés sur les filières d’avenir, les investissements d’avenir comme la LNPN et la modernisation du réseau ferroviaire…). Au plan défensif aussi (avec un fonds de retournement économique de 300 millions d’euros pour les entreprises viables en proie à des difficultés de trésorerie, l’adoption à venir de la loi obligeant les grandes entreprises à trouver un repreneur en cas de fermeture de site, le renforcement obtenu de haute lutte au niveau européen de la réglementation sur les travailleurs détachés pour lutter contre le dumping social et salarial). Au plan structurel enfin (avec la réforme de la formation professionnelle dont le projet de loi a été présenté au Conseil des ministres du 22 janvier, la simplification des démarches administratives des entreprises)…
2014 sera également marquée par la construction du Pacte de responsabilité voulu par le Président de la République pour redonner aux entreprises, notamment aux PME -et elles sont nombreuses dans notre circonscription-, un peu d’oxygène et de marges de manœuvre. Nous serons vigilants sur les contreparties qui doivent être « claires, précises, mesurables et vérifiables », avec un impact positif sur l’emploi. Des engagements devront être pris sur la création d’emplois, en particulier pour les jeunes et les séniors, mais aussi sur la formation, la qualité des emplois, la lutte contre la précarité et les investissements en France. Ces contreparties devront être discutées entre partenaires sociaux en y associant le Parlement et les branches professionnelles. Et je participerai activement à ces débats.
Le redressement du pays et de son économie, c’est aussi le redressement de nos comptes publics. Après 600 milliards de dettes supplémentaires en 5 ans et un déficit public moyen de 6,7% du PIB sur les 3 dernières années de la précédente législature, le remboursement de la charge de la dette constitue le 2ème poste de dépense de l’Etat. Chacun peut comprendre qu’une telle situation n’est pas tenable sur le long terme et que nous ne pouvons indéfiniment transférer ce fardeau aux générations futures. C’est une responsabilité à laquelle nous ne pouvons nous soustraire. Et c’est la raison pour laquelle, conformément à la feuille de route qui figurait dans les 60 engagements du candidat Hollande, notre majorité s’est fixée pour objectif de diminuer notre taux d’endettement public, lequel a été ramené à 4,8% du PIB en 2012, puis à 4,1% en 2013.
L’effort demandé pour atteindre cet objectif a prioritairement concerné les ménages les plus aisés qui ont été, conformément aux engagements pris durant la campagne présidentielle, les plus fortement mis à contribution à travers notamment : la création d’une nouvelle tranche d’imposition à 45% pour les contribuables déclarant plus de 150 000€ par part fiscale ; le plafonnement des avantages liés aux niches fiscales ; l’alignement de l’imposition des revenus du capital sur ceux du travail ; la suppression du prélèvement forfaitaire obligatoire qui bénéficiait aux plus hauts revenus ; la réforme de l’ISF ; la taxe à 75% (qui a fait couler beaucoup d’encre) sur les salaires supérieurs à 1 M€ par an. J’ajoute une lutte acharnée, au plan national et européen, contre la fraude, l’optimisation, l’évasion fiscale et les paradis fiscaux et la mise en place, au plan européen, d’outils de surveillance des 300 plus grandes banques du continent.
Au final, 60% des efforts fiscaux sollicités ont été fournis par 20% des ménages les plus aisés. Cela ne signifie pas pour autant que les classes moyennes et populaires n’ont pas été mises à contribution, à travers notamment l’augmentation (mesurée) des taux de TVA qui est intervenue le 1er janvier 2014. Bien sûr, nous aurions préféré l’éviter mais il faut assumer parce que l’équilibre du budget qu’elle soutient permet le maintien de nos acquis sociaux en termes de protection sociale, d’assurance chômage, de retraite, de minima sociaux. Je sais aussi, pour l’avoir constaté lors de mes permanences, que des personnes qui n’étaient jusqu’alors pas imposables sont entrées dans l’impôt, souvent d’ailleurs du fait de décisions prises par l’ancienne majorité. Pour résoudre ces situations, nous avons intégré un certain nombre de mesures dans le projet de loi de finances pour 2014 : dégel du barème de l’impôt sur le revenu fiscal de référence, augmentation du montant de la décote (c’est-à-dire une remise d’impôt) bénéficiant aux premières tranches d’imposition…
Il reste que notre système fiscal est à bout de souffle et a besoin d’une sérieuse remise à plat. Ce sera l’un des grands chantiers de l’année 2014, l’objectif étant d’aboutir à un système plus équitable, plus simple, plus efficace, qui permette une répartition plus équilibrée de la valeur ajoutée et des efforts entre le capital et le travail, les entreprises et les ménages, sans oublier la fiscalité locale. Et il y a du boulot !
C’est également au nom de la nécessité de redresser nos comptes publics que nous avons engagé la réforme des retraites. Nous ne l’avons pas faite par excès de masochisme, mais bien par esprit de responsabilité. Pour résorber les déficits attendus d’ici 2020, nous avons fait le choix d’une augmentation limitée des cotisations équitablement répartie entre tous (actifs du privé et du public, retraités, entreprises), contrairement aux réformes antérieures qui reposaient sur les seuls salariés. Cette solution apparaît plus pertinente et surtout socialement plus juste qu’une augmentation de la CSG, qui a avait été un temps évoquée. Et le choix a été fait de ne pas toucher au niveau des pensions actuellement redistribuées aux retraités.
Responsable et équilibrée, cette réforme comporte par ailleurs d’incontestables éléments de progrès, au service de la justice et de la lutte contre les inégalités : maintien de la retraite à 60 ans pour tous les salariés ayant commencé à travailler très jeunes et disposant du nombre de trimestres cotisés requis, création d’un compte pénibilité dès 2015 permettant aux personnes concernées (environ 3 millions) d’avancer leur départ en retraite et/ou de se reconvertir dans des emplois moins pénibles, meilleure prise en compte des temps partiels, des périodes de chômage, de formation, d’apprentissage ou de maternité dans le calcul des durées de cotisation, instauration d’un tarif préférentiel de rachat de trimestres pour les jeunes entrant dans la vie active… autant de mesures qui bénéficieront en premier lieu aux ouvriers, aux femmes et aux jeunes.
Le redressement, oui, mais dans la justice : justice fiscale (je viens d’en parler), mais aussi justice sociale (je viens d’en dire un mot) et enfin justice territoriale, laquelle suppose que, quel que soit leur lieu de résidence, tous les habitants puissent accéder aux services auxquels ils ont droit, que ce soit en matière de santé, de couverture internet, de sécurité des biens et des personnes ou encore de transports.
Le redressement dans la justice, c’est aussi la préservation du pouvoir d’achat des plus modestes. Ce à quoi nous avons veillé, dans un contexte budgétaire malheureusement contraint, en décidant l’extension des tarifs sociaux de l’énergie (électricité et gaz) dont le nombre de bénéficiaires a été multiplié par 2 depuis le 16 novembre (4 millions contre 2 auparavant) ; en décidant l’augmentation de 25% de l’allocation de rentrée scolaire, soit une aide supplémentaire moyenne de 75 euros pour 5 millions d’enfants ; en décidant de revaloriser le SMIC de 2% (et je suis favorable à ce que cette augmentation symbolique soit amplifiée) et le RSA de 10% sur l’ensemble du quinquennat ; ou encore en décidant la revalorisation du minimum vieillesse et l’augmentation de l’aide à la couverture santé des retraités. En organisant aussi le renforcement de la protection des consommateurs et le bouclier tarifaire (qui vise à limiter le montant des agios) pour les clients des banques.
Jamais les inégalités n’ont été aussi fortes dans le monde : les 85 personnes les plus riches du monde possèdent autant de richesse que la moitié la plus pauvre de l’humanité, soit plus de 3,5 milliards d’êtres humains. La montée des inégalités est considérée par les « experts » du Forum de Davos, qui ont consacré leur réunion annuelle à ce sujet, comme l’un des plus grands risques pour l’économie mondiale dans l’année qui vient, suivant en cela l’analyse d’Adam Smith qui considérait qu’une société ne peut prospérer si la plus grande partie de ses membres est pauvre.
Et pour qu’une société puisse aller de l’avant, il faut qu’elle prenne un soin particulier de sa jeunesse. Des jeunes qui doutent de leur avenir, c’est un pays qui se délite. C’est pourquoi, l’éducation est notre priorité. C’est à l’école que tout se joue, que chacun se construit et se donne des perspectives, et parce que nous savons tous que c’est à l’école que se forgent et se reproduisent les inégalités. J’ajoute que je suis particulièrement bien placée, à titre personnel, pour le savoir. Et j’en viens ici à un sujet de préoccupation majeure des équipes municipales, celui de la réforme des rythmes scolaires, évoquée par de nombreux maires dans leurs discours de vœux. A ceux qui doutent encore, je voudrais dire plusieurs choses. Tout d’abord, le plus dur, c’est de rentrer dans l’eau mais une fois qu’on y est, on s’aperçoit qu’elle n’est pas aussi froide que cela… Ensuite, que cette réforme s’inscrit dans un cadre plus général, celui de la refondation de l’école de la République, une refondation qui prévoit 60 000 recrutements sur 5 ans, le rétablissement de la formation des enseignants et la refonte des programmes, des moyens pour la lutte contre le décrochage scolaire et une meilleure intégration scolaire des enfants en situation de handicap (à ce stade, je veux me féliciter de l’obtention d’une classe ULIS supplémentaire, implantée au collège Roncherolles de Bolbec, suite à mon interpellation et conformément à la demande des familles). Enfin, que les écoliers français ont la semaine la plus courte et les journées les plus chargées des pays de l’OCDE, un frein au bon apprentissage des enseignements de base, ce qui conduit à une dégradation constante de leurs résultats. Et je veux rappeler que cette réforme est conçue pour les enfants les plus modestes : il s’agit ainsi de mieux répartir les temps d’apprentissage et de leur permettre d’accéder à des activités auxquelles ils n’ont pas accès. Favoriser la réussite scolaire et l’épanouissement des enfants, voilà les bénéfices attendus des nouveaux rythmes scolaires. Je n’ignore pas que ce changement, comme tout changement d’ailleurs, bouscule les habitudes établies. Mais je sais la détermination des équipes municipales à l’organiser dans les meilleures conditions. Je suis à leur écoute pour qu’elles me fassent remonter les éventuelles difficultés, souvent créées par des services académiques un peu rigides dans l’interprétation de la circulaire car des ajustements et des adaptations peuvent encore être apportées. Je veux aussi leur préciser que les incitations financières -le fonds d’amorçage et les subventions de la CAF- seront renforcées en 2014.
Plus que jamais, notre réussite collective implique des efforts, de la constance, de la détermination, du courage, du pragmatisme…et du temps, celui du quinquennat et de la législature.
En tant que représentante de la Nation, une et indivisible, je voudrais vous parler de notre pays, la France, et de notre territoire, la 9ème circonscription de la Seine-Maritime.
Le triomphe des français casqués de Daft Punk aux dernières cérémonies des Grammy Awards, la victoire de notre équipe de France de Handball, dimanche dernier, en finale du championnat d’Europe, la consécration continentale de notre équipe de Basket il y a quelques mois, la qualification inespérée de notre équipe de football pour la coupe du monde 2014, les succès plus lointains de Jean Dujardin : il ne faut pas remonter à Astérix, à la Révolution française ou au Conseil national de la Résistance pour comprendre que, placés dos au mur, la France et les Français sont capables de tout dès lors qu’ils jouent collectifs.
Mais, par un pied de nez dont nous avons le secret, cela ne nous empêche pas d’être aussi les champions du monde toutes catégories du pessimisme, de l’autodénigrement et du France bashing.
A tous les déclinologues qui, en France et à l’étranger, se plaisent à dénigrer notre pays, je voudrais rétorquer :
« Cher Monsieur (ou chère madame, car le France bashing n’est pas l’apanage de la gente masculine),
Savez-vous que la France est la 5ème puissance économique mondiale en termes de PIB ?
Savez-vous que notre pays se situait en 2012 au 1er rang des implantations industrielles et au 3ème rang au classement global de l’attractivité, derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne ?
Savez-vous que pas moins de 90 entreprises françaises figurent au palmarès 2013 des 500 start-up à la croissance la plus rapide en Europe, dont la première place ?
Savez-vous que 12 entreprises françaises figurent dans le top 100 des entreprises les plus innovantes ?
Savez-vous que la France est la deuxième puissance agricole au monde ?
Savez-vous que la France est la 3ème destination attirant les étudiants étrangers ?
Savez-vous que les travailleurs français sont parmi les plus productifs au monde, juste derrière les Etats-Unis mais devant l’Allemagne ?
Savez-vous que notre taux de fécondité est le deuxième plus élevé d’Europe, derrière l’Irlande ?
Savez-vous que l’espérance de vie à la naissance est, aussi bien pour les hommes que pour les femmes, plus élevée en France qu’aux Etats-Unis ou en Allemagne ?
Savez-vous que la France est la première destination touristique mondiale, loin devant les Etats-Unis et la Chine ? ».
Sans verser dans l’autosatisfaction béate (et malvenue, au regard des difficultés que nous pouvons rencontrer par ailleurs), vous avouerez quand même que ce n’est pas si mal pour un pays dont certains médias étrangers se plaisent à dire qu’il est peuplé de « branquignoles ». Alors, pour reprendre une célèbre réplique que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître : « Camembert les tracteurs » ! (Jean Pierre Papin dans les Guignols de l’info).
A l’image de la France, notre circonscription ne manque pas d’atouts, avec notamment, outre la sépulture d’André Gide à Cuverville en Caux et le château de Sissi à Sassetot le Mauconduit :
Un port de pêche, Fécamp, « qui entend le rester », pour reprendre la fameuse formule du Général de Gaulle… mais qui entend aussi se positionner au cœur d’une future agglomération élargie, rendue possible grâce à un amendement que j’ai fait adopter par l’Assemblée et qui a définitivement été validé par le Conseil constitutionnel le 23 janvier dernier. Un cœur d’agglomération qui entend aussi prendre toute sa place dans la filière de transition énergétique avec le projet éolien en mer qui avance à grands pas et la promesse de nombreuses créations d’emplois et de grandes perspectives de développement.
Autre atout de poids, les falaises mondialement connues d’Etretat, véritable locomotive touristique pour l’ensemble de notre territoire et qui est l’objet de toutes les attentions dans le cadre de l’opération « Grands sites » pilotée par le Département.
Mais aussi les clos mesures du Pays de Caux, que nous espérons faire inscrire au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Et encore, l’usine Renault de Sandouville, fleuron industriel de notre région, qui lui aussi « entend le rester » et qui fête cette année ses 50 ans en lançant sa nouvelle chaîne de production de véhicules utilitaires. Renault-Sandouville, c’est aussi le projet de déconstruction de véhicules hors d’usage pour lequel le Premier ministre m’a confié une mission d’étude élargie à la déconstruction de l’ensemble des matériels de transports. Après des dizaines d’auditions, je rendrai mon rapport dans les prochaines semaines. Vous savez mon investissement sur ce dossier, aussi en tant que présidente du groupe d’études automobile de l’Assemblée Nationale. A ce stade, je veux dire un mot de ma satisfaction d’avoir pu contribuer au règlement de la situation des anciens salariés de Renault Sandouville dits les PRV. Grâce à la détermination de leur collectif, à l’opiniâtreté de leur avocat, au soutien de la CGT, nous avons pu faire rétablir dans leurs droits la centaine de personnes concernées. Pour eux, qui ont « le losange au cœur », un soulagement et une juste reconnaissance de leur travail. Pour moi, une vive émotion, après plusieurs années de combats et d’interventions.
Je pourrais également évoquer une autre caractéristique de notre territoire, qui est d’accueillir sur son sol le siège du HAC, club doyen du championnat de France de football professionnel, et –sans transition- un centre pénitentiaire souvent présenté comme une « prison modèle ». Ayant toutefois dans l’idée que la réalité est moins idyllique qu’on le laisse entendre, je ferai valoir en 2014 le droit de visite des lieux de privation de liberté dont je dispose en tant que parlementaire.
Et que dire des athlètes qui portent haut les couleurs de notre territoire sur la scène nationale, européenne voire mondiale, à l’image de la jeune Godervillaise Clara CANINO, qui a été sacrée Championne d’Europe de karaté kyokushinkai junior, du Criquetotais Grégory ROSEC, champion de France handisport de tennis de table et médaillé de bronze aux jeux paralympiques de Londres ou encore de Charly OMONT, licencié au club de Bolbec et arrivé troisième au championnat du monde de BMX.
Mais, au final, le plus grand atout de ce territoire, c’est le tempérament de celles et ceux qui le font vivre au quotidien, c’est-à-dire vous tous. Entrepreneurs, salariés, artisans, agriculteurs, pêcheurs, responsables d’associations, bénévoles, agents du service public qui, par votre implication, le faites vivre avec la détermination de le voir réussir.
Je vous redis ce soir toute ma disponibilité au service des habitants, des communes, des élus, des entreprises, des salariés, des établissements et associations qui animent notre circonscription. Je les recevrai autant que nécessaire, les accompagnerai et les aiderai dans leurs projets… avec ou sans l’aide d’ailleurs de la réserve parlementaire. Je serai leurs relais, quand elles en exprimeront le besoin, auprès du Département, de la Région, de l’Etat et de l’Europe.
Je veux aussi vous dire quelques mots sur nos communes et nos collectivités, en saluant le travail remarquable des maires et de leurs équipes municipales, et leur engagement quotidien au service de leurs concitoyens. Vous croulez sous le poids des normes, qui, souvent, freine la réalisation des projets qui vous tiennent à cœur. Et nous avons tous en tête des kyrielles d’exemples. Le Parlement va s’attaquer à la mise en œuvre du choc de simplification souhaité par le Président de la République. Je viens d’intégrer la mission sur la simplification normative et vous engage à me faire remonter toutes celles qui vous semblent opportunes. De plus, à ceux qui craignent la suppression des communes, je leur dis qu’elle ne se produira pas. L’histoire administrative et politique française s’est construite autour d’elles. Elles sont un des piliers de la démocratie et un lien essentiel de proximité avec les citoyens. Pour autant, l’efficacité de l’action publique doit être renforcée et cela participe directement du redressement de notre pays. Aussi, militante depuis toujours de l’intercommunalité, je suis favorable à son renforcement, à sa structuration autour de bassins de vie, à la consolidation de ses compétences (et vous savez mon attachement au transfert de la compétence urbanisme à ce niveau) tout comme je crois que les communautés de communes doivent s’envisager à taille humaine, seule garante de la préservation de l’identité et de la spécificité des territoires. Je suis également favorable, vous le savez, à l’élection au suffrage universel direct des élus communautaires, qui, parce qu’ils lèvent l’impôt, doivent s’y soumettre, dans le respect des principes fondateurs de notre République. Un premier pas en ce sens a été franchi. Ainsi, pour les prochaines échéances électorales, le scrutin de liste sera rendu obligatoire pour les communes de plus de 1000 habitants et les citoyens désigneront directement leurs élus communautaires à travers un dispositif de fléchage (deux listes sur un même bulletin). C’est un pas en avant pour la démocratie et la transparence. De même, et c’est une disposition que j’ai soutenue à la demande de plusieurs maires de petites communes, il ne sera plus possible de se déclarer le jour du scrutin et des délais de déclaration de candidature devront être respectés de façon à préserver l’information préalable et le délai de réflexion dû aux citoyens, qui aspirent au débat d’idées et à la confrontation des projets.
Puisqu’il est question d’élections –je ne parlerai pas des échéances européennes du 25 mai prochain sauf à en souligner l’enjeu car beaucoup des solutions s’y trouvent si tant est que l’on en réoriente ses politiques-, je voudrais donc évoquer le scrutin départemental qui doit avoir lieu en 2015. Dans la perspective de celui-ci, le Gouvernement est en effet actuellement en train de procéder à un redécoupage cantonal qui doit être soumis à l’avis du Conseil général, puis à la validation du Conseil d’Etat. Concrètement, il s’agit de diviser par deux le nombre de cantons existants pour en constituer de nouveaux qui seront administrés par un tandem d’élus obligatoirement paritaire. Cette réforme vise à renforcer la présence des femmes au sein des Conseils généraux (objectif louable s’il en est, compte tenu de leur présence anecdotique dans un certain nombre de départements), mais aussi à remédier aux écarts de population entre cantons, écarts jugés excessifs par le Conseil constitutionnel. De fait, en Seine-Maritime, le canton le plus peuplé compte 8 fois plus d’habitants que le moins peuplé. Les grandes lignes du projet de redécoupage ont été dévoilées la semaine dernière, et j’en ai pris connaissance à cette occasion. C’est un euphémisme de dire qu’elles ne sont pas à mon goût. Je suis en effet plus que réservée sur cette proposition, à la fois au niveau de la forme, marquée par une absence de concertation et de transparence, et au niveau du fond, puisque la carte proposée ne tient pas suffisamment compte à mes yeux des logiques d’aménagement du territoire et des bassins de vie, contrairement à la proposition que j’avais élaborée, à circonscription constante, et qui semblait recueillir l’assentiment des élus départementaux, de gauche comme de droite.
Je suis fidèle à la majorité à laquelle j’appartiens et je n’ai pas l’habitude de cracher dans la soupe ni de mettre mon drapeau dans ma poche. Mais je suis aussi une élue républicaine et pragmatique, capable de m’opposer et de me battre lorsque je considère que les projets ou les positions de mes amis politiques ne servent pas l’intérêt de notre territoire.
Fidèle à cette ligne de conduite, j’ai défendu et continuerai à défendre, si besoin contre l’avis de certains d’entre eux, le Pôle métropolitain de l’estuaire voulu par l’ensemble des intercommunalités de la circonscription, mais malheureusement largement rejetée « de l’autre côté de l’eau ». Je regrette cette occasion manquée de nous structurer et de nous engager dans des coopérations renforcées autour de sujets aussi essentiels que l’écologie industrielle, le développement économique et touristique, la mobilité et les transports. Mais vouloir faire porter la responsabilité de notre échec collectif sur les seules épaules d’un Préfet qui serait aux ordres de la « dictature socialiste » est grotesque. Loin des postures politiciennes et des polémiques stériles, je souhaite plus que jamais que nous puissions continuer à « construire ensemble dans la confiance et par-delà les oppositions politiques un Estuaire dont le fondement est l’intérêt commun ».
Pour conclure, je veux vous redire mon engagement à vos côtés. Les maires le savent plus que quiconque, l’action publique, politique suppose une mobilisation de tous les jours. Je consacre à ma vie publique mon énergie et mon temps. Et je mesure, chaque jour, la chance qui m’est donnée de participer à l’écriture des lois de notre République. Je le fais parce que j’ai une confiance inébranlable dans un avenir meilleur que je veux contribuer à construire, avec vous. Je le fais avec mon tempérament. Avec mes qualités et mes défauts. En acceptant les critiques, mais pas le dénigrement. Dans un esprit républicain, toujours. Je sais vos difficultés, vos doutes parfois, vos espoirs. Et je me nourris des échanges, des expériences et des idées de ceux qui font cette circonscription que j’aime. De cela, du fond du cœur, je voulais vous remercier. Et je suis une femme de Gauche. Socialiste. Depuis toujours. Profondément. Résolument. Dans les victoires comme dans les échecs. Je le suis parce que j’aime les valeurs qu’elle porte. J’y souscris sans réserve dans une époque qui tend à les décrier. Ne jamais plier. De la défense des valeurs universelles que porte notre pays en République Centrafricaine ou au Mali, à la charte de la laïcité dans les écoles, de la transparence et du renforcement de la moralisation de la vie publique, de l’égalité hommes-femmes, en passant par l’affirmation du droit à l’IVG, à la lutte contre le système prostitutionnel, au mariage pour tous. Je partage ces luttes qui font aussi la France qu’on aime. Et mon mot de conclusion sera une pensée pour Nelson Mandela et une perspective, celle d’un avenir meilleur « cela nous semble toujours impossible jusqu’à ce qu’on le fasse ». Alors faisons- le !
Il me reste maintenant à vous inviter à échanger autour du verre de l’amitié et des petits fours provenant d’artisans locaux, en remerciant toutes celles et ceux qui ont contribué à l’organisation de cette soirée, Fred et Christine en tête. Et en remerciant toute mon équipe parlementaire Carole, Angélique et, naturellement Igor, qui, avec compétence et bonne humeur, m’épaulent au quotidien. A vous tous, je vous souhaite une très belle année 2014 et, comme de tradition fécampoise, une année sentimentalement bien remplie.
Merci de votre attention.