LE MONDE | | Stéphane Lauer (New York, correspondant)
Alors que l’administration Obama reste sous la pression des associations environnementales qui s’opposent à la construction de l’oléoduc géant Keystone entre le Canada et les côtes du golfe du Mexique, la Maison Blanche a pris, mercredi 5 février, une initiative visant à démontrer que la lutte contre le réchauffement climatique reste au cœur de ses préoccupations. Le secrétaire à l’agriculture, Tom Vilsack, a ainsi annoncé la création de sept « pôles climat » pour aider les agriculteurs à s’adapter à des conditions climatiques extrêmes et aux effets du changement climatique.
Cette décentralisation des moyens vise à mieux anticiper les phénomènes naturels – tempêtes, inondations, sécheresses – qui sont exacerbés par le réchauffement de la planète. « Lorsque vous jetez un œil à l’intensité des tempêtes auxquelles nous avons assisté récemment, leur fréquence, la durée de la sécheresse, ces tempêtes de neige et le froid, la combinaison de tous ces facteurs me convainc que le climat est en train de changer », a déclaré M. Vilsack.
Des événements climatiques qui ont un impact important sur l’agriculture américaine. Ainsi, la tempête de neige qui a frappé le Dakota du Sud en octobre 2013 a tué des milliers de têtes de bétail. En Californie, l’état d’urgence a été décrété le 17 janvier en raison de la sécheresse, qui pourrait être la plus grave depuis un siècle. Le département de l’agriculture constate que ces perturbations ont sensiblement rallongé la période de récolte dans le Midwest. Celle des incendies dure soixante jours de plus qu’il y a trente ans. Enfin, entre 2011 et 2013, le coût de la sécheresse a été évalué à 50 milliards de dollars (37 milliards d’euros).
Si le constat est de plus en plus largement partagé, la création de ces pôles agricoles régionaux ne va pas révolutionner la lutte contre le changement climatique. Ils réuniront des représentants d’agences fédérales et d’associations professionnelles déjà existantes et ne bénéficieront pas de moyens financiers supplémentaires.
« CHOIX DIFFICILES »
Car il est surtout question d’organiser une meilleure coordination afin de fournir aux exploitants et aux éleveurs les dernières données et connaissances scientifiques disponibles pour s’adapter au mieux aux dégâts des phénomènes climatiques. Il peut s’agir par exemple de changer le rythme des rotations de culture, de faire appel à de nouveaux types de semences plus résistantes, d’améliorer la gestion des déchets agricoles et celle des engrais, de restaurer des forêts pour limiter l’érosion des sols.
Si cette initiative va dans la bonne direction pour les associations environnementales, celles-ci restent attentives à d’autres décisions qui sont en cours d’élaboration, tels le durcissement de la réglementation sur les centrales électriques au charbon afin de limiter les émissions de carbone ou la construction de l’oléoduc Keystone, qui est en attente du feu vert présidentiel depuis plus de deux ans.
« Si le président veut prouver qu’il est sérieux à propos du changement climatique et veut faire bouger le pays dans une nouvelle direction, s’opposer à Keystone serait le point de départ », a estimé Elijah Zarlin, responsable de l’association Credo Action sur la radio NPR.
« Passer à une économie s’appuyant sur des énergies plus propres ne se fera pas en un jour, et il faudra faire des choix difficiles en chemin. Mais le débat est posé. Le changement climatique est un fait », a réaffirmé Barack Obama lors de son discours sur l’état de l’Union le 28 janvier. Reste à passer de la parole aux actes.
Stéphane Lauer (New York, correspondant)
Journaliste au Monde