Il y a un paradoxe Marine Le Pen. Son image se normalise et l'électorat UMP est de plus en plus séduit. Mais, dans le même temps, un sondé sur deux estime que le Front national (FN) « représente un danger pour la démocratie en France » Ce sont là les principaux enseignements du baromètre d'image du Front national 2014 réalisé par TNS Sofres pour Le Monde, France Info et Canal+. Ce baromètre présente l'avantage de cerner les évolutions de perception de ce parti sur une longue période puisqu'il fait l'objet d'une édition annuelle depuis 1984. L'enquête menée a en tout cas mesuré un record : aujourd'hui, 34 % des personnes interrogées « adhèrent aux idées du Front national », en hausse de deux points par rapport à 2013 ; 59 % des sondés pensent le contraire. Depuis l'accession de Marine Le Pen à la présidence du parti d'extrême droite, le niveau d'adhésion aux idées du FN ne cesse d'augmenter : il était à 22 % lors de la prise de fonction de Mme Le Pen en 2011, bondissant à 31 % l'année suivante et à 32 % en 2013. L'image de Marine Le Pen recueille, quant à elle, de plus en plus d'opinions favorables. Ainsi, 58 % des personnes interrogées jugent qu'elle est « capable de rassembler au-delà de son camp » (+ 5 points) ; 56 % qu'elle « comprend les problèmes quotidiens des Français » (+ 7 points) et 40 % (+ 5 points) estiment qu'elle « a de nouvelles idées pour résoudre les problèmes de la France ». « Marine Le Pen renforce ses points de faiblesse, tout en consolidant ses points forts », résume Edouard Lecerf, directeur général de TNS-Sofres. Autre point essentiel : 46 % des personnes interrogées jugent que Mme Le Pen est « plutôt la représentante d'une droite patriote attachée aux valeurs traditionnelles » (+ 2 points) contre 43 % qui pensent qu'elle représente « une extrême droite nationaliste et xénophobe ». Les deux courbes s'étaient croisées l'an passé. L'écart se creuse en 2014. Comment expliquer ces résultats contradictoires ? A la vérité, la présidente du FN a su normaliser son image personnelle, mais pas celle de son parti. C'est plus Marine Le Pen que les Français adoubent que le Front national lui même. Un peu comme si la stratégie dite de « dédiabolisation » avait porté ses fruits pour l'ancienne prétendante à l'Elysée et pas pour le FN. Cependant, Marine Le Pen n'arrive toujours pas à convaincre les Français du bien fondé des deux points fondamentaux de son programme : la sortie de l'euro et la préférence nationale. 64% des personnes interrogées sont opposées à la sortie de l'euro et au retour au franc, contre 29 % qui pensent le contraire. Un chiffre de mauvais augure à un peu plus de trois mois des élections européennes, où le FN espère sortir en tête. Enfin, en matière d'emploi, 72 % des personnes sont opposées à la « préférence nationale », contre 24 % qui sont favorables à une telle mesure.